Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs,
Vous le savez peut-être, la première lecture de ce dimanche est écrite au moment du retour d’exil. Après une grande épreuve on attend beaucoup, car c’est la fin des tourments ! En fait, on constate un climat plutôt dépressif. Et le prophète va ouvrir les yeux au peuple pour le faire méditer : « pourquoi vous êtes partis en exil ? car vous aviez oublié Dieu, l’alliance, vous avez oublié le désert et sa nécessaire solidarité entre tous ; Vous avez construit des maisons, vous êtes enrichis, vous avez laissé les pauvres de côté… »
Alors le Seigneur vous a renvoyés symboliquement au désert, en faisant dire à Osée :
« e te conduirai au désert, et je parlerai à ton cœur »
Mais une fois revenus, voilà que vous recommencez ! Certes vous avez reconstruit le Temple, mais vos jeûnes se passent dans la violence, et vous oubliez le pauvre ! A quoi ces 70 ans d’exil ont-ils servi ?
Isaïe veut montrer le chemin du renouveau :
« Ainsi parle le Seigneur : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. »
Mais quel est le fruit de tout cela ?
« Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » »
Servir le pauvre est la source de notre vie spirituelle
Cette parole est extraordinaire : faire du bien au pauvre, c’est un commandement. Mais on ignore souvent que c’est un des fondements de notre vie spirituelle car on vit tellement de manière cloisonnée…
Servir la soupe solidaire, allez chercher un sandwich au sdf, quel est le résultat si ce n’est le sentiment de la présence de Dieu ! Mieux, c’est Dieu qui vient nous visiter, nous combler nous réjouir…
Nous sommes tellement sur le modèle de prier pour recharger nos batteries, puis partir en mission, servir, faire une action solidaire pour dépenser l’énergie accumulée dans la prière ! C’est une énorme erreur ! Nous oublions que le pauvre est une source de vie spirituelle ! Sans service auprès du prochain pas de vie spirituelle !
Prenons garde à cette déconnexion profonde entre vie spirituelle et service… Nous avons perdu cette unité profonde entre service de Dieu service du prochain ! Nous avons oublié que fréquenter le pauvre avait quasiment la valeur de sacrement !
Vous souvenez-vous du philosophe Pascal qui, au moment d’une grande intensité spirituelle qui marque les derniers jours de sa vie en août 1662, alors que la maladie (probablement un cancer de l’estomac ou une tuberculose intestinale) le rongeait, souffrait de vomissements continus qui empêchaient les prêtres de lui donner le viatique (l’Eucharistie donnée aux mourants), de peur d’une profanation accidentelle par rejet.
Se sentant décliner et frustré de ne pouvoir recevoir l’hostie, Pascal demande à sa sœur, Gilberte Périer , de faire venir un pauvre malade dans la maison pour qu’il reçoive les mêmes soins que lui.
Frères et sœurs, le pape François nous a rappelé ces vérités fondamentales, qui étaient si présentes au XVIIe siècles et qui sont si oubliées aujourd’hui. Sachons lui en rendre grâce pour cela ! Nous ne pouvons communier à la tête, au Christ, si nous ne communions pas à Ses membres, les pauvres, les malades, les prisonniers…
Nous devrions tous nous demander quel est « notre pauvre », si nous en avons un… Ma vieille tante descendait acheter régulièrement son sandwich au sdf qui dormait sous la porte cochère en face de son appartement. Et quand il ne lui a plus été possible de descendre l’escalier, elle le lui faisait parvenir à l’aide d’une ficelle qu’elle déroulait depuis son balcon… Il en allait de notre santé spirituelle !
Le psaume dit magnifiquement :
« L’homme de bien a pitié, il partage ; Cet homme jamais ne tombera ; Il ne craint pas l’annonce d’un malheur : le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur. »
Saint Vincent disait à ses petites religieuses :
« Souvenez vous que vous avez besoin de votre pauvre plus encore qu’il n’a besoin de vous. »
Et demandons-nous si dans notre paroisse, nos communautés, nos familles sont bien présents ces trois traits constitutifs de l’Église : l’annonce de la parole, la célébration de la foi et le service du prochain… Ce dernier point peut si vite passer aux oubliettes, et je le dis d’abord pour moi ! Et cela requiert en même temps une vraie humilité dans le service.
Pour rester dans cette dynamique d’un amour authentique du pauvre, je vous propose un écueil à éviter, et un conseil pour aimer.
Un écueil à éviter…
Et saint Paul nous conseille de le pas être riche de la vérité que vous avez découverte par la foi chrétienne.
Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous.
Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre.
Le fondateur du Parcours Alpha disait :
Et il recommandait qu’autour des tables où ont pris place pour dîner et discuter de la foi les nouveaux venus, les curieux et les animateurs, qu’il y ait toujours un animateur qui se taise quand des questions sont posées ; qu’il soit là comme le témoin d’une Église qui sait écouter avant de parler, d’une Église qui sait compatir avec celui qui n’a pas le langage, les mots, les codes… et qu’il prie ! beaucoup de bien se fait ainsi !
N’oublions pas que le diable est un très bon théologien !
Un conseil pour aimer en vérité ?
Comment Jésus nous demande-t-Il d’aimer dans l’Évangile ? Il prend cette image du sel de la terre et lumière du monde, mais que cela veut-il dire ? le sel n’est pourtant pas sa propre fin : mettez vous devant un boisseau de sel, et tâchez d’en venir à bout, ce n’est pas engageant. Cependant, par sa présence, il va avantageusement révéler la saveur de vos pâtes de votre viande…
C’est ce que doit faire le chrétien : révéler la saveur de ceux qui l’entourent, saveur qu’ils ignorent peut-être eux-mêmes.
Et puis, par notre charité, notre douceur, notre juste fermeté, nous permettons à l’autre d’être en confiance, de révéler des trésors de caractère et de talents.A l’inverse, nous savons bien que si nous sommes agressifs, nous n’allons tirer des autres que ce qu’ils ont de plus laid en eux, une saveur qui aura le goût de fiel…
Notre charité est en définitive un faire-valoir de nos frères. Souvenons nous de ce mot de Saint Louis :
« Il faut aimer les autres ou parce qu’ils sont bons, ou pour qu’ils le soient… »
Comme ces textes sont pleins de santé spirituelle ! Appliquons-les pour nous : c Communions au Christ en communiant à ses pauvres, n’écrasons nul homme en assenant la vérité, révélons à chacun la merveille qu’il est, aux yeux des hommes peut-être, aux yeux de Dieu sûrement,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre d’Isaïe 58,7-10.
- Psaume 112(111),4-5.6-7.8a.9.
- Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 2,1-5.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,13-16 :
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »