Homélie du dimanche de la Résurrection

3 avril 2018

C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

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Texte de l’homélie

« Le Christ est ressuscité ! »

Nous avons entendu cette nuit cette annonce. Cette annonce est surprenante pour les femmes, pour les disciples, et je l’espère pour nous aussi aujourd’hui. Mais, si nous avons l’habitude de dire Le Christ est ressuscité » - même si la réponse n’est pas tout à fait spontanée – et si ça passe dans une belle célébration liturgique, c’est peut-être plus difficile pour nous d’accueillir cette annonce dans notre quotidien, confrontés aux difficultés qui sont les nôtres, nous avons du mal à comprendre, à intégrer cette grande nouvelle.

Et pourtant, la liturgie n’est pas juste faite pour nous distraire de la grisaille et des difficultés habituelles, mais bien pour nous apprendre un mouvement intérieur de renaissance à laquelle nous avons été invités hier soir en renouvelant les vœux de notre baptême et en s’appropriant cette nouvelle de Jésus.
Mais, pour nous consoler, nous pouvons entendre le dernier verset de l’Evangile : les femmes et les apôtres qui n’avaient pas compris qu’il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Et chaque fois que l’on en parle, c’est quelque chose de difficile.
Il faut dire que c’est un événement inouï, dont aucun humain n’a jamais eu l’expérience, n’a jamais vécu et n’a jamais été témoin d’un phénomène que la résurrection de Jésus !

En effet, Benoît XVI dans sa catéchèse sur la Résurrection dans son livre Jésus de Nazareth, il explique bien ce que n’est pas la Résurrection : ce n’est pas simplement la réanimation d’une personne en coma profond et qui revient, ni comme Lazare, avec une vie qui va continuer après, ce n’est pas une vision, avec quelqu’un qui vient nous visiter depuis les morts. Non, c’est un fait. Et les vêtements qui sont restés à plat sont le témoin qui permettent le déclic dans l’intelligence perspicace et rapide de Saint Jean : il voit que les linges sont « dégonflés », et n’ont pas été arrachés, enlevés.
Dans les synoptiques, on voit que Lazare était sorti lié avec ses bandelettes, et il fallait le délier. Hier soir, dans l’Evangile de Saint Marc, Jésus est dans une vie sans entrave, à l’inverse de notre condition aujourd’hui, mais avec son corps et tout ce qu’Il est : ressuscité.

Et c’est une réalité tout à fait nouvelle. Mais, cette réalité ne concerne pas que Jésus. Si nous disons Christ est ressuscité, certains seraient tentés de répondre : « Grand bien lui, fasse ! et nous ? » Oui, pour nous, qu’est-ce que ça change ? est-ce que ça a changé quelque chose depuis que nous sommes baptisés, depuis que nous avons renouvelé nos promesses de baptême : nous le faisons dans le credo, dans la cérémonie de la nuit de Pâques, et lors de la seconde planche de salut que sont la confession et la réconciliation. Dans le credo, notre Foi nous dit que ce que Jésus a vécu ce n’est pas pour Lui, mais pour nous et pour notre salut. Pas seulement comme une cause efficiente et extérieure mais bien intérieure. Et vous l’avez entendu avec Saint Paul aux Colossiens :

« Vous êtes ressuscités avec le Christ ! »

Et c’est le sens de notre baptême que pédagogiquement et dévotionnellement nous avons revécu cette nuit : c’est pour nous entraîner à ce passage par la mort, et à notre vie insérée, cachée en Dieu.
Certes, c’est en croissance, c’est en chemin jusqu’à la pleine réalisation dans la gloire. Mais, interrogeons-nous : ‘est-ce déjà une réalité que ce bourgeonnement de la puissance de la Résurrection dans notre cœur.

Alors, avec ces éléments, pour vivre de cette grâce de la Résurrection, qu’allons-nous faire pendant le temps pascal. Lorsque l’on confesse pendant le temps pascal, on s’aperçoit que les personnes vous disent - tout au long du carême, et même jusqu’à la semaine sainte – qu’ils n’ont encore rien fait pour se mettre en chemin de Carême… Ce n’est peut-être pas un problème, car le Carême n’est pas fait pour nous entraîner à faire des choses, à être des héros du jeûne, des héros de la vertu. Nous confondons bien souvent notre vie chrétienne avec un certain stoïcisme, et de s’étonner que – quand j’étais jeune - de nouveaux convertis étaient séduits par la pensée de Marc Aurèle qui consonne un petit peu avec la morale de l’Evangile. _ Mais, il ne s’agit pas de cela, mais plutôt de comme le dit Saint Augustin :

« Les solennités pascales commencent le premier jour de Carême. »

Au début du Carême, nous avons à reprendre le pli pour vivre de la grâce et c’est ainsi que nous pourrons changer notre cœur, que nous pourrons rectifier notre comportement. Mais, il nous faut d’abord nous ouvrir à la lumière, nous ouvrir à la rencontre avec le Christ.
Pendant tout le Carême, nous avons entendu tous ces textes qui nous rappellent du drame humain car, pécheurs, nous ne voulons pas venir à la lumière, à la vérité, alors que le Seigneur est cette lumière que les ténèbres n’arrivent pas à saisir, à contenir, à réduire, à retenir…

