Homélie du quatrième dimanche du Carême

23 mars 2020

« Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

Nous vous proposons de visionner l’homélie en suivant ce lien (min 20 à 29).

Démarrage direct messe 953 par 535

Texte de l’homélie :

Introduction

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui l’évangile nous parle de cet aveugle qui recouvre la vue… Que se passe-t-il pour que cet aveugle à nouveau puisse voir ? il rencontre le Christ. Puis il va se laver à la fontaine. Et il voit. C’est cette rencontre avec le Christ qui lui permet de voir.
Vous le savez, cet évangile sert à préparer les futurs baptisés à leur baptême. Car le baptême, c’est justement retrouver la vue. C’est en tout cas un des aspects de ce sacrement ; on l’appelait du nom d’« illumination », et les nouveaux baptisés étaient ceux qui avaient reçu la lumière : voilà pourquoi on remet un cierge.

Mais pourquoi le baptême nous fait-il sortir de l’aveuglement ? En réalité rencontrer le Christ nous fait tout voir différemment, Dieu, le monde, ceux que nous aimons, ceux que nous n’aimons pas assez…. Comme cet aveugle : il croise le Christ, et après tout est différent.
Mais en réalité, que signifie rencontrer Jésus ? quelle est la rencontre la plus profonde avec Lui ? Rencontrer quelqu’un en profondeur, c’est entrer un peu dans sa vie dans son destin. Et rencontrer le Christ, c’est Le suivre, Le suivre en tout, et notamment, Le suivre en Sa mort et en Sa résurrection… la vraie rencontre, cette rencontre, qui nous rend la vue, c’est avec Christ mourir et ressusciter.
C’est ce qui se passe dans notre baptême, plongés avec lui dans la mort, avec lui nous ressuscitons : « réveille-toi ô toi qui dors, relève toi d’entre les morts », alors et alors seulement si tu as fait cette expérience : « le Christ t’illuminera ! » le Christ te rendra la vue !

Mais voilà : force est de constater, que notre vision du monde, nos aveuglements persistent souvent après notre baptême : nous gardons nos œillères, nos obstinations… que faut-il de plus que ce sacrement ?
Que ce baptême puisse se faire chair en nous. Le baptême nous le recevons sacramentellement, il doit devenir existentiel… vivant, concret. Cela se fait par nos épreuves, nos souffrances, nos deuils… par nos morts quotidiennes « chaque jour je meurs » disait Saint Paul.

Alors chers frères et sœurs, ce temps d’épreuve, c’est certainement, une manière de vivre le versant douloureux de notre baptême. Qui de nous n’est pas affecté voire meurtri de voir ces morts qui s’accumulent, ces admirables équipes de soignants qui tombent à leur tour, qui ne nous ne souffre pas de cette réclusion … Mais ne sortons-nous pas aussi peu à peu de l’aveuglement : combien de choses, d’ores et déjà nous voyons avec plus d’acuité de netteté…
Ne voyons-nous pas d’abord que nous ne maîtrisons pas tout… qu’une force nous dépasse… celle de la maladie, celle de la nature… Il y a aujourd’hui une telle impatience des limites.
Quand il les retrouve, quand il se heurte à elles, l’homme retrouve le sens de ce qu’il est : fini, fragile… et ultimement, il retrouve la vérité profonde de son être, ce qui le remet dans la paix.

Autre éclair de lucidité que nous apporte cette épreuve : nous mesurons combien les gens nous sont chers… quand nous sommes privés de leur présence, ou bien quand nous vivons avec eux, nous craignons pour leur santé, nous voulons les ménager. Nous voyons alors que ce système sur lequel nous fonctionnons tous, et peut-être nous les premiers, prêtres et religieux, l’individualisme, ce n’est pas la solution. Nous comprenons que nous avons une destinée commune. Également fragiles, également mortels, mais aussi précieux les uns pour les autres.
Mais le chrétien doit maintenir cette autre lumière qui traverse toutes les nuits, toutes les épreuves. Celle de la foi : tout peut s’écrouler, la foi du chrétien doit rester ferme. Et pour le coup, philosopher sur les derniers événements du journal télévisé, ou sur les contraintes de notre vie quotidienne, ce n’est pas cela qui produit la foi. Car elle affirme contre toutes les apparences que le monde est dans la main de Dieu, que « si les montagnes peuvent s’écarter et les collines chanceler, l’amour de Dieu ne s’écartera pas de nous ».

« Si les montagnes peuvent s’écarter et les collines chanceler, l’amour de Dieu ne s’écartera pas de nous »

Mais cette foi, c’est aussi une foi qui espère. Et elle nous dit : notre épreuve, ce n’est pas en vain que nous le traversons. Il y a un sens. Il nous échappe, bien téméraire celui qui voudrait trop vite l’affirmer. Mais elle échappe à l’absurde : quelque chose en sortira.
C’est enfin une foi qui aime : elle sait qu’au fond du cœur se trouve cette source profonde, la présence du Seigneur lui-même. Mais il faut l’y rejoindre, avec détermination, quand tout parfois peut nous entraîner au découragement, à la tristesse, la panique.
Le Christ est là. Il est avec nous, comme cette source de paix qui demeure au-delà de tout,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Premier livre de Samuel 16,1b.6-7.10-13a.
  • Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 5,8-14.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 9,1-41 :

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent :
— « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »
Jésus répondit :
— « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé.
L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. »
Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. »
Mais lui disait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait :
— « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »
Il répondit :
— « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent :
— « Et lui, où est-il ? »
Il répondit :
— « Je ne sais pas. »

On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit :
— « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »
Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. »
D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle :
— « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »
Il dit :
— « C’est un prophète. »

Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent :
— « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »
Les parents répondirent :
— « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent :
— « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit :
— « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. »
Ils lui dirent alors :
— « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit :
— « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier :
— « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit :
— « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.
Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent :
— « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? »
Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit :
— « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit :
— « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit :
— « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit :
— « Je crois, Seigneur ! »
Et il se prosterna devant lui. Jésus dit alors :
— « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent :
— « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit :
— « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. »