Homélie du 8e dimanche du temps ordinaire

28 février 2017

« Ne vous faites pas de souci pour demain »

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Texte de l’homélie :

Si vous apportez à votre supérieur ou à votre patron une difficulté, un problème, bien souvent insoluble, et que secrètement vous attendez tout de lui, qu’il débrouille toute chose, aussitôt irrémédiablement, les intelligences se crispent.

Par contre, si en présentant le problème vous apportez une esquisse de solution et que celle-ci n’est pas trop farfelue, ou qu’elle n’est pas juste pour servir vos intérêts, alors les intelligences se détendent et vont devenir en capacité ensemble de trouver une solution, peut-être pas la vôtre, mais on va se mettre en marche pour affronter la réalité de chaque jour.

Vous avez entendu le mot qui revient dans l’Évangile 5 fois :

Ne vous faites pas de souci.

De quoi nous soucions nous ?

L’Évangile donne une réponse avec son histoire de nourriture, liée dit-il à la vie et avec le vêtement lié au corps. C’est effectivement les deux choses sur lesquelles en général nous passons notre temps à nous occuper, à nous préoccuper.
La vie c’est toute la force de vivre, nos réactions psychologiques et interactions entres les uns et les autres avec tout le jeu de nos passions, de nos peurs. Le corps, c’est ses besoins fondamentaux.

Jésus ici, dans le troisième volet de l’enseignement de base pour être chrétien, pour comprendre comment concrètement nous pouvons vivre du Royaume de Dieu, nous dit que ce qui est essentiel c’est la confiance.

Je vous rappelle les deux premiers volets :

  • le premier, c’est aimer, non pas avec notre amour parce que nous y avons mon intérêt, mais aimer jusqu’à aimer son ennemi avec un amour qui n’est pas un amour de convoitise, mais un amour bienveillant, qui veille sur le bien de l’autre.
  • le deuxième, repris le mercredi des cendres, nous dit quand tu jeûnes, parfume-toi la tête, parce que le Père qui est dans le secret vois. Cela ne veut dire ne pas agir sous l’influence des autres, de la rumeur, sous le regard, mais agir en conscience.

Vivre dans la confiance

Ce troisième volet c’est apprendre à vivre dans la confiance.

Apprendre à vivre non pas de nos peurs, de nos inquiétudes, de nos intérêts, mais vivre à partir de cette source de Vie que le Seigneur a déposé en nous, à partir du don qu’il a donné à chacun, pas le don qu’on imagine, qu’on voudrait conquérir, mais celui qu’on apprend à recevoir.

Cette confiance, cette 3e dimension, nous amène à découvrir une dimension que bien souvent nous laissons de côté, parce que nous vivons les jours en enchaînant les émotions, les faits, sans descendre au fond de notre cœur.

L’intériorité

C’est cette dimension d’intériorité sans laquelle la préoccupation de la vie, du corps, de la nourriture, du vêtement, fini par tourner en rond, par nous dessécher, par nous fatiguer, par nous préoccuper, par nous inquiéter, mais sans que nous soyons les patrons de notre vie.

Et combien cela est difficile, j’entends les témoignages des spécialistes de la prière et de ceux qui balbutient dans la prière, tout le monde est pareil, comme il est difficile de savoir s’arrêter, parce qu’on a peur de notre vide.

Nous avons à apprendre cette attention amoureuse qui nous a été donnée dans le Psaume :

En Dieu seul le repos de mon âme

Le mot repos qui est employé nous parle du silence.
Il y avait un vieux mot dans la traduction de saint Jean de la Croix qui dit ma demeure "accoisée", être coi cela veut dire se taire.

La prière c’est rentrer dans ce silence du cœur, ce n’est pas seulement enchaîner des prières. Comme le dit Jésus quand il enseigne sur la prière, ce n’est pas rabâcher, c’est s’adresser au Père, c’est s’adresser à quelqu’un de vivant qui me connait, qui m’aime, en qui je peux m’appuyer.
C’est toute la définition de la prière de sainte Thérèse d’Avila, un échange d’amour comme avec quelqu’un en qui on a confiance, sur qui on peut s’appuyer, comme un père, un frère, un ami.

C’est laisser Dieu rentrer, c’est laisser résonner toute notre vie sous le regard de Dieu.
Sous ce regard de Dieu, nous pourrons affronter la réalité.

Dans le Sermon sur la montagne, Jésus donne l’enseignement de base :

Bien heureux les pauvres

Notre pauvreté, notre incapacité - jamais Dieu ne nous humiliera, ne nous manquera - ne sera jamais un obstacle pour lui. Même notre péché, dans le sacrement de la Miséricorde, devient un instrument pour être plus uni à Dieu de retourner à lui.
La seule chose qui me coupe de Dieu, c’est quand je dis je sais, je connais, je suis riche.

Nous avons ainsi a demander à pouvoir rentrer dans cette intériorité pour apprendre à aborder et résoudre aussi nos problèmes concrets, pour que se détendent notre être et que nous puissions pleinement affronter les choses.

Comme le dit le psaume :

Le Seigneur est mon refuge, en lui je suis inébranlable

Quand on regarde le texte original c’est "je ne bougerai pas beaucoup"
Bien sûr que devant les difficultés c’est difficile, il faut se ressaisir, mais la grâce du Seigneur est avec nous.
Nous avons à apprendre, dimanche après dimanche, journée après journée, à vivre dans cette confiance dans le Seigneur

D’autres psaumes disent :

Il est beau de te louer, Dieu, dans Sion

C’est en fait : A toi la louange silencieuse dans Sion

La prière nous amène à une prière de simple attention, à une prière qui nous fait rentrer en relation, comme avec quelqu’un qu’on aime, cette attention amoureuse de pouvoir mettre devant lui toute chose.
Notre relation en Dieu, notre relation au Père ce n’est pas une relation technique, institutionnelle, c’est une relation du cœur, c’est une relation de personne à personne.

J’aime beaucoup cette louange silencieuse qui fait penser aussi à St Jean de la Croix quand il parlera de « la musique silencieuse des âmes », ce chant qui vient nous unifier, cette louange à Dieu qui ne se replie pas, qui ne ressasse pas sans cesse les peurs, les pardons à donner, les blessures, bien sûr qui les expose au Seigneur, mais pour lui offrir.

Voilà tout le sens aussi de l’Eucharistie, cette participation à l’Eucharistie, au Christ qui prend tous nos péchés, jusqu’au rejet de lui-même, jusqu’au rejet de la vie et qui les offres.
La puissance de sa résurrection nous montre combien cette confiance il a en son père et cet acte d’offrande et libérateur et fondateur du Royaume.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 49,14-15.
  • Psaume 62(61),2-3.8.9.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 4,1-5.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 6,24-34.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.
C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ?
Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?
Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ?
Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas.
Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux.
Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ?
Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?”
Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.
Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »