Homélie de la solennité de la Pentecôte

6 juin 2017

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint »

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Frères et sœurs bien-aimés,

Nous voici arrivés au terme du temps pascal. Nous pouvons voir ce temps de Pâques comme un temps d’incubation. L’œuf de Pâques – si vous me permettez l’image – arrive à éclosion le jour de la Pentecôte. Le cénacle, c’est donc la couveuse qui a permis cette éclosion. Ce ne sont pas 3 semaines mais 7 semaines qu’il a fallu pour que la nouvelle fabuleuse de la résurrection de Jésus soit proclamée avec hardiesse au grand jour.

En ce jour, l’Esprit-Saint fait éclater la coquille du cénacle. Cette période du cénacle était nécessaire pour que s’enracine la conviction de la résurrection de Jésus et de son impact pour l’humanité entière. Mais de même que le poussin doit un jour sortir de sa coquille, ainsi les apôtres doivent-ils sortir du cénacle pour témoigner des merveilles de Dieu. Ainsi aussi sommes-nous appelés à sortir pour évangéliser.

Le Seigneur ne nous laisse pas démunis pour sortir du Cénacle. D’abord, il nous donne des dons, c’est ce que saint Paul évoque dans la deuxième lecture. Ensuite, il fait que notre parole puisse rejoindre nos auditeurs comme cela apparaît dans le récit de la Pentecôte (première lecture). Enfin le contenu du message qu’il nous envoie proclamer rejoint tellement le besoin de nos contemporains ; il s’agit de la miséricorde dont nous parle l’Évangile.

Les dons de l’Esprit-Saint

Nous ne sommes pas laissés à nos seules forces humaines. Si Jésus a demandé aux Apôtres de retourner au Cénacle après la Pentecôte, c’est bien pour y attendre l’Esprit-Saint, la force de Dieu.

Vous avez bien remarqué que les dons sont variés. Il y en a pour tous. Personne n’est oublié. De fait dans le récit de la Pentecôte, une petite flamme se pose sur chacun.

Dans la deuxième lecture, saint Paul nous dit bien :

Personne n’est capable de dire : ’Jésus est Seigneur’ sinon dans l’Esprit Saint.

Leur conviction renverse tous les scepticismes auxquels ils sont confrontés : « Jésus est ressuscité, et alors ? » L’Esprit-Saint nous donne de croire vraiment, non pas tant d’une conviction intellectuelle que d’une certitude intérieure.

À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien.

Le Saint Esprit ne nous est pas d’abord donné pour notre bien-être spirituel. Bien sûr, il nous est donné pour notre sanctification. Mais en ce jour de la Pentecôte, il nous est donné avant tout pour témoigner de Jésus.

Comme le dit le pape François dans son exhortation apostolique sur l’évangélisation :

L’Esprit Saint infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, (parresia), à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant.(EG n° 259)

Leur annonce ne manque pas d’âme ni de souffle.

L’Esprit Saint est l’âme de l’Église évangélisatrice. » (EG n° 261)

Il y en a qui trouvent la religion ennuyeuse : c’est qu’ils n’ont pas le Saint-Esprit. (Saint curé d’Ars)

L’Esprit-Saint nous donne vraiment du souffle, un grand souffle spirituel.

L’amour pour les gens est une force spirituelle qui permet la rencontre totale avec Dieu (…). Ainsi, quand nous vivons la mystique de nous approcher des autres, afin de rechercher leur bien, nous dilatons notre être intérieur pour recevoir les plus beaux dons du Seigneur. (…) Il en ressort que, si nous voulons grandir dans la vie spirituelle, nous ne pouvons pas cesser d’être missionnaires. (…) Un missionnaire pleinement dévoué, expérimente dans son travail le plaisir d’être une source, qui déborde et rafraîchit les autres. (EG n° 272)

Ces dons nous sont donnés avec abondance, mais il faut y croire et les mettre en œuvre. Les dons nous sont donnés à la mesure où on les fait fructifier.

Le miracle des langues

Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. (…) Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : ’Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? (…) Tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu.’

Ce qui étonne le plus c’est que « chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. » Il ne s’agit pas ici du chant en langues. L’Esprit-Saint donne aux apôtres de se faire entendre dans la langue de chacun. Ce qu’ils disent est compréhensible par tous. Chacun se sent rejoint dans ce qui lui est propre, sa langue maternelle. Nous pouvons dire que l’Esprit-Saint nous donne de pouvoir rejoindre chacun ; notre parole trouve un écho dans le cœur de nos auditeurs.

