Homélie du 16e dimanche du temps ordinaire

23 juillet 2014

« Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. »

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Texte de l’homélie :

Il y a quelques des temps, le pape François a reçu les 80 novices d’origine européenne d’une communauté récemment fondée. Ce chiffre important nous interpelle : qui pourrait se targuer d’avoir autant de vocations en Europe ? En Afrique, en Inde, en Amérique Latine, oui, mais chez nous, c’est peu habituel.
En même temps que ces 80 novices, il y avait une manière de fonctionner de cette jeune communauté d’origine italienne qui n’était pas tout à fait d’aplomb, avec une liberté des membres, une liberté d’engagement qui laissait à désirer, et c’est pour cela que le Saint Père avait invité ses novices et demandé qu’une enquête soit menée pour aider cette jeune communauté à avoir un mode habituel de gouvernement, comme c’est le cas dans la vie religieuse. En lisant l’évangile du bon grain et de l’ivraie, j’ai pensé à cette rencontre.

Frères et sœurs, comme il est difficile de découvrir, de repérer l’œuvre de Dieu, tant cette œuvre est mélangée avec l’œuvre du démon. Ou plus exactement, le démon vient troubler les signes que le Saint Esprit nous envoie et nous empêche d’y voir clair.

On pourrait redire la parole de Jésus, c’est aux fruits que vous les reconnaîtrez. Les vocations ne sont-elles pas le fruit de la bénédiction de Dieu ?
Il y a de nombreuses communautés en France et ailleurs qui ont des problèmes dans leur gouvernement alors même que leur rayonnement apostolique est magnifique, que les vocations abondent et sont de qualité – des personnes intelligentes, bien formées… C’est difficile de découvrir l’œuvre de Dieu, car pour découvrir que le Seigneur est à l’œuvre, il nous faut l’aide du Saint Esprit.

L’Esprit Saint pour nous aider à discerner.

Au milieu de choses qui nous paraissent tellement belles et bénéfiques, le démon vient malheureusement semer la division, l’ivraie, quelque chose qui est contre l’esprit du Seigneur : un esprit de liberté.
C’est pour cela que nous avons besoin de l’Eglise pour discerner l’œuvre de Dieu en nous et autour de nous, car ce n’est pas si simple. Nous avons besoin de la prière de tous pour ne pas nous décourager. N’oublions pas que ce qui est un obstacle à l’Evangélisation, c’est la présence du mal dans notre monde : que ce soit en nous, autour de nous, on voit cette présence du mal. L’actualité récente nous en donne un exemple bien douloureux.

Alors que le Saint Père est allé en Terre Sainte il y a quelques semaines pour inviter les présidents israélien et palestinien à prier dans « sa maison », comme il l’a dit en parlant du Vatican, nous savons combien l’actualité de la guerre est douloureuse et toutes les souffrances qu’elle entraîne.

Que fait le Bon Dieu ?

On peut se demander parfois ce que fait le Bon Dieu ? Lui-même, comme le dit la première lecture dans livre de la Sagesse, gouverne avec beaucoup de ménagement :

« Tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. »

C’est la définition même de Dieu : l’omnipotence, l’omniprésence de Dieu.

Frères et sœurs bien aimés, le mystère du mal reste quelque chose d’incompréhensible. Comme le dit le proverbe populaire, l’Enfer est pavé de bonnes intentions. Bien souvent quand on veut faire le bien et agir de façon droite et juste, on voit qu’au milieu de cette action est semée la division, la discorde, l’injustice, la critique…
Au fond, l’œuvre du démon est aussi beaucoup dans cette manière d’agir qui consiste à accuser les autres. Le démon lui-même n’est-il pas l’accusateur de nos frères comme le dit le livre de l’Apocalypse ?

Même si on en parle peu en chaire, nous croyons à l’existence du démon. Nous n’y croyons pas comme étant un dieu du mal qui s’opposerait au Dieu du bien. Nous y croyons comme une réalité spirituelle, un archange, qui est créature – c’est très important - et qui s’oppose de toutes ses forces en semant la division dans notre monde par les tentation.
A nous d’être attentif et de ne pas perdre espoir. Face à la toute puissance de Dieu, on pourrait se dire : « à quoi bon croire ? ». D’une certaine manière, l’existence de Dieu rend encore plus insoutenable la présence et la réalité du mal, car on y verrait un remède, quelque chose possible pour en sortir, pour que Dieu exerce visiblement Sa puissance.
Il est vrai que l’existence d’un dieu qui serait bien au delà de notre réalité humaine nous comme un autre réalité compacte qui nous surpasse et nous dépasse et qui serait impassible face à la réalité du mal serait très choquante. Nous croyons en un dieu qui a pris notre nature, qui est devenu notre frère et qui a pu souffrir, pour reprendre les très beaux mots de la Petite Thérèse.

Nous croyons en un dieu qui a pris lui-même le mal sur Ses épaules. Il n’est pas resté indifférent, Il est venu à notre rencontre. Touché par notre humanité, Il n’a pas voulu nous laisser seuls avec le mal qui, sans cesse, nous tend des pièges.
Nous sommes tentés, même en matière spirituelle. Rappelez-vous les tentations du Christ au désert : le démon n’utilise-t-il pas la Parole de Dieu pour tenter le Christ ?

