Homélie du dimanche des Rameaux et de la Passion

30 mars 2026

À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs,

En écoutant ce récit de la Passion, nous sommes saisis par l’amour du Christ. Mais, regardons de plus près ce qu’Il accepte de souffrir pour nous afin de mieux approfondir ce don qu’Il fait de Sa vie pour nous.

Comment se manifeste l’amour de Jésus face à ce mal ?

Se laisser saisir par l’amour de Jésus

J’aime beaucoup cette parole où saint Paul nous dit combien il est saisi par l’amour du Christ :

« En effet, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. 15 Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. » (2 Co 5)

Il est bon de voir comment se manifeste l’amour de Jésus à l’égard des différents protagonistes de la passion. Il est bon de garder à l’esprit le fait que le grand désir de Dieu, c’est qu’aucun homme ne se perde. Dieu veut sauver tous ses enfants.

Un amour confronté au mal

L’amour de Jésus est un amour confronté au mal. Tant qu’on y trouve son compte, il est facile d’aimer. Cela se complique quand cela devient difficile.
Il y a deux façons d’aimer de façon tout à fait authentique :

  • La première consiste à aimer l’autre d’un amour de générosité ; elle consiste à faire du bien à celui qu’on aime.
  • La seconde va encore plus loin ; elle consiste à accepter de souffrir par et pour celui qu’on aime. On voit immédiatement que cette deuxième façon d’aimer est beaucoup moins glorieuse, beaucoup plus dépouillante mais elle porte le sceau de l’humilité, qui est un sceau de l’authenticité de l’amour.

Jésus ne parle pas beaucoup. Il se laisse faire. Il laisse disposer de lui. C’est cela le serviteur dont nous parle le prophète Isaïe.

L’amour de Jésus est profondément libre. Nous le voyons au moment de l’agonie. C’est un véritable choix de la part de Jésus. On ne lui prend pas Sa vie : Il la donne librement.
À Gethsémani, Jésus prie :

« Que cette coupe passe loin de moi… cependant, non pas comme moi je veux, mais comme toi tu veux. »

Son amour n’est pas une insensibilité à la souffrance, mais une adhésion libre, arrachée dans l’angoisse. Jésus S’abandonne entre les mains de son Père.

L’amour de Jésus laisse les différents protagonistes de la Passion profondément libres. Il ne les menace pas mais les avertit et les responsabilise. Il ne les empêche pas de commettre le mal, Il donne des éléments pour réfléchir. Il s’adresse à chacun différemment (Judas, Pierre, Pilate…).
Cet amour de Jésus met en lumière la trahison, la peur, la lâcheté, sans condamner. Une fois que les gens ont commis le mal, Jésus ne condamne pas. Il se désole du mal que les gens ont commis mais ne les condamne pas. L’amour de Jésus est infiniment patient.

Voyons maintenant les différents protagonistes de la Passion.

Les différents protagonistes de la Passion

Certains sont des artisans plus directs de la mort de Jésus. Ils sont assez déterminés. D’autres se laissent entraîner davantage par faiblesse. Confrontés à la souffrance, ils ne résistent pas. Il y a des gens déterminés à faire mourir Jésus. Mais pour beaucoup, c’est plus par légèreté. Et pourtant les gens déterminés ne pourraient rien sans eux. Il nous faut gagner en détermination dans notre amour pour Jésus, même si cela nous coûte.

Les uns et les autres apportent une contribution aux souffrances du Christ. Il est clair que les plus déterminés sont les chefs des prêtres qui voulaient depuis longtemps se débarrasser du Christ. Mais qu’auraient-ils fait sans cette complicité de l’un des proches de Jésus, de Judas ? Pouvaient-ils mettre Jésus à mort sans que Pilate ne laisse faire ? La foule et les soldats ne se sont-ils pas finalement ralliés à la haine des grands prêtres ? Et enfin, Pierre n’a pu apporter à Jésus le réconfort de son amitié ; il l’a au contraire renié au moment de l’adversité.

Les autorités religieuses

Lorsqu’elles cherchent à Le faire condamner, Il ne répond presque rien. Il ne se défend pas avec violence. Son silence exprime un amour qui respecte la liberté, même quand elle rejette Dieu.

Quand Il affirme être le Fils de Dieu, Jésus sait que cela entraînera Sa condamnation. Il ne cherche pas à éviter la vérité pour survivre. Il accepte le prix de la vérité.

Judas

Judas s’est aussi laisser embarquer dans le mal. La question de son rapport à l’argent a pourri sa relation à Jésus. La logique de l’Évangile lui reste étrangère. Son excessive préoccupation pour l’argent l’aveugle au point qu’il en vient à conclure un marché avec les grands prêtres pour leur livrer Jésus.

Jusqu’au bout, Jésus lui offre son amitié. Jésus l’appelle « mon ami ». Ce n’est pas de manière ironique. Jésus interpelle Judas jusqu’au dernier moment : car son baiser est un geste d’amitié détourné. Jésus ne renie pas Judas. Son amour reste offert jusqu’au bout, même face au mensonge et à la trahison.

