Homélie du 16e dimanche du Temps Ordinaire

24 juillet 2023

« De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal. »

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Texte de l’homélie

Au cours de mes études de philosophie, j’ai entendu une phrase qui disait :

« Mieux vaut un monde avec du mal. Tenter d’éradiquer le mal créée finalement plus de souffrances que de le laisser… »

Enlever tout le mal volontairement avec des méthodes humaines provoquerait ainsi plus de dégâts que de le laisser dans ce monde. On sait bien que les dictatures ont essayé de produire un monde sans mal. Le communisme par exemple, voulait éradiquer les inégalités, et ça s’est terminé dans un bain de sang. Quand au nazisme, il était question d’homme nouveau et de race pure, sans mal, et vous savez bien par quel moyen…
La parole du Seigneur qui vient à contre courant de ces idées est prophétique : « Laissez la mauvaise graine grandir avec le blé… »

Quand on se met à la suite de Jésus, on a une attitude différente des autres face au mal : nous croyons que c’est Lui le maître de la moisson. C’est Lui qui permet de tirer du bien à partir du mal. Il est capable de transformer la mauvaise herbe en blé ! Mais Il nous dit de laisser les deux pousser ensemble, que ce tri ne nous appartient pas.

Cela signifie qu’il faut accueillir le monde, d’accepter ce qui n’est pas parfait. Cette parabole s’adresse donc plus particulièrement aux perfectionnistes. Le perfectionniste est celui qui n’accepte pas la mauvaise herbe, le mal ni le manque, celui qui veut que tout soit du blé. Pourtant, dans ce monde, tout n’est pas parfait, tout n’est pas du blé, il y a aussi la place à l’imperfection. Et le fait d’accueillir l’imperfection, le manque et ce qui n’est sans doutes pas exactement comme nous souhaiterions, c’est une condition pour porter du fruit et de fruit en abondance. C’est une condition pour la fécondité.

Jésus nous dit : « Laissez l’ivraie grandir avec le blé, alors la moissons sera abondante. Mais si vous enlevez l’œuvre de Dieu - symbolisée par le blé - sous prétexte de lutter contre le mal, contre vos défauts, ce sera pire qu’avant. Occupez-vous d’abord de développer vos charismes et les dons de Dieu que vous avez reçus au lieu de vous épuiser à lutter contre vos défauts. »

En effet, il y a deux manières de voir le combat spirituel : la première manière consiste à s’activer à enlever la mauvaise herbe, à déraciner nos défauts. Pourtant, on voit bien que les défauts tels la mauvaise herbe revient à la vitesse grand V !
Mais Jésus nous conseille d’essayer autre chose : essayez d’épanouir vos talents, de rendre possible tout ce que le Seigneur permet à travers vos charismes, de ne pas les freiner même si parfois, comme on a les défauts de ses qualités, cela reste une richesse.

Je pense en particulier au cardinal Lustiger qui avait un caractère difficile. On pouvait même parfois le qualifier d’acariâtre. Et pourtant, quelle œuvre a pu s’ériger grâce à lui, quelle puissance. Il lui arrivait de demander pardon après avoir tapé sur la table. C’est lui qui a mis en place le collège des Bernardins, hissé le dialogue judéo-chrétien à nu autre niveau que celui dans lequel il était, lancé Radio Notre-Dame et KTO et tant d’autres choses…
On voit combien cet homme là qui était plein de défauts et qui a en même temps porté du fruit.

On comprend bien que ce n’est pas zéro ou un – on lutte complètement ou pas du tout – et on va essayer de tempérer, comme lui a certainement tenté de le faire avec son caractère compliqué. Mais, il a d’abord parié sur le don de Dieu qui lui a été fait.

Et pour celles et ceux d’entre vous qui sont parents et grands-parents, ça donne un style d’éducation. Au lieu de brider un enfants en raison de choses qui ne vont pas. Pensez à épanouir ses charismes, car à travers eux, ce sera la fécondité de sa vie qui va jaillir et porter du fruit.

Cela amène à renoncer à la perfection, à renoncer à un champ de blé sans la mauvaise herbe.

« Il faut que les deux grandissent ensemble et à la fin des temps, les moissonneurs feront le tri. »

Il faut l’intelligence angélique pour faire le tri, même en nous, entre ce qui est le don de Dieu et ce qui est le défaut. C’est peut-être le défaut qui a permis au don de Dieu de se déployer. Nous croyons aussi que du mal peut sortir un bien.

Ce n’est pas un parabole qui invite seulement à la patience, même si elle le fait clairement. C’est une parabole qui invite à la confiance. Nous découvrons en nous-mêmes des tas de choses qui ne vont pas. Nous voyons bien que nous avons les uns et les autres de psychologies blessées par le péché originel, par nos expériences, mais ce n’est pas parce que l’on est blessé que l’on ne peut pas construire et porter du fruit.

C’est justement ça le mystère chrétien : dans Ses blessures, nous trouvons la guérison. Nous croyons en un messie à la fois blessé et ressuscité : il porte les traces du mal qu’il a subi. Ce n’est pas un messie body buildé, parfait et impeccable que l’on nous présente en Jésus. Les traces du mal apparaissent encore sur Lui.

« Mets ta main dans mon côté. Mes tes doigts dans les traces des clous dans mes mains. »

C’est une manière de vivre. C’est celle des disciples de Jésus et de fait, dans ce chapitre 13e de Saint Matthieu, Jésus éduque Ses disciples, Il les enseigne car c’est une autre manière de faire. On accepte que la difficulté, le manque, la blessure et même le péché peuvent aussi contribuer au bien.

Vous voyez bien que c’est une attitude de Foi. C’est autre chose que de se concentrer sur le bien ou de positiver. Ce n’est pas un principe psychologique.
Tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu, même le mal, même la mauvaise herbe. Tout contribue à ce que le blé puisse advenir.

Ce n’est pas une manière commune de penser. La manière commune commanderait d’arracher la mauvaise herbe pour laisser plus de place au blé. Mais Jésus nous conseille de faire autrement. Il nous demande de ne jamais enlever l’œuvre de Dieu en nous sous prétexte de lutter contre nos défauts.

Il faut certes lutter contre nos défaut, mais il faut consacrer plus d’énergie au talents que le Seigneur nous a donnés. C’est une autre manière de vivre le combat spirituel : faites que le blé occupe tellement de place que la mauvaise herbe ne peut pas grandir ! Faites que les talents que vous avez et les charismes que le Seigneur vous a donnés occupent tellement de place que le mal et le péché n’en aient pas assez pour pouvoir s’exprimer. C’est plutôt contre intuitif, et c’est pour cela que des trois paraboles, Jésus a fait une explication de texte. C’est à la demande des disciples car ils ne voient pas les choses de cette façon-là. Quand on est agriculteur, ce n’est pas comme ça que l’on procède.
Et Jésus nous donne un autre regard sur nos vies et sur le monde.

Renoncer au paradis terrestre n’est pas simple… Renoncer à un monde parfait est difficile.

Je me rappelle de cette parole de Maurice Schumann, un des fondateurs de l’Europe, qui était célibataire lorsqu’on le questionnait à ce sujet :

« Avez-vous choisi d’être célibataire ? »
— « Non, je n’ai pas vraiment choisi. Je cherchais la femme parfaite… »
— « L’avez-vous trouvée » ?
— « Oui ! mais elle cherchait l’homme parfait et les deux ne se trouvant pas, ont terminé célibataires… »

Il est intéressant de voir que dans la vie de couple, il faut l’accueil du manque. C’est la même chose en communauté : notre communauté n’est pas parfaite, mais pourtant, l’œuvre de Dieu se fait à travers elle. C’est pareil chez chacun d’entre nous.

Le Seigneur veut débusquer cette forme de toute puissance qui consiste à ne pas accueillir le manque en nous-même ou dans les autres, les vulnérabilités, les fragilités et les défauts. Il veut déraciner cette attitude. Si vous cherchez des personnes sans défaut, vous irez dans la souffrance et dans le mur. Ceux qui, dans l’histoire de l’humanité ont fait cette recherche, en sont arrivés là.

Demandons alors au Seigneur cette confiance. Bien entendu, on va faire notre possible pour être plus supportable pour les autres, pour ne pas être trop désagréables, sachant que ce ne sera jamais fini jusqu’à la tombe et même après. Mais ce n’est pas un prétexte pour ne pas exercer ses talents, développer ses charismes et porter du fruit.

Consacrons plus de temps à l’œuvre de Dieu qu’à dénoncer l’action du démon. C’est comme cela que je comprends la parabole du bon grain et de l’ivraie.

Soyez du côté de la plénitude même si elle est imparfaite, car elle est là et elle permet à chacun d’entre nous d’être les témoins d’un Dieu qui nous appelle de ténèbres à Son admirable lumière,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de la Sagesse 12,13.16-19.
  • Psaume 86(85),5-6.9ab.10.15-16ab.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,26-27.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,24-43 :

En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.O r, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire :
— “Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?”
Il leur dit :
— “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?”
Il répond :
— “Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” »
Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »

Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, accomplissant ainsi la parole du prophète : ‘J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.’
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent :
— « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. »
Il leur répondit :
— « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »