Homélie des premiers vœux de Frère Timothée-Marie

16 septembre 2026

« Tout homme qui vient à moi, qui écoute mes paroles et qui les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. Il ressemble à un homme qui bâtit une maison. Il a creusé très profond, et il a posé les fondations sur le roc. »

Écouter l’homélie

Écouter l’homélie

Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs, je retiendrais 3 éléments des lectures de ce 23e samedi du temps ordinaire pour éclairer la démarche que frère Timothée-Marie est en train d’accomplir.

« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ! »

Cette phrase tirée du psaume est une invitation à voir la vocation comme un don pour lequel il vaut la peine de rendre grâces.

Le don avant les exigences

À certains moments, la tentation est de regarder davantage les exigences que comporte la vocation plus que le don qu’elle manifeste. Effectivement, frère Timothée va prononcer les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Ces vœux comportent une vraie exigence et sont en décalage complet avec la société actuelle où l’argent, le sexe et le pouvoir sont souvent mis à l’honneur.

Pourtant, nous savons bien que prononcer des vœux religieux ne procède pas du masochisme. S’ils sont bien vécus, ils conduisent à une libération profonde et à une joie authentique. Si frère Timothée nous avait paru malheureux, nous ne l’aurions pas admis à prononcer ses vœux ! Avant d’être des exigences, les vœux sont un don qui nous est fait par le Seigneur. Et comme tels, ils sont objets d’action de grâce.

La finalité : pour le royaume

Il est bon de ne jamais perdre de vue le motif, la finalité : le Royaume de Dieu. Lorsqu’il parle du célibat pour le Royaume, Jésus dit à ses apôtres :

« Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. » (Mt 19, 11) « Il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du royaume des Cieux. Celui qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » (Mt 19, 12)

Don et mystère

Dans un livre autobiographique publié en 1996, à l’occasion du 50e anniversaire de son ordination sacerdotale, le pape Jean-Paul II parle de sa vocation comme « don et mystère ». C’est vrai de toute vocation consacrée ou sacerdotale qui est avant tout « le mystère de l’appel, du choix de Dieu », un don divin qui « dépasse l’homme infiniment ».
Dans le cheminement vocationnel, il y a la prière. Sans la prière, il est impossible d’apprécier à juste titre ce don de la vocation.

« Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait. »

La vie consacrée n’est pas une suite servile et en traînant les pieds mais une suite dans l’émerveillement et l’action de grâces.

Vivre l’évangile

Le deuxième point, je le tire de l’évangile. Frère Timothée-Marie va prononcer ses vœux par rapport à notre Règle de Vie. Mais notre référence ultime reste l’Évangile. Notre vie consacrée consiste avant tout à vivre l’Évangile, à suivre Jésus le plus près possible.

Les évangiles de cette semaine étaient une bonne présentation aux vœux de frère Timothée-Marie. Nous venons d’entendre la conclusion du discours inaugural de Jésus dans l’évangile de saint Luc. Dans ce discours, Jésus nous décrit le comportement qu’il attend de ses disciples.

Dans la controverse avec les Pharisiens, Jésus invite à mettre les bonnes priorités :

« Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de la perdre ? » (Lc 6, 9)

Ce que Jésus demande à ses disciples ne va pas de soi. Cela nous oblige à vraiment travailler sur nous-mêmes, à entrer dans un vrai combat spirituel.

Les Béatitudes que Jésus nous propose ont un côté tout à fait paradoxal :

« Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. … Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. » (Lc 6, 20.21)

Un peu plus loin ses exigences dépassent nos forces humaines. Elles sont impossibles sans sa grâce :

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. » (Lc 6)

Il nous invite à vraiment vivre la miséricorde :

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés.
Pardonnez, et vous serez pardonnés. Donnez, et l’on vous donnera. » (Lc 6)

Il n’est pas si évident de devenir un être apaisé qui regarde les autres avec bienveillance, sans les juger. Les religieux ne sont pas au dessus du commun des mortels. Il leur faut travailler pour, avec la grâce de Dieu, vivre l’évangile. Nous sommes vite confrontés à nos limites et Jésus fait vite tomber nos illusions (cf. Dorothée de Gaza).

Entrer dans la vie religieuse n’a aucun sens si nous ne sommes pas prêts à entrer dans le combat spirituel. La conversatio morum (conversion des mœurs) est l’un des trois engagements que demande saint Benoît dans sa Règle (chapitre 58, aux côtés de la stabilité et de l’obéissance). Un moine qui voudrait s’arrêter, qui ne serait plus dans cet effort constant pour ajuster sa vie quotidienne à l’Évangile et tendre vers la sainteté n’aurait plus sa place dans la communauté.**

Entrer dans la vie consacrée, c’est accepter d’entrer sur un long chemin où, avec la grâce de Dieu, nous pouvons faire nôtres les sentiments du Christ Jésus et lui donner, selon l’expression d’Élisabeth de la Trinité, une humanité de surcroît.

