Homélie du dimanche de la Divine Miséricorde

29 avril 2019

« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs, quel contraste apparaît aujourd’hui entre deux images du Christ :

  • ce Jésus que nous avons sous les yeux sur la Croix, celui de la Miséricorde (sur celle que l’on voit dans la grande chapelle, Il a la tête un peu penchée avec le regard presque langoureux…)
  • et celui de l’Apocalypse, qui fait peur : Il est précédé par des trompettes, et quand Il apparaît, on tombe comme morts. C’est ce que nous dit Saint Jean. Plus loin dans le texte, on est encore plus impressionné : voilà que de Sa bouche sort un épée !

Voilà que ce Christ de la Miséricorde est aussi celui de l’Apocalypse que la liturgie nous donne de contempler aujourd’hui. Comment expliquer cela ?
Souvenons-nous toujours que la liturgie est faite pour nous façonner

Quel lien y a-t-il entre la Miséricorde et la Résurrection ?

La mort de Dieu, nous la refusons ! les Chrétiens continuent certes de proclamer la victoire du ressuscité, mais il semble que quelque chose de cette mort de Dieu soit restée, que cela pèse encore.
Comment cela se traduit-il ? C’est comme si le Christ ne devait plus être dérangeant, ne devait plus faire peur. Il est relégué dans la sphère privée - « Mon Créateur et moi-même, comme disait un auteur anglais » - un Christ qui a toute sa raison d’être s’il m’évite de consommer quelques anxiolytiques, c’est souvent notre argumentation principale lorsqu’il s’agit de L’annoncer de vive voix devant les jeunes, comme j’en fais régulièrement l’expérience, au risque d’avoir la réponse : « Si croire à Jésus te fait du bien n’hésite pas, je suis très content pour toi, mais pour ma part, j’ai un autre chemin. » Ce type de réaction est très fréquente.
Ce Christ là ne dérange pas, Il n’a pas la prétention à l’universalité, car Il n’a pas l’accès à l’espace public, Il est réservé pour les adultes. Il a été privé de Sa gloire, de Sa puissance, et de cette prérogative de juger le monde.

Il faut le dire, ce Christ a trouvé un écho favorable dans notre occident. La figure majeure et attractive dans notre société occidentale n’est plus le héros mais la victime, un Christ qui soit plus victime de vainqueur, et l’on ne comprend plus le lien entre les deux.
C’est vrai, c’est un Christ qui s’identifie à toutes les victimes, tous les pauvres, tous les pécheurs, et nous sommes fiers d’avoir un dieu comme cela : c’est beau, mais ce n’est qu’un des volets de la riche personnalité de notre Seigneur… Car, disons-nous le bien, la miséricorde de Dieu, ce n’est pas d’abord partager notre souffrance, notre péché, mais c’est être source de vie, sinon, on aurait du faire du vendredi Saint la fête de la miséricorde, et non pas le dimanche après Pâques : un Jésus qui meurt sur la Croix, qui demeure au plus profond de nous dans nos enfers, mais ce ne serait pas juste. Être miséricordieux, c’est donner une vie nouvelle, et c’est pour cela que seul Dieu est miséricordieux.

Pas de miséricorde sans toute puissance divine !

Redécouvrir le mystère de la Résurrection

Etre miséricordieux, c’est un mystère de création, de recréation : Dieu rétablit le pécheur dans sa grâce, lui redonne cette vie divine.
Voilà pourquoi, lorsque l’on parle de miséricorde, il faut tourner les yeux vers ce Christ sans doutes un peu inquiétant, mais – à travers cette description que nous en fait Saint Jean – chez qui affleure Sa gloire, Sa puissance, Sa grandeur. N’oublions pas que Jean écrit son apocalypse lorsque les Chrétiens commencent à être persécutés – non plus seulement par les Juifs, qui sont les derniers de tous les peuples, mais par l’Empire Romain, la civilisation la plus prestigieuse, pouvant être assimilée au monde entier. C’est un moment où le découragement est prédominant, avec cette idée : « Et si le Christ n’était pas vainqueur ? » C’est ce qui pousse Saint Jean à tirer le rideau brusquement et à révéler ce qu’il y a derrière : la Gloire de Dieu.

Comme nous avons besoin de retrouver aujourd’hui le sens de l’Apocalypse… nous savons bien que la marge de manœuvre des Chrétiens est de plus en plus réduite et nous risquons d’agir comme si le Christ restait au tombeau : nous « l’empêchons » de sortir non pas parce que nous refusons le credo, mais que nous n’y croyons plus comme pour une victoire de foot, nous avons comme perdu espoir…
Sans le vouloir, nous sommes devenus comme des victimes parce que nous l’avons comme trop bien intégré. Comme disait un auteur romain :
« Les Chrétiens sont la haine du genre humain… »

Oui, le monde a de la haine contre nous et de ce fait, tous nos raidissements, nos timidités, nos manques d’audace témoignent que nous nous appuyons trop sur nos propres forces.
Vous souvenez-vous que le Cardinal Bergolio prenait cet extrait de l’Apocalypse :

« Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. »

Mais il inversait cette contemplation en disant :


« Et si le Christ frappait depuis l’intérieur de notre propre cœur, depuis l’intérieur de son propre tombeau, depuis l’intérieur de sa propre église qui ne Le laisse pas sortir parce qu’elle est trop "auto-référentielle", parce qu’elle est trop timide et qu’elle a trop peur, et qu’elle devient finalement une limite, ne frontière à Sa puissance et à Sa gloire… »

Il nous revient donc de Lui ouvrir les portes de nos vies pour que nos paroles, nos visages, nos cœurs soient pour le Christ des occasions de Se manifester à l’Univers.

Redécouvrir le visage du Christ

Chers frères et sœurs, nous avons besoin de rééduquer cette image du Christ en nous : ce Christ anémié, il faut Lui redonner des couleurs, de la vigueur, de l’attractivité ! Et quel sont ces lieux où nous pouvons retrouver cet authentique visage du Christ ?

À travers la Parole

C’est d’abord dans Sa parole : quand nous lisons l’Écriture, quand nous lisons les psaumes, quel extraordinaire portrait de notre Seigneur pouvons-nous y distinguer, parfois bien loin de nos livres de spiritualité. Je cite un des psaumes :

« Le Seigneur est semblable au soleil.
Il est semblable à un époux qui sort de sa chambre : Il s’élance dans cette course avec la joie d’un héros.
Il se lève d’une extrémité des Cieux, Il achève sa course à l’autre extrémité.
Rien ne se dérobe à Sa chaleur…. »

En relisant les textes de Daniel et de l’Apocalypse, c’est la même chose.

À travers la liturgie

Nos liturgies sont un autre lieu pour redécouvrir le visage du Christ. Elles doivent être des lieux où la gloire de Dieu peut se répandre : les édifices, les chants, les fleurs, les ornementations, tout cela doit procéder de cœur, d’intelligence et d’humanité touchée par la Grâce.
Nos liturgies doivent manifester que l’Église est le lieu où se réalisent les volontés du Seigneur. Tel nous prions, tel Il est.

Vous souvenez-vous que Jean-Paul II disait :

« La liturgie, c’est le Ciel sur la Terre ! »

En plein mai 68, à travers les discours et les polémiques, la gauche qui attaque la droite, la droite qui réagit, ce « ni dieu ni maître » que l’on dit à tout va, le Père Delfieux - fondateur des Fraternités monastiques de Jérusalem - avait fait le choix de ne pas rajouter des discours aux discours, mais a fait le choix de déployer cette magnifique liturgie monastique, grandiose et profonde, au cœur des cités, pour montrer quel est notre Dieu.

Chers frères et sœurs, nous pouvons nous demander pourquoi Thomas ne reconnaît pas aujourd’hui son Seigneur dans la gloire ? c’est sans doutes parce qu’il a manqué la liturgie du dimanche précédent : il n’était pas avec les Apôtres, et de ce fait, il lui manque quelque chose.
Cette liturgie est bien le lieu où nous réactivons en nous ce sens du Christ glorieux. C’est aussi toute notre culture qui doit être imprégnée de l’Évangile.

Le Chrétien ne peut pas s’auto-inhiber. On donne souvent le meilleur de soi-même pour son travail, et ce qu’il reste pour la foi : les miettes… Il faut au contraire que notre foi imprègne tous les domaines de notre vie.
Il faut alors de l’inventivité, de la créativité certes, mais il faut surtout l’économie, la vie sociale : que tout porte la marque de l’Évangile. Que notre culture soit irriguée de la Parole de Dieu.

À travers l’architecture

J’ai été frappé par l’incendie de Notre-Dame, par le drame que cela représente, mais surtout pour le sentiment que cela a éveillé chez nos contemporains. Nous avons vu comment cette synthèse de la culture et de la foi produisait une très forte attractivité et réveillait chez bien de nos compatriotes le sentiment d’avoir une âme française et chrétienne. Cette fierté, même, d’être issus de cette civilisation.
Voyez la force de cette synthèse quand les rayons de la gloire du Christ touchent notre culture. Voici l’enjeu : il est capital !

Chers frères et sœurs, c’est la tâche qu’il incombe surtout au laïcs de faire parvenir les rayons de la gloire de Dieu dans les réalités les plus concrètes, les plus temporelles, les plus matérielles de notre vie.
C’est une mission magnifique, mais elle est difficile. Alors, levons les yeux vers Notre-Dame, Elle qui est justement magnifiquement représentée, illustrée, qui a eu un écho fantastique dans notre vie à travers toutes ces cathédrales qui ont pu déceler cette féminité offerte à Dieu et l’ont incarnée dans ces poèmes de pierre que sont ces édifices qui nous attirent tant.
Qu’Elle nous aide à réaliser cette œuvre, et la gloire du Christ sera manifestée,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 5,12-16.
  • Psaume 118(117),2-4.22-24.25-27a.
  • Lettre de l’Apocalypse 1,9-11a.12-13.17-19.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20,19-31 :

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient :
— « Nous avons vu le Seigneur ! »
Mais il leur déclara :
— « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas :
— « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Alors Thomas lui dit :
— « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit :
— « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.