« Monte sur le pinacle du Temple et jette-toi d’en haut, des anges te porteront ! »

Même des questions spirituelles qui peuvent sembler si simples et si belles, si elles ne sont pas mises sous le regard du Saint Esprit, dans le discernement de l’Église, elles sont sujettes à caution.

Frères et sœurs, nous avons besoin de nous rappeler sans cesse que ce dieu qui est venu à notre rencontre vient aussi pour donner au mal, non pas une réponse - que dire du nombre des victimes des guerres et du terrorisme, rien ! – mais un chemin pour nous : nous avons à contempler un dieu qui a pris notre nature, qui est devenu notre frère. C’est seulement dans cette contemplation du Christ crucifié et ressuscité que l’on peut prendre courage.

Ne pas nous laisser aller au découragement

Dans le fait de voir que l’ivraie semée dans les familles, dans les couples, dans les œuvres les plus simples, le découragement nous guette ; nous sommes tentés de nous demander à quoi tout cela sert, est-ce que c’est encore la peine de croire ?

Le pape Benoît XVI a écrit une très belle encyclique sur l’Espérance. Il parle de cette réalité de la souffrance qui est un grand obstacle au Royaume de Dieu et à son développement. Il dit la chose suivante :

Oui, nous croyons que ce n’est pas le mal qui a le dernier mot, mais c’est la miséricorde du Seigneur. Et c’est en ce sens-là que nous pouvons interpréter les paroles du livre de la Sagesse :

« La Miséricorde du Seigneur a le dernier mot dans notre vie. »

C’est une bonne nouvelle pour notre vie, notre famille, notre couple, notre paroisse, toutes ces réalités que nous vivons et qui sont agitées par le mal, car nous sommes pécheurs. En nous aussi il y a de l’ivraie qui a été semée. Bien sûr, nous avons la grâce du baptême qui nous aide et soutient par cette force intérieure du Saint Esprit. Mais nous pouvons constater combien nous avons un combat spirituel à mener en nous-mêmes : le démon nous tente aussi par l’imagination, en nous faisant croire des réalités mauvaises comme étant bonnes.

Frères et sœurs, nous avons à demander jour après jour au Seigneur d’être fortifiés dans l’Espérance que ce n’est pas le démon qui a le dernier mot - contrairement aux apparences, comme au journal télévisé - mais c’est l’amour de Dieu qui aura le dernier mot dans notre vie et dans notre humanité. Nous, Chrétiens, nous le croyons.

Nous le croyons non pas pour entrer dans une certaine forme d’optimisme béat, voulant ignorer que nous soyons atteints par le mal, cela nous attriste et nous décourage. Nous le croyons car nous avons foi en la personne du Christ qui a pris sur Lui le mal et l’a transformé - par l’amour du Père – en résurrection, en gloire !

« Tout contribue au bien de celui qui aime Dieu… »

Ce n’est pas si facile à croire, car nous voyons parfois l’inverse dans notre existence. Mais, il nous faut faire sans cesse preuve d’Espérance dans ces promesses du Seigneur :

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
« Là où je serai, vous serez aussi. »
« Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent. »

Oui, nous croyons en ces paroles. Ce sont ces paroles aussi qui font que nous sommes là ce soir. Mais nous croyons que la personne du Christ nous a redonné l’Espérance par Sa résurrection, mais aussi par Sa passion et par Sa mort. Il nous a redonné une espérance alors que tout semblait comme abattu, perdu. Il a eu compassion de nous, Il est venu à notre rencontre.
Oui, nous croyons en un Dieu qui a pris notre nature, qui est devenu notre frère et qui a pu souffrir.

Tournons-nous vers la Vierge Marie, Elle qui a aussi été victime du mal - non pas par le péché en Elle, mais autour d’Elle - témoin de toutes les attaques sur la personne de Jésus. Demandons-Lui l’Espérance contre toute espérance, pour que nous puissions témoigner d’un dieu qui nous appelle des ténèbres à Son admirable lumière,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de la Sagesse 12,13.16-19.
  • Psaume 86(85),5-6.9ab.10.15-16ab.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,26-27.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13,24-43.

Jésus proposa cette parabole à la foule :
« Le Royaume des cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla.
Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire :
— ’Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? ’
Il leur dit :
— ’C’est un ennemi qui a fait cela. ’
Les serviteurs lui disent :
— ’Alors, veux-tu que nous allions l’enlever ? ’
Il répond :
— ’Non, de peur qu’en enlevant l’ivraie, vous n’arrachiez le blé en même temps.
Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier. ’ »

Il leur proposa une autre parabole :
« Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a semée dans son champ.
C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. »

Il leur dit une autre parabole :
« Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »

Tout cela, Jésus le dit à la foule en paraboles, et il ne leur disait rien sans employer de paraboles,accomplissant ainsi la parole du prophète : C’est en paraboles que je parlerai, je proclamerai des choses cachées depuis les origines.

Alors, laissant la foule, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent :
— « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. »
Il leur répondit :
— « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais.
L’ennemi qui l’a semée, c’est le démon ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume tous ceux qui font tomber les autres et ceux qui commettent le mal, et ils les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende !