Homélie du 25e dimanche du Temps Ordinaire

27 septembre 2017

« Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »

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Frères et soeurs,

nous connaissons bien cette parabole du Royaume des cieux, qui est comparable à ce maître de domaine qui appelle les ouvriers à différentes heures du jour.

L’une des interprétations les plus fréquentes est de dire que le Seigneur, quelque soit l’étape de vie où nous sommes, continue d’appeler.
Il a appelé ceux qui sont les premiers, ceux qui ont vécu plus longtemps avec lui, qui étaient davantage au courant de ce travail, en contact avec le maître du domaine. Souvent les premiers sont assimilés à ceux qui sont plus impliqués dans la vigne qu’est l’Église.
Au fur et à mesure de la journée passant, le maître appelle jusqu’au dernier, les ouvriers de la dernière heure, ceux qui au moment de passer de ce monde à l’autre se retournent vers le Seigneur et vont vers la vigne.

Il y a une autre interprétation.
Et si il s’agissait de la même personne et non pas de personnes différentes ?
Cette même personne, dans les différentes étapes de sa vie, a ce désir d’une récompense.
Il y a une progression : au début on a des exigences dans notre vie spirituelle, dans notre vie de couple, on est dans un marché donnant/donnant. Plus avance la vie, la journée, moins les contours de la rétribution sont clairs.

Quand on se met à l’école du Seigneur, il faut même, progressivement, lâcher ce qui nous paraît être juste, c’est ce qu’il a dit à ceux qu’il a appelé à la 9e heure :

Je vous donnerai ce qui est juste.

Dans la vie spirituelle, c’est une étape que de passer de ce marché "donnant/donnant "à déjà faire confiance à cette parole du Seigneur.

Au soir de la journée, à la dernière heure, il n’est plus question de rétribution.

Pourquoi êtes-vous là sans rien faire ?

  • personne ne nous a embauchés.
  • Allez à ma vigne.

Le Seigneur ne dit rien d’autre. A la dernière heure de notre vie, nous ne sommes plus dans cette demande de rétribution, de justice, mais dans un profond abandon entre les mains de Dieu.

Tant dans la vie spirituelle que dans la vie de couple, dans la vie familiale, nous avons une invitation progressive à lâcher prise. C’est le sens de la 1re lecture du livre d’Isaïe :

Mes chemins ne sont pas vos chemins, mes pensées ne sont pas vos pensées.

Il faut entrer dans une autre logique de don, dans une forme de désapropriation de soi-même, de don et d’abandon en se remettant sans compter.
C’est l’amour d’agape, qui donne sans attendre de retour. La récompense pour le travail de ces ouvriers de la dernière heure, c’est que le Seigneur les appelle à le servir, lui.
Il y a encore des recoins en nous qui ne sont pas encore entrés dans une logique de don, qui n’ont pas répondu à l’appel du Seigneur. En avançant dans la vie, il faut prendre conscience qu’il y a encore des choses que le Seigneur attend de nous, dans la confiance, dans l’abandon.

Cette attitude se transmet vis à vis des autres. On voit bien que ceux de la première heure, à qui on avait promis le denier, récriminent, parce qu’ils étaient dans une logique de rétribution, alors que les derniers sont dans l’action de grâce. Progressivement dans notre vie, ayons cette action de grâce, ce remerciement, cette gratitude, que le Seigneur nous donne de pouvoir être à son service, rien que le fait d’être au service de Dieu nous suffit.

Demandons au Seigneur de débusquer en nous ces coins qui n’ont pas répondu à l’appel du Seigneur. A l’étape de vie où nous sommes, demandons aussi la grâce particulière de rentrer dans cette confiance profonde, dans cet abandon, pour pouvoir être les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 55,6-9.
  • Psaume 145(144),2-3.8-9.17-18.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 1,20c-24.27a.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 20,1-16a.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole :
 En effet, le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne.
Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire.
Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.”
Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit :
- “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?”
Ils lui répondirent :
- “Parce que personne ne nous a embauchés.”
Il leur dit :
- “Allez à ma vigne, vous aussi.”
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant :
- “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.”
Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier.
Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier.
En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine :
- “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !”
Mais le maître répondit à l’un d’entre eux :
- “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?
Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi :
n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?”
C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »