Homélie du 5e dimanche de Pâques

1er mai 2018

« Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. »

Il n’y a pas d’enregistrement pour cette homélie, veuillez nous en excuser…

Texte de l’homélie :

Pourquoi avoir choisi cet Évangile pendant le temps de Pâques ? Le dimanche de Pâques et les jours qui suivent, nous reprenons les récits des apparitions de Jésus ressuscité à ses disciples. Mais ensuite, nous passons peu à peu de la résurrection de Jésus, à l’effet de cette résurrection pour nous. Il y a comme une intériorisation de la grâce de Pâques. La résurrection du Christ nous ouvre l’accès à une vie nouvelle. Et cette vie nouvelle nécessite un soin tout particulier qui est bien mis en valeur par l’image de la vigne qui nous est donnée dans l’évangile de ce jour. Le pied de vigne, c’est le Christ. A Noël, il « s’est laissé planter dans la terre. » (cf. Benoît XVI, Jésus de Nazareth) Comme le dit saint Augustin :

« Si le Christ n’avait pas été un homme, il n’aurait pas pu être la vigne. Cependant il ne fournirait pas cette grâce aux sarments, s’il n’était pas également Dieu. »

À Pâques, à partir de la mort et de la résurrection du Christ, le moment est venu où nous pouvons être greffés en lui.
Je vous propose de méditer à partir de trois verbes de l’évangile de ce jour : demeurer, émonder, porter du fruit.

Demeurer

Greffés dans le Christ par le baptême

C’est ce qui advient par le baptême. Le baptême ne nous rapproche pas seulement du Christ comme s’il s’agissait d’une simple juxtaposition comme dans le métro où on est les uns à côté des autres mais sans relation. Par le baptême, nous dit saint Paul, nous sommes greffés dans le Christ (cf. Rm 11, 16s). Nous entrons dans une relation vivante avec lui.

Demeurer en Jésus

Ce verbe « demeurer » revient 10 fois dans les 10 premiers versets du chapitre 15 de l’évangile de saint Jean. Ce n’est pas la foi d’un instant. Jésus met à l’honneur la persévérance, « le fait de se tenir patiemment dans la communion avec le Seigneur au milieu des vicissitudes de l’existence ».


« Au début, on est facilement enthousiaste, mais il faut ensuite marcher avec constance sur les chemins monotones du désert qu’on est appelé à parcourir dans la vie. Il faut avancer patiemment, laisser se briser l’élan romantique du départ pour ne laisser que l’adhésion profonde et pure à la foi. » (Benoît XVI)

Ce verbe « demeurer » dit bien qu’on ne peut se contenter d’un contact épisodique avec Jésus. J’aime bien l’expression de George Weigel qui dit que l’on ne peut pratiquer le catholicisme à la façon d’une activité de loisir. Notre relation avec Jésus ne peut pas se limiter à être seulement un plus qui nous aide à bien vivre. A un certain moment, on ne peut pas faire autrement que de tout miser sur lui. Nous sommes appelés à vivre ce que dit saint Paul : « pour moi, vivre, c’est le Christ ».
Un lieu particulièrement important pour cette demeurer en Jésus est la prière et l’exercice des vertus théologales (foi, espérance et charité) qui nous relient à Dieu.

Le fait de demeurer en Jésus est le fondement de notre agir

Comme le dit très bien Benoît XVI :


« « Demeurez » et « Observez mes commandements ».
« Observer » n’est que le deuxième niveau ; le premier est celui de « demeurer », le niveau ontologique ; c’est-à-dire que nous nous sommes unis à Lui, qui s’est donné Lui-même à nous comme anticipation, qui nous a déjà donné son amour, le fruit. Ce n’est pas nous qui devons produire le grand fruit ; le christianisme n’est pas un moralisme, ce n’est pas nous qui devons faire ce que Dieu s’attend du monde, mais nous devons tout d’abord entrer dans ce mystère ontologique : Dieu se donne Lui-même. Son être, son amour, précède notre agir et, dans le fait d’être avec Lui, identifiés à Lui, ennoblis par son sang, nous pouvons nous aussi agir avec le Christ.
L’éthique est une conséquence de l’être : le Seigneur nous donne tout d’abord un nouvel être, tel est le grand don ; l’être précède l’agir et ensuite, de cet être, découle l’agir, comme une réalité organique ; car ce que nous sommes, nous pouvons l’être également dans notre activité. » (Benoît XVI 10 février 2010)


On le voit pour les apôtres après la Pentecôte, il ne leur est plus difficile de souffrir pour le nom de Jésus parce qu’ils sont entrés dans une relation nouvelle avec lui.

Émonder

Soins attentifs à la vigne

Dans la Bible, la vigne est une image privilégiée de l’Alliance entre Dieu et Israël notamment parce que la culture de la vigne demande un soin très particulier. Pour récolter de beaux raisins, on ne peut pas la laisser à l’abandon. Notre vie spirituelle demande des soins attentifs. Hélas, beaucoup de chrétiens se comportent comme s’il suffisait de planter un pied de vigne et d’attendre tranquillement l’époque des vendanges. La grâce du baptême appelle notre coopération. Comme le dit saint Paul :

« Nous vous exhortons à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu. » (2 Co 6, 1)

Dans notre vie chrétienne, nous ne pouvons nous contenter de recevoir le baptême puis de laisser grandir cette vie spirituelle de façon spontanée jusqu’au moment de la vendange que constituera notre mort.

L’émondage fait mal mais n’est pas un acte hostile

Quand nous parlons d’émondage, cela peut nous faire peur. Pourtant, il est essentiel de bien comprendre que l’émondage n’est pas un acte hostile envers le sarment. C’est précisément parce qu’il attend beaucoup de ce sarment que le vigneron le taille. Il ne s’agit pas d’une démarche un peu sadique du vigneron, bien au contraire. Ainsi en est-il de la Parole de Dieu qui telle une épée à deux tranchants peut quelquefois nous faire mal mais dans une perspective de salut. Lorsque Dieu intervient dans notre vie avec la croix, cela ne signifie pas qu’il est en colère contre nous. Bien au contraire. Dieu peut se servir de certaines épreuves, certaines souffrances, pour nous émonder. Dieu ne veut pas nous laisser végéter. C’est un peu comme un entraîneur qui veut nous aider à donner le meilleur de nous-mêmes. Le protagoniste principal dans la vie spirituelle, c’est Dieu, ce n’est pas nous. Le vigneron débarrasse la vigne de son bois mort et de ses pousses inutiles.

Débarrasser du bois mort

La Parole de Dieu nous aide à couper avec tout ce qui est mauvais. La Parole de Dieu accueillie avec foi qui nous permet de ne pas nous conformer à la mentalité du monde mais à celle du royaume.

Rabattre les pousses inutiles

L’émondage consiste à enlever tous les gourmands qui absorbent la vitalité de la vigne pour donner de belles feuilles plutôt que des bons fruits. Il faut « rabattre » les pousses inutiles qui absorberaient toute la sève mais pour des feuilles plutôt que pour des fruits. Nous pouvons hélas nous disperser dans des projets terrestres qui sont vains alors qu’il s’agit de nous concentrer sur les vraies valeurs. Cela comporte un renoncement à des choses qui ne sont pas mauvaises en soi mais qui nous disperseront. Comme chacun sait, il faut avoir le courage de faire des choix. Et faire des choix signifie renoncer.
L’émondage consiste essentiellement à apprendre à faire la volonté de Dieu plutôt que la nôtre.


« Dans cette purification, le mystère de la Mort et de la Résurrection est toujours présent. L’exaltation propre à l’homme et aux institutions doit être émondée. Ce qui a trop poussé doit être à nouveau ramené à la simplicité et à la pauvreté du Seigneur lui-même. C’est seulement à travers ces processus de mort que la fécondité se préserve et se renouvelle. » (Benoît XVI)


Régulièrement nous avons besoin d’être émondés. Ce n’est pas fait une fois pour toutes. En effet, nous pouvons prendre une certaine assurance et finalement compter davantage sur nous-mêmes que sur Dieu. L’émondage, c’est la façon dont Dieu nous enlève nos appuis très humains pour nous faire progresser.

Porter du fruit

L’émondage n’a pas son but en lui-même. Le désir de Dieu, c’est que nous portions du fruit. Chacun sait que la stérilité est un châtiment dans la Bible.

Un fruit de charité

Il ne suffit même pas d’avoir une vie de foi si cela ne produit pas de fruits de charité dans notre vie. Saint Jacques insiste beaucoup sur la nécessité des œuvres (Jc 2, 14.18.24.26). Voici les bons fruits dont parle saint Paul, ce sont les fruits de l’Esprit :

« Charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22).

Mais le fruit par excellence, c’est la charité (1 Co 14, 1).

La prière pour les autres

Notre prière a aussi une force particulière : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez. » C’est ce que l’on voit dans la vie des saints.

« Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux. Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. »

L’évangélisation

C’est aussi cette qualité de vie chrétienne qui évangélise : « c’est à ce signe que tous vous reconnaîtront pour mes disciples ».
Chez saint Paul, le fruit de son union avec le Christ depuis sa conversion c’est l’annonce incessante de la Bonne Nouvelle du Salut, la Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu proposé à chacun : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » !

Conclusion

En guise de conclusion, je vous propose deux pistes de réflexion :

  • Quels moyens pouvons-nous mettre en place pour que ce contact avec Jésus ne soit pas épisodique mais qu’il nous habite davantage ?
  • Se mettre sous le regard de Dieu pour peut-être élaguer certaines choses dans notre vie qui absorbent une grande part de notre énergie mais ne correspondent peut-être pas à la volonté de Dieu.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 9,26-31.
  • Psaume 22(21),26b-27.28-29.31-32.
  • Première lettre de saint Jean 3,18-24.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 15,1-8 :

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.
Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite.
Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.

Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »