Homélie du 20e dimanche du Temps Ordinaire

8 septembre 2014

« Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! »

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Texte de l’homélie :

Pour qui est l’Évangile ? A partir des trois lectures qui sont toutes dans le même thème, c’est vraiment la question que nous sommes appelés à nous poser : « Pour qui est fait l’Évangile ? »

Et dans notre temps de relativisme, comme le disait à souhait Benoît XVI, nous risquons d’avoir une réponse très sociologique comme : « nous sommes chrétiens parce que nous avons été baptisés », « c’est la religion de l’occident ». Le voyage du Pape François en Corée nous montre déjà le contraire. C’est une question brûlante dans le dialogue inter religieux qui, si il est important, n’empêche pas l’évangélisation, l’annonce de l’universalisme de l’Évangile et du message du Seigneur Jésus qui nous est donné ici dans les lectures.

Pour qui est l’Évangile : est-il pour tous, ou simplement pour une élite, pour certaines personnes d’un certain peuple ? Comme nous le rappelons dans la prière eucharistique, Jésus a versé Son sang pour la multitude, pour toute l’humanité. Pâques n’est pas la « Fête des Chrétiens ». C’est une fête pour toute l’humanité, car c’est toute l’humanité qui est appelée à être rachetée. Il y a un risque dans le dialogue inter religieux qui consiste à penser que le Coran est la voie de salut pour les Musulmans, pour les Chrétiens, c’est l’Évangile, pour les Juifs c’est la Thora : c’est facile de faire « ami-ami » avec une telle théorie… Elle est profondément antichrétienne, à l’inverse de ce que nous dit l’Écriture, car Jésus a donné Sa vie pour tous.

Les lectures d’aujourd’hui nous le rappellent bien. Dans la première lecture du livre d’Isaïe que nous avons prise, on a déjà ce sens : les Hébreux viennent de rentrer d’exil depuis quelques années, et c’est bien difficile. Car il y a les Hébreux de vieille souche qui étaient en exil qui ont changé leur manière de faire, car il n’y avait plus de temple ni de culte, mais juste des réunions dans les synagogues, des assemblées de lecture de la Parole. Ils retrouvent alors dans anciens et nouveaux croyants, ceux qui étaient venus en Israël pendant ce temps-là, et les deux communautés ont une grande peur, se demandant si elles vont être séparées du peuple. Et le prophète insiste et prend position entre ces deux groupes, ces deux tendances, ces deux grandes options qu’il pouvait y avoir dans le peuple réuni à nouveau en Israël. Il dit non :

« Ma maison est une maison de prière pour tous les peuples. »

Et comme on l’a chanté dans le psaume :

« Dieu, que tout les peuples t’acclame, qu’ils t’acclament tous ensemble ! »

Ce mystère de la Passion et de la Résurrection de Jésus correspond vraiment à la nature du cœur de l’homme qui a besoin de renaître, qui a besoin de revenir sujet conscient, libre et aimant, qui atteint sa perfection dans la relation, dans l’amour, telle que l’on peut contempler quand Jésus nous ouvre le cœur de Dieu avec le mystère de la Trinité.

Pour Saint Paul, c’est la même chose. Il y a une grande douleur pour lui, plus encore : quelque chose d’incompréhensible, que l’on entendra dans la petite acclamation que l’on aura dimanche prochain – la doxologie finale : « Ô profondeur de la science et de la sagesse de Dieu… » qui nous amène à adorer, à dépasser nos points de vue, nos opinions, les opinions du temps, nos opinions théologiques - comme on voit aussi Jésus qui dépasse, qui reprend la première mission originelle d’Israël, qui ici, après cette rencontre, va faire éclater en voyant l’intelligence, le cœur et l’amour de cette mère, Il va donner Sa parole et Son action bienfaisante, régénératrice aux païens aussi.
Avant, Jésus avait multiplié les pains pour Israël, et dans la deuxième multiplication des pains, c’est pour tous, pour tous les peuples, pour tous les païens qui sont là que viendra juste après cet événement.

Donc, voici cette douleur de Saint Paul, cette incompréhension : c’est Israël qui devait recevoir le message de Jésus. Et comme les habitants des villes grecques d’Asie mineure et de Grèce n’ont pas accueilli – c’est ce qu’il met en termes théologiques dans l’Epître aux Romains et que l’on voit dans les faits dans les Actes des Apôtres à partir d’Antioche de Pissidie - par leur refus de Jésus, il prêche et se tourne vers les païens, vers tous, et innombrables sont ceux qui reçoivent ce mystère de Jésus comme sauveur, accomplissant l’humanité de chacun.
Ici, dans l’Epître aux Romains – ce sont 3 chapitres assez longs formant le final – il reprend et conclut. Il ne comprend pas très bien, il brûle du désir et donnerait sa vie et son ministère, tout ce qu’il est pour que ses frères d’origine puissent recevoir l’Évangile, mais ce mystère le dépasse. Et il se rend compte que, de ce refus initial, cet évangile s’est ouvert à tous, et c’est une grâce immense. Et il nous invite :

Ne va pas t’enorgueillir car tu as reçu ce message, mais sois profondément croyant, profondément humble, car tu as été greffé sur la racine, et si les branches sont saines, la racine est saine aussi…

C’est un appel au refus de l’antisémitisme, de l’exclusion de ceux qui n’ont pas reçu le Seigneur, car ils le recevront en puissance ! Et cela nous renvoie à notre mission, à la mission chrétienne. Vous vous souvenez que, dans son exhortation apostolique, le pape François parle de cette évangélisation et dit d’une manière toute simple :

Et nous sommes ainsi invités. Car, plus que d’aller prêcher, évangéliser c’est partager un trésor. Un peu comme Saint François, au début de sa conversion allait prier de longues heures dans une grotte. Il y avait un pauvre qui s’était attaché à lui, et comme il sentait qu’il n’était pas encore complètement prêt – c’était un clochard – il l’a préparé en lui demandait de l’attendre à l’extérieur pendant qu’il priait à l’intérieur. Il lui a ainsi indiqué qu’il y avait quelque chose d’important, et comme Saint François en ressortait chaque fois apaisé, joyeux, l’ami s’est posé des questions et peu à peu, il a pu l’introduire dans ce trésor partagé.
Bien entendu, on ne divulgue pas n’importe comment : cela se prépare. Car c’est une nécessité que chacun de nos frères puisse être sauvé.
Jésus ici est touché par l’amour de cette femme pour sa fille, par la violence, par la force de cet amour pour sa fille et il reconnaît cet amour. On pourrait se poser cette question : « Est-ce que nous aimons si peu notre prochain que nous n’osons pas leur parler de ce qui fait le trésor de notre vie ? ou bien : le Seigneur n’est-Il plus déjà le trésor de notre vie ? »

Demandons au Seigneur et à l’Esprit Saint de venir aux fondamentaux de notre expérience chrétienne, à notre baptême, à cette renaissance. Chaque matin, nous avons à renaître, nous nous relevons – en hébreu et en grec, c’est bien le terme « ressusciter » qui exprime cela. Nous venons pour une vie nouvelle chaque fois que nous rencontrons quelqu’un. Nous risquons d’être dans la routine, avec notre fardeau, alors que chaque rencontre est un moment nouveau où le Seigneur peut-être présent et peut donner Sa grâce en abondance.
Demandons à ne pas nous laisser arrêter par les pensées et les modes du temps comme je le décrivais au début de cette homélie, mais demandons de revenir à ce trésor qu’est Notre Seigneur et de pouvoir Le partager, car un trésor est fait pour être partagé.

Lorsque vit avec des personnes en grande pauvreté - que ce soit dans les bidonville ou ailleurs – on fait toujours la même constatation lorsqu’on leur fait un cadeau – que l’on souhaite personnel, on dit « garde ça pour toi, tu ne dis pas que j’ai donné ça » : à peine avez vous le dos tourné, la personne se retourne vers les autres et dit : « Regardez ce qu’il m’a donné, c’est extraordinaire », et partage cette joie tout autour d’elle, exactement comme dans l’Évangile, lorsque Jésus guérit quelqu’un et demande de ne pas le dire, pensant à la renommée qu’Il risque d’avoir, mais c’est tellement extraordinaire d’être sauvé, d’être vivifié, d’être sanctifié par le Seigneur !…

Alors, puissions-nous à l’image de ces pauvres, à l’image de Saint François, comme ceux qui ont rencontré Jésus dans l’Evangile et qui se mettent à proclamer la gloire de Dieu, que nous n’ayons de cesse de la proclamer, de ne pas garder le Seigneur comme un trésor qui serait pour nous et surtout pas pour les autres… Non ! les lectures d’aujourd’hui nous enseignent : « l’Évangile est pour tous ! »
Aimons chacun assez pour avoir la joie de partager la joie de l’Évangile,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 56, 1.6-7.
  • Psaume 66, 2b-3, 5abd, 7b-8.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 11, 13-15.29-32)
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 15, 21-28.

Jésus s’était retiré vers la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, criait :
— « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit rien. Les disciples s’approchèrent pour lui demander :
— « Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit :
— « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui :
— « Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit :
— « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. »
— « C’est vrai, Seigneur, reprit-elle ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit :
— « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! »

Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.