L’importance de la messe dans notre vie consacrée

Le troisième point de cette homélie, je le prend de la première lecture où il est question de la messe.

« La coupe d’action de grâce que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. » (1 Co 10, 15)

La messe quotidienne joue un rôle fondamental dans la construction et la cohésion de la communauté.

Puiser la grâce

En effet, la messe, selon l’expression du Concile Vatican II est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » (LG 11). C’est le rendez-vous quotidien où nous puisons la force de vivre notre consécration. Nous sommes appelés à ne pas vivre selon le principe du plaisir : « le Christ n’a pas fait ce qui lui plaisait » (Rm 15, 3).

Dans l’Eucharistie nous est donnée la grâce de Dieu par la présence réelle du Christ. L’Eucharistie agit comme un aliment spirituel à l’instar du prophète Élie découragé qui a besoin de reprendre des forces.

« L’ange du Seigneur le toucha et lui dit : ‘Lève-toi, et mange, car il est long, le chemin qui te reste.’ Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu. » (1 R 19)

Sacrement de l’unité

C’est un rendez-vous particulièrement important pour notre unité. Qu’il y ait des tensions, c’est normal. La messe est le lieu par excellence où nous sommes appelés à dépasser nos divisions en nous tournant vers Jésus.

Le fait d’avoir part au même pain, le corps de Jésus, nourrit notre charité et nous engage à mieux la vivre. On ne peut pas communier sans avoir la volonté d’aimer, sans lutter contre l’amertume qui s’insinue si facilement dans nos cœurs. Nous ne pouvons pas communier tout en tolérant de profondes divisions.

C’est un lieu où nous sommes appelés à vivre l’unité entre nous et avec l’Église universelle : on mentionne le pape, les évêques, … Pendant la messe, la communauté ne prie pas seulement pour elle-même. Elle porte les intentions de l’Église universelle, les souffrances du monde et les besoins des personnes qui se confient à ses prières.

Recentrer les choses sur Jésus

Chaque jour, la messe est un appel à recentrer les choses sur Jésus et son offrande de lui-même pour sauver l’humanité. Cela rejoint une oraison :

« Que ta grâce inspire et précède notre action, nous t’en prions, Seigneur, qu’elle la soutienne et l’accompagne, pour que toutes nos activités prennent leur source en toi et reçoivent de toi leur achèvement »

Il est tellement important de ne pas perdre de vue la finalité de nos actions, pour le Royaume.

Conclusion :

Voici un extrait d’une prière que Jean-Paul II avait proposée le 14 septembre 2000 :

« Esprit Saint, toi qui sanctifies l’Église par la constante effusion de tes dons, insuffle dans le cœur de ceux qui sont appelés à la vie consacrée une intime et forte passion pour le Royaume, afin que, grâce à un ‘oui’ généreux et inconditionnel, ils mettent leur existence au service de l’Évangile. »

« Je tiendrai mes promesses au Seigneur devant tout son peuple »

Tu prononces aujourd’hui un engagement public. Les autres sont en droit de nous interroger sur la fidélité à nos promesses.

La Vierge Marie occupe un place particulière dans notre communauté. Qu’elle t’aide à avancer sur ton chemin de vie consacrée,

Amen !


Références des lectures de la cérémonie :

  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 10,14-22.
  • Psaume 115 (116B), 12-13.17-18.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc Lc 6, 43-49 :

Jésus disait à ses disciples : « Jamais un bon arbre ne donne de mauvais fruits ; jamais non plus un arbre mauvais ne donne de bons fruits. Chaque arbre se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.

Pourquoi m’appelez-vous en disant : ’Seigneur ! Seigneur !’ et ne faites-vous pas ce que je dis ?

Tout homme qui vient à moi, qui écoute mes paroles et qui les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. Il ressemble à un homme qui bâtit une maison. Il a creusé très profond, et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l’inondation, le torrent s’est précipité sur cette maison, mais il n’a pas pu l’ébranler parce qu’elle était bien bâtie.
Mais celui qui a écouté sans mettre en pratique ressemble à l’homme qui a bâti sa maison à même le sol, sans fondations. Le torrent s’est précipité sur elle, et aussitôt elle s’est effondrée ; la destruction de cette maison a été complète. »