L’Esprit peut venir à bout des fermetures de nos auditeurs (Jésus entre dans le Cénacle), de nos incompréhensions (langues).

Ce qu’ils entendent dans leur langue, ce sont les merveilles de Dieu. C’est l’inverse de la tour de Babel (Gn 11) : à Babel, tous parlent une langue commune mais à un certain moment, ils deviennent incapables de se comprendre ; à la Pentecôte, tous parlent une langue différente et pourtant tous se comprennent. Pourquoi ? Les hommes de Babel veulent « se faire un nom », ils sont animés par une volonté de puissance et d’auto-affirmation. A la Pentecôte, toutes les personnes présentes comprennent les apôtres parce qu’ils publient dans leur langue « les merveilles de Dieu » (Ac 2, 11). Ils ne pensent pas à « se faire un nom » mais à « faire un nom à Dieu ».

Vous savez que cette expression « les merveilles de Dieu » est classique dans l’Ancien Testament pour désigner et célébrer les hauts-faits de Dieu dans la création et dans l’histoire du peuple élu. Mais ces merveilles de jadis, Dieu vient de les mener à leur accomplissement par l’incarnation de son Fils (Lc 1, 49) et par sa résurrection.

Cela nous enseigne une chose très importante : la première chose à faire pour évangéliser, c’est de proclamer les merveilles de Dieu dans la louange et d’en témoigner.
La louange enthousiaste de Dieu, l’admiration et la stupeur devant ses œuvres font partie des signes les plus clairs que l’Esprit de Dieu a visité l’âme d’une personne.

Répandre la paix et le pardon

La première chose que Jésus fait dans l’évangile, c’est de communiquer sa paix à ses apôtres  : « La paix soit avec vous ! » Il commence par les aider à sortir de leurs peurs. Dans notre vie aussi, nous sommes quelquefois bien verrouillés par la peur. Mais le Seigneur veut nous donner une grâce de paix et de joie :

Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Mais là encore, ce n’est pas pour savourer cette paix et cette joie de manière égoïste. Aussitôt, Jésus ajoute :

De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.

Quelle est la mission associée à cet envoi ?

Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : ’Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus.

L’Esprit est donné POUR la mission. Et cette mission est d’annoncer l’amour et la miséricorde de Dieu.

Laisser le monde ignorer ce pardon, c’est laisser le monde à son désespoir. Nous détenons le pouvoir de ne pas dire le pardon de Dieu et de laisser le monde l’ignorer !

Comme vous le savez bien, l’évangélisation ne consiste pas à faire une propagande intempestive, en proposant avec agressivité les vérités de la foi. Il s’agit de communiquer aux autres l’amour et la douceur de croire. Il ne s’agit pas de diffuser des idées mais de témoigner d’une personne, le Christ ressuscité. Cela n’est pas une réponse théorique mais une espérance pour notre vie concrète. Car la résurrection de Jésus donne une réponse à la question existentielle de la présence du mal et du péché dans le monde.

La Pentecôte de notre vie, c’est notre confirmation. En ce jour, le Seigneur veut raviver en nous ce don immense qui nous a été fait une fois pour toutes. (Tout comme la vigile pascale est l’occasion de raviver la grâce du baptême qui nous a été faite une fois pour toutes).

Pour cela, il faut aller dans la « couveuse » du Cénacle, c’est-à-dire de prier en communion avec vos frères et avec la Vierge Marie.

Il faut aussi accepter de ne pas vous laisser retenir par la peur, l’égoïsme, le respect humain, l’attachement à son bien-être et son confort… Il ne faut pas nous laisser gagner par le pessimisme, le fatalisme, la méfiance. Saint Paul nous donne une belle consigne dans sa lettre aux Romains :

Ne brisez pas l’élan de votre générosité mais laissez jaillir l’Esprit.

Si les apôtres ont si bien profité du temps d’incubation du Cénacle, c’est aussi parce qu’ils étaient bien coachés (si vous me permettez l’expression). La Vierge Marie était là. Elle avait déjà vécu une Pentecôte le jour de l’annonciation. Elle s’était livrée avec confiance à l’action de Dieu. Demandons à Marie de faire fondre toutes nos craintes et de nous livrer à l’action de l’Esprit-Saint.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 2,1-11.
  • Psaume 104(103),1ab.24ac.29bc-30.31.34.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12,3b-7.12-13.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,19-23.

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau :
« La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit :
« Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »