Homélie du cinquième dimanche du Carême

29 mars 2020

Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

Nous vous proposons de visionner l’homélie en suivant ce lien (min 21 à 32).

Écouter l’homélie

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Texte de l’homélie :

Frères et sœurs bien-aimés,

Ce récit de la résurrection de Lazare tombe dans un temps très particulier pour chacun d’entre nous et pour le monde entier. Nous le savons, la Parole de Dieu est une parole vivante : elle vient éclairer chaque moment de notre vie personnelle mais aussi chaque moment de l’Histoire que vit notre humanité.
C’est assez providentiel que, pendant cette liturgie du Carême, nous soit donné à écouter ce récit de Lazare, qui tombe malade et qui meurt et qui ensuite revient à la vie par prière et l’intercession du Christ.

Il peut y avoir une manière erronée de voir l’ épidémie que nous vivons et ce temps d’épreuve pour chacun d’entre nous : « Dieu nous châtie », et l’on entend de-ci et de-là es prophètes de malheur nous dire : « Vous avez mérité votre propre condamnation, Dieu Lui-même a laissé aller Sa colère. »
Mais, reconnaissons-le, nous nous suffisons à nous-mêmes et dans notre vie, nous n’avons ni besoin de Dieu ni du diable pour nous laisser aller dans des impasses et dans des lieux de souffrance, comme si la personne qui conduit à 200 km/h sur une route départementale et - allant ensuite dans le décor – se tue et dit : « C’est Dieu qui m’a fait ça. » Non ! ce sont les conséquences de sa propre irresponsabilité.

Ce virus est-il la conséquence de notre propre irresponsabilité ?

Ce virus est l’Épiphanie d’un autre virus, lui insidieux est rentré dans le cœur de nombreuses personnes, car le cœur manifeste quelque chose du corps.
C’est un virus que l’on pourrait se manifeste sous deux aspects : le libéralisme et la mondialisation.

Le libéralisme

Le libéralisme est de voir l’argent comme la seule mesure pour gouverner sa propre vie et les peuples. Alors que les États-Unis sont durement frappés par l’épidémie, on entend dire que la question est la suivante : allons-nous couler toute l’économie pour sauver 2.5% de la population non productive et qui, en règle générale, coûte cher à la société ? Ne vaut-il pas mieux les laisser mourir et laisser les États-Unis avoir une économie florissante ? Et le vice gouverneur du Texas Dan Patrick qui a suggéré que les grands parents – y compris lui-même - seraient heureux de sacrifier leur vie au bien-être financier de leurs enfants et petits enfants.
Un autre animateur de radio très connu là bas dit : « La possibilité de sacrifier des vies pendant l’épidémie pour sauver une économie florissante est à envisager. Je préfère mourir que de voir s’effondrer l’économie et le pays tout entier. »
C’est dire que ce libéralisme qui nous vient d’outre Atlantique – et qui de là, se répand sur toute la Terre – et qui met l’argent au cœur même du système au détriment de la personne humaine touche là sa limite.

Comme le disait le Saint Père lors du très beau temps de prière qu’il a animé vendredi dernier, ce moment poignant où on le voyait seul sur la Place Saint Pierre :

« Nous n’avons pas écouté le cri des pauvres, nous n’avons pas écouté le cri de la Terre. »

Décidément, ce virus qui atteint notre corps est le signe d’un mal plus profond, d’un virus qui atteint nos âmes… Nous nous sommes repliés sur nous-mêmes, nous n’avons compté que sur nous-mêmes pour rentrer dans une toute puissance.

La mondialisation

Pour ce qui est de la mondialisation, nous constatons que nous avons voulu transformer le monde en un village où tout serait accessible en un clic, et faire des milliers de kilomètres pour se rendre d’une part à l’autre du globe serait facile.
Avec l’épidémie, la Terre est redevenue tout d’un coup immense, nos agendas sont soudain devenus vides, nous qui pensions que c’était le signe de notre importance, de la grandeur de nos existences. Tour à tour, nous rayons les rendez-vous que nous avions pris.

Frères et sœurs bien-aimés, cette crise nous invite à un retour vers le Seigneur, même s’il est difficile de Le comprendre dans l’épisode de Lazare. Car, si certains disent : « C’est Dieu qui châtie », d’autres disent : « Où est Dieu ? Où est-il ? Est-il absent ? »

« Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort… »

Certainement, le comportement de Jésus parfois déconcertant nous invite à la Foi, à la confiance. Il nous invite à découvrir Sa présence dans chacune de nos existences. Nous pouvons parfois passer par des épisodes de grande souffrance – comme celui que nous vivons en ce moment. Mais comme croyant, nous voyons notre vie comme un mystère, quelque chose qui nous dépasse, alors que d’autres le voient comme quelque chose d’absurde. Nous croyons que nous sommes accompagnés, que nous ne sommes pas seuls.

Certes, Il souffre comme les autres, et l’on voit Jésus qui pleure sur son ami Lazare – c’est le seul moment où l’on voit Jésus pleurer – parce qu’Il est touché de compassion. Loin de Se désintéresser de nos vies, Il est là, proche des intérêts de chacun. Il nous redit que chacun est important. A travers cette épidémie, nous redécouvrons que nous ne pouvons pas nous penser seuls. Nous sommes comme corps, comme société, comme famille humaine, nous nous plaçons dans une nouvelle fraternité. On voit que chacun est indispensable, chacun à son poste, et que ceux qui avant n’avaient pas d’importance se retrouvent dans des lieux importants pour le fonctionnement de la société.
Oui, nous voyons que nous avons besoin de chacun et que nous ne sommes pas prêts à sacrifier 2.5% de la population qui ne produit pas pour pouvoir sauver l’économie car qu’est-ce qu’une économie dans âme si ce n’est la fin même de notre morale et de nos valeurs ?

Un appel pressant du Seigneur

Frères et sœurs bien-aimés, nous allons demander au Seigneur de grandir dans la Foi durant ce temps. Au début du Carême, nous avons été invités à nous retirer dans la chambre la plus retirée de la maison. Et ce temps de confinement que nous vivons fait écho à cet appel de Jésus.

« Retire-toi dans la chambre la plus éloignée et là, prie ton père qui est là dans le secret… »

Le confinement est une épreuve difficile, différente pour chacun, mais n’est-ce pas aussi une invitation à une vie plus contemplative ? A ce virus de l’hyperactivité qui guette nos sociétés occidentales où il faut aller toujours plus vite, où l’agenda rempli était le signe qualitatif de notre existence et où il y avait une réelle peur de l’agenda vide, le Seigneur oppose une invitation forte :

« Remets le cap sur l’essentiel, remets le cap sur la présence de Dieu dans ta vie.
Redécouvre cette présence qui passe par des situations que l’on ne comprend pas, marquées par la souffrance. »

Mais nous, comme croyants, et dans ce temps qui nous prépare à la semaine Sainte, à la grande semaine, nous découvrons que le Christ Se fait présent à chacun d’entre nous par Sa Croix, en particulier auprès de ceux qui souffrent de la perte d’un être cher. Il est touché, Il Se sent concerné.

À nous d’opérer une conversion intérieure. Le temps du Carême est un temps de conversion : se tourner vers… Puissions-nous, à travers ce temps de silence qui nous est donné, ce moment où l’espace et le temps redeviennent immenses, nous retourner vers le Seigneur et invoquer Sa miséricorde, Lui qui veut nous faire sortir de nos tombeaux.
À travers ce culte de l’argent, à travers cette priorité de la mobilité sur la proximité, ce sont autant de tombeaux que nous nous sommes creusés de nos propres mains et dont le Seigneur veut nous tirer.

Puissions-nous, frères et sœurs bien-aimés, remettre le cap sur l’essentiel, redemander que nous puissions redécouvrir chacun comme étant important, comme indispensable, en particulier le plus fragile, celui qui ne produit pas, celui qui n’est pas là pour faire fonctionner une économie à plein régime, nous lui disons qu’il est indispensable. Car qu’est-ce qu’une économie sans attention à la personne ?
Demandons au Seigneur qu’Il augmente en nous la foi, qu’Il nous fasse sortir de nos tombeaux…

« Déliez-le et laissez-le aller… »

Oui, nous avons des liens, nous nous sommes créés des liens, nous nous sommes liés nous-mêmes, entravés nous-mêmes. Le Seigneur qui est le Seigneur de la Vie veut nous laisser aller, veut délier ces liens pour faire de nous des enfants de lumière,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Ézéchiel 37,12-14.
  • Psaume 130(129),1-2.3-4.5-6ab.7bc-8.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,8-11.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 11,1-45 :

En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.
Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus :
— « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit :
— « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.
Puis, après cela, il dit aux disciples :
— « Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent :
— « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »
Jésus répondit :
— « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »
Après ces paroles, il ajouta :
— « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »
Les disciples lui dirent alors :
— « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »
Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement :
— « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples :
— « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.
Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.

Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.
Marthe dit à Jésus :
— « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »
Jésus lui dit :
— « Ton frère ressuscitera. »
Marthe reprit :
— « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
Jésus lui dit :
— « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle répondit :
— « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »
Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas :
— « Le Maître est là, il t’appelle. »
Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.
Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit :
— « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda :
— « Où l’avez-vous déposé ? »
Ils lui répondirent :
— « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient :
— « Voyez comme il l’aimait ! »
Mais certains d’entre eux dirent :
— « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.
Jésus dit :
— « Enlevez la pierre. »
Marthe, la sœur du défunt, lui dit :
— « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. »
Alors Jésus dit à Marthe :
— « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit :
— « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.
Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte :
— « Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit :
— « Déliez-le, et laissez-le aller. »

Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.