Alors, nous avons déjà été invités - et nous le sommes encore- à vivre de cette rencontre avec Jésus qui nous relève et nous rend capables d’œuvres de miséricorde, de vivre à ce rythme de la miséricorde du Seigneur. Mais, n’oublions pas : nous ne sommes pas de disciples des pharisiens qui disent : « Convertis-toi, adopte le bon comportement et tu seras notre ami, tu sera sauvé. »
Jésus, Lui, vient nous rencontrer avec nos difficultés quotidiennes, avec nos incapacités à nous réformer, avec nos pauvretés. Rappelons-nous que Jésus nous a prouvé vendredi saint qu’Il n’avait pas peu de nos pauvretés, de nos péchés, mais qu’Il venait les transformer, par l’offrande qu’Il fait, en faire un moyen si nous venons à la lumière, si nous regardons vers Celui que nous avons transpercé, d’en faire même un moyen de se rapprocher de Dieu et de devenir ami de Dieu.
Certes, comme dit Saint Paul à l’Epître aux Romains, il ne faut pas pécher allègrement, mais il faut s’ouvrir à cette lumière, à rentrer dans cette dynamique chrétienne.

Alors, qu’allons-nous faire dans ce temps pascal ? Nous allons nous habituer à mieux comprendre, à mieux rentrer dans cette dynamique de la vie chrétienne. Comment ?

En premier lieu, nous allons obéir à Jésus et nous aller en Galilée. Ne vous inquiétez pas, il ne s’agit pas d’aller concrètement faire un voyage en Israël (quoi que ce soit une idée, car c’est une bonne catéchèse) : pour quoi faire ? se mettre au vert et se détendre, sûrement pas :Il est envoie pour faire comme un pèlerinage, une remémoration. Ils vont revisiter tous les lieux où ils ont vécu avec Jésus et où ils ont été touchés par la grâce. C’est une chose très importante pour notre vie : se rappeler pour inscrire dans la mémoire ces gestes, cette grâce de Jésus, pour revenir sur les moments de grâce de Jésus et s’ouvrir à la grâce pour nous appuyer dessus.

Notre Père Jean disait toujours qu’il faut vivre retrouver le réflexe de la grâce. Que nous ne les affrontions pas seuls les difficultés et les agressions de chaque jour, avec les « valeurs » de Dieu, mais avec cette grâce, avec ce mouvement de Dieu à l’intérieur. Ils vont donc pour se remémorer, pour assimiler, pour revoir les enseignements de Jésus, pour apprendre, pour commencer à être des témoins, comme en parle la première lecture.
Nous sommes appelés à être des témoins, à être des membres actifs du Christ. S’Il est ressuscité, si nous sommes ressuscités en Lui, c’est pour que le peuple entier puisse voir et entendre Jésus. Il faut travailler notre témoignage, comment la vie de Dieu vient bourgeonner en nous, comment elle nous transforme et comment elle nous sauve.

Pendant ce temps pascal, nous allons aussi apprendre à vivre avec Jésus au milieu de nous. Non pas avec Jésus comme un étranger qu’on pourrait rencontrer - comme avant la Résurrection, lorsqu’Il passe avec ses disciples - au coin d’une rue, mais à se souvenir de cette dernière parole de Jésus :

« Et moi je suis avec vous tous les jours. »

A chaque instant, la puissance de la résurrection, et la puissance de la miséricorde est disponible à l’entre-deux d’une rencontre. A nous d’apprendre que Jésus n’est pas loin, à venir, mais qu’Il est là tout de suite. Ce n’est pas une question de dévotion, d’avoir des pensées pieuses envers Lui – Jésus ne l’est d’ailleurs pas aux yeux des Pharisiens – mais c’est cette présence, cette force de Dieu qu’Il vient éveiller en nous.

Même dans les situations difficiles, avec la pédagogie du vendredi Saint, nous savons que nous pourrons retrouver Jésus même dans l’abandon, même dans les difficultés, en vivant avec Jésus abandonné.

Nous avons vu Jésus, après Son agonie, revêtu d’une force incroyable pour affronter la Passion et en être victorieux, en restant dans ce mouvement d’offrande.

Pour terminer, demandons la grâce de vivre de la résurrection, demandons qu’Elle soit notre quotidien, notre être chrétien. Rappelons-nous ce que nous dit Saint Paul :

« Si le Christ n’est pas ressuscité en nous, si nous ne sommes pas plongés dans Sa mort et Sa résurrection, tout cela est vain. »

Et, dans notre monde, beaucoup de gens se chargent bien de nous le rappeler. Alors, encourageons-nous, excitons-nous à vivre de cette résurrection, de cette puissance de Jésus qui nous est donnée.
Et je vous avouerais que je suis un peu jaloux des Russes qui – pendant tout ce temps pascal – ne se disent plus « Bonjour ! » ni « Allô ! » au téléphone, mais qui disent simplement « Christ est ressuscité ! », et tous répondent :

« Il est vraiment ressuscité ! »

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 10,34a.37-43.
  • Psaume 118(117),1.2.16-17.22-23.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens 3,1-4.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,1-9. :

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.

Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.

C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.