Pilate

D’entrée de jeu, Pilate se rend compte que c’est par jalousie que les grands prêtres ont livré Jésus. En quelque sorte, il veut rester extérieur à ce débat. Mais ce faisant, il permet la crucifixion de Jésus. Il n’est pas cohérent avec sa conscience : si Jésus est innocent, il faut le libérer. Son critère n’est pas tant la vérité qu’un certain calcul politique. Pilate se lave les mains. “Cela vous regarde”.

Jésus le laisse face à sa conscience. Pilate n’est pas assez affermi dans la vérité, c’est pourquoi après ses hésitations, il finit par livrer Jésus. Pilate reconnaît l’innocence de Jésus mais cède à la foule. Jésus lui répond peu, mais suffisamment pour l’interroger intérieurement. Cet amour ne force pas : il invite à choisir la vérité. Jésus ne réagit pas par le mépris face à la lâcheté.

La foule

Aujourd’hui, lors des Rameaux, elle l’acclame. Quelques jours après elle réclame Sa crucifixion. C’est un moment terrible de rejet collectif. Et pourtant c’est pour tous les hommes que Jésus offre Sa vie. Cf. impropères que l’on chante le vendredi saint. C’est un chant poignant :

« Ô mon peuple ! Que t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je contristé ? Réponds-moi ! »

Quelque part, ils ne prennent pas le temps de penser par eux-mêmes ; ils n’ont pas vraiment de consistance ; ils n’écoutent pas vraiment leur conscience ; ils se laissent manipuler. Il est difficile d’aller à contre-courant, de ne pas aller dans le même sens que les autres.

L’amour de Jésus est rejeté mais toujours offert. Jésus accepte d’être rejeté. Il ne répond pas par la colère. Son amour reste universel, même envers ceux qui crient contre lui. À tous, Il offre la possibilité du repentir.

Les soldats

Lorsqu’ils se moquent, frappent et l’humilient, Jésus ne tombe pas dans une forme de haine et de violence intérieure. Il ne rend pas le mal pour le mal. L’amour de Jésus est non-violent. Il ne veut pas forcer les gens à croire par une démonstration de force : « Qu’il descende de la croix ! »
Sur la croix, Jésus ne fait aucun miracle pour Se sauver.

Pierre

L’amour de Jésus est miséricordieux. droite

La chair est faible : Saint Pierre s’en rendra compte assez vite. Il est un peu fanfaron et présomptueux et il pense qu’il fera mieux que les autres. Au départ, il n’est pas prêt à entendre la mise en garde de Jésus qui prédit sa chute. Pierre est plein de bonne volonté mais il n’est pas prêt à être humilié. Partager l’humiliation, c’est difficile.

Après son reniement, Jésus ne le regarde pas pour l’écraser mais pour le ramener à la vérité et le relever. Ce regard provoque ses larmes. Il le ramène à la vérité et ouvre à la conversion. L’amour de Jésus est miséricordieux.

Les disciples

Il est touchant de voir que Jésus demande à ses apôtres de veiller avec lui. Il leur indique le moyen de résister à la tentation :

« Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation. »

Il les aide à prendre conscience de leur faiblesse.

Leur attitude n’est pas très glorieuse : ils s’endorment à Gethsémani et fuient ensuite. Jésus connaît leur fragilité et ne les condamne pas. Son amour est patient face à leur faiblesse.

Conclusion : en marche avec Marie

En tout cela Marie reste fidèle à Jésus. Nous pouvons Lui demander la grâce de nous garder intègres dans notre amour pour Jésus. Elle est en mesure de nous aider à ne pas céder à la lâcheté, à avoir le courage de nos opinions, à ne pas nous conformer à la pensée dominante, à réagir quand nous sentons que ce n’est pas juste et vrai.
Elle peut aussi nous aider à ne jamais désespérer, même quand nous sommes médiocres.

Quelques démarches concrètes

  • ne pas avoir honte de mettre la Croix dans nos maisons, sur notre poitrine, ou de faire le signe de croix.
  • rester fidèles à notre conscience même si cela peut nous attirer des ennuis.
  • prendre du temps cette semaine pour lire des extraits de la passion de Jésus.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 50,4-7.
  • Psaume 22(21),8-9.17-18a.19-20.22c-24a.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 2,6-11.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 26,14-75.27,1-66 :

En ce temps-là, l’un des Douze, nommé Judas Iscariote, se rendit chez les grands prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? ». Ils lui remirent trente pièces d’argent. Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.

Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus :
— « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? »
Il leur dit :
— « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : “Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples.” »
Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque.

Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous va me livrer. »
Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, chacun son tour : « Serait-ce moi, Seigneur ? »
Prenant la parole, il dit : « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »
Judas, celui qui le livrait, prit la parole :
— « Rabbi, serait-ce moi ? »
Jésus lui répond :
— « C’est toi-même qui l’as dit ! »
Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit et, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez : ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude en rémission des péchés.
Je vous le dis : désormais je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
Alors Jésus leur dit : « Cette nuit, je serai pour vous tous une occasion de chute ; car il est écrit : ‘Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées.’ Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Prenant la parole, Pierre lui dit :
— « Si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. »
Jésus lui répondit :
— « Amen, je te le dis : cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. »
Pierre lui dit :
— « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. »
Et tous les disciples dirent de même. Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. »
Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse.
Il leur dit alors : « Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi. »
Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. »
Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ?
Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
De nouveau, il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois ; il disait : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! »
Revenu près des disciples, de nouveau il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil.
Les laissant, de nouveau il s’éloigna et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles.
Alors il revient vers les disciples et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. Voici qu’elle est proche, l’heure où le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.
Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
Jésus parlait encore, lorsque Judas, l’un des Douze, arriva, et avec lui une grande foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple.
Celui qui le livrait leur avait donné un signe : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le. »
Aussitôt, s’approchant de Jésus, il lui dit : « Salut, Rabbi ! » Et il l’embrassa.
Jésus lui dit : « Mon ami, ce que tu es venu faire, fais-le ! »
Alors ils s’approchèrent, mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. L’un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre, et lui trancha l’oreille.
Alors Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée. Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père ? Il mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges. Mais alors, comment s’accompliraient les Écritures selon lesquelles il faut qu’il en soit ainsi ? »
À ce moment-là, Jésus dit aux foules : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, dans le Temple, j’étais assis en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. »
Mais tout cela est arrivé pour que s’accomplissent les écrits des prophètes. Alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent.

Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens. Quant à Pierre, il le suivait à distance, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.
Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort. Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés.
Finalement il s’en présenta deux, qui déclarèrent : « Celui-là a dit : “Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.” »
Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »
Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit :
— « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. »
Jésus lui répond :
— « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »
Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème ! Quel est votre avis ? »
Ils répondirent : « Il mérite la mort. »
Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres le rouèrent de coups en disant : « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? »

Cependant Pierre était assis dehors dans la cour. Une jeune servante s’approcha de lui et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus, le Galiléen ! »
Mais il le nia devant tout le monde et dit : « Je ne sais pas de quoi tu parles. »
Une autre servante le vit sortir en direction du portail et elle dit à ceux qui étaient là : « Celui-ci était avec Jésus, le Nazaréen. »
De nouveau, Pierre le nia en faisant ce serment : « Je ne connais pas cet homme. »
Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : « Sûrement, toi aussi, tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, ta façon de parler te trahit. »
Alors, il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme. » Et aussitôt un coq chanta.
Alors Pierre se souvint de la parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.

Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mettre à mort. Après l’avoir ligoté, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate, le gouverneur.
Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens.
Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! »
Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre.
Les grands prêtres ramassèrent l’argent et dirent : « Il n’est pas permis de le verser dans le trésor, puisque c’est le prix du sang. »
Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour y enterrer les étrangers. Voilà pourquoi ce champ est appelé jusqu’à ce jour le Champ-du-Sang. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : ‘Ils ramassèrent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui fut mis à prix, le prix fixé par les fils d’Israël, et ils les donnèrent pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.’

On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur, qui l’interrogea :
— « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus déclara :
— « C’est toi-même qui le dis. »
Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit :
— « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »
Mais Jésus ne lui répondit plus un mot, si bien que le gouverneur fut très étonné. Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que la foule demandait. Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.
Les foules s’étant donc rassemblées, Pilate leur dit :
— « Qui voulez-vous que je vous relâche : Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? »
Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus.
Tandis qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »
Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules à réclamer Barabbas et à faire périr Jésus.
Le gouverneur reprit : « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? »
Ils répondirent : « Barabbas ! »
Pilate leur dit : « Que ferai-je donc de Jésus appelé le Christ ? »
Ils répondirent tous : « Qu’il soit crucifié ! »
Pilate demanda : « Quel mal a-t-il donc fait ? »
Ils criaient encore plus fort : « Qu’il soit crucifié ! »
Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! »
Tout le peuple répondit : « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! »
Alors, il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, il le fit flageller, et il le livra pour qu’il soit crucifié.

Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la garde. Ils lui enlevèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau rouge.
Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne, et la posèrent sur sa tête ; ils lui mirent un roseau dans la main droite et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant : « Salut, roi des Juifs ! »
Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau, et ils le frappaient à la tête. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.

En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène, et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus.
Arrivés en un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire), ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.
Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; et ils restaient là, assis, à le garder.
Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.
Les passants l’injuriaient en hochant la tête ; ils disaient : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! »

De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant :
« Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui !
Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : “Je suis Fils de Dieu.” »
Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.

À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! »
Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire.
Les autres disaient : « Attends ! Nous verrons bien si Élie vient le sauver. »
Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.

Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.
À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »

Il y avait là de nombreuses femmes qui observaient de loin. Elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Comme il se faisait tard, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu, lui aussi, disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette.
Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé, et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla.
Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.

Le lendemain, après le jour de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate, en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : “Trois jours après, je ressusciterai.” Alors, donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : “Il est ressuscité d’entre les morts.” Cette dernière imposture serait pire que la première. »
Pilate leur déclara : « Vous avez une garde. Allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez ! »
Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.