L’abandon à la divine Providence

Conférence donnée aux jeunes pros (18-35 ans)

Dans notre Foi chrétienne, comme dans la Foi juive, nous croyons que Dieu gouverne le monde par Sa sagesse, à la grande différence de la mythologie païenne qui voit les divinités comme indépendantes de l’humanité, n’ayant aucun intérêt à s’impliquer dans la vie des hommes.
Avec la première alliance, puis la deuxième par la venue du Christ que nous avons célébrée dans le temps pascal, Dieu s’implique d’une manière très particulière dans la vie des hommes.

Cependant, nous ne pouvons pas prétendre que nous comprenons toujours pourquoi les événements se produisent et s’ils ont un sens…

Père Pierre-Marie

Résumé de la conférence

Introduction : Qu’est-ce que la divine Providence ?

  • Le gouvernement divin : Issu de la foi juive et chrétienne, le concept de Providence affirme que Dieu n’est pas une simple « cause première » passive (comme dans les mythologies païennes), mais qu’il gouverne le monde par sa sagesse et interagit concrètement au cœur de l’histoire des hommes.
  • Étymologie : Du latin providere (« voir devant », « connaître d’avance »). Si Dieu connaît toute chose à l’avance, l’être humain, lui, appréhende la Providence comme une démarche de foi et d’espérance, résumée par la tension du Notre Père : « Que ta volonté soit faite ».

Le discernement des signes et la relecture de vie

  • Le regard a posteriori : L’action de Dieu est rarement une évidence immédiate. C’est en regardant dans le « rétroviseur » de sa vie, par une relecture attentive (comme lors des retraites spirituelles), que l’on acquiert la certitude de sa présence.
  • L’importance de l’accompagnement : Pour valider un signe et s’assurer qu’il ne relève pas de l’imagination, il est indispensable de se faire guider par un aîné dans la foi, rompu à l’exercice du discernement spirituel.

L’épreuve comme révélateur de la foi

La métaphore de la photo argentique

• -*Les difficultés ne signifient pas que Dieu nous a oubliés ou que nous avons démérité (refus de la culpabilisation). • -*L’épreuve agit comme le « révélateur » d’une photo argentique : elle fait apparaître l’état réel de notre foi, de notre proximité avec le Seigneur et de notre capacité à dépendre de lui.

Le refus du triangle dramatique

• -*La Providence nous fait passer d’une foi reçue (passive) à une foi personnelle et intérieure. • -*En nous plaçant dans des situations de vulnérabilité, le Seigneur nous délivre des illusions de toute-puissance relationnelle théorisées par le triangle de Karpman (le Bourreau, la Victime, le Sauveur). La vulnérabilité n’est plus une menace, mais le lieu de la rencontre avec Dieu.

Les contresens majeurs : ce que la Providence n’est pas

Le « lâcher-prise » du New Age et du bouddhisme

  • L’illusion d’une sérénité horizontale : Les méthodes de développement personnel (yoga, pleine conscience sans transcendance) recherchent une paix définie par l’extinction des désirs et l’évacuation de la souffrance.
  • La spécificité chrétienne : Le Christ ne promet pas une vie sans souffrance, mais une vie avec lui. L’abandon chrétien intègre la transcendance et la réalité de la Croix.

Le fatalisme (Karma et Mektoub)

  • Le piège du « Tout est écrit » : Les sagesses orientales (liées au karma et à la réincarnation) ou certaines expressions culturelles (Mektoub) peuvent mener à une acceptation passive du destin.
  • L’exemple de Mère Teresa : En Inde, son action auprès des mourants s’opposait au karma (qui veut qu’on laisse souffrir quelqu’un en raison de sa vie antérieure). La foi chrétienne croit en une vie unique, fléchée vers le Ciel, où l’instant douloureux peut devenir un acte d’offrande.

Une juste articulation : Responsabilité, Risque et Miséricorde

Responsabilité humaine et abandon

  • S’abandonner ne signifie pas démissionner ni se déresponsabiliser. L’enseignement se résume dans la maxime de Saint Ignace de Loyola :

    « Faire tout en pensant que tout dépend de moi, et en sachant que tout dépend de Dieu »

  • Le refus du « risque zéro » : Notre société moderne est obsédée par le contrôle, les normes et la « technique du parapluie » par peur de souffrir. Or, le refus du risque témoigne d’un manque de transcendance. L’abandon à la Providence libère de la peur et permet d’oser, de bâtir et de créer la confiance.

Le rôle de la miséricorde et le droit à l’erreur

  • L’abandon est impossible sans l’accueil du pardon de Dieu (notamment via le sacrement de réconciliation).
  • La miséricorde nous donne un « droit à l’erreur » et exige que l’on se pardonne à soi-même. Le manque de pardon envers soi-même est le principal obstacle à la Providence, car il enferme dans la rumination et la culpabilité.

Le combat spirituel au quotidien

Accepter le mystère et l’imprévu

  • La part d’inconnu : Vouloir tout rationaliser est une forme d’orgueil théologique. Le mot « mystère » (ce qui est caché) rappelle que la pleine lumière ne sera faite que dans le face-à-face après la mort.
  • La gestion des contre-temps : Si l’imprévu joyeux appelle immédiatement la gratitude, l’imprévu contrariant impose un combat contre notre ego.

L’authenticité du dialogue avec Dieu

  • S’abandonner n’est pas un réflexe naturel ; il existe en l’homme une peur viscérale d’un Dieu qui dépouille (la peur originelle de se cacher).
  • L’anecdote de Sainte Thérèse d’Avila : Embourbée avec son carrosse et se plaignant à Dieu qui lui répond « C’est ainsi que je traite mes amis », elle réplique : « Ô mon Dieu, cela ne m’étonne pas que vous en ayez si peu ! »
  • L’exemple de Job et de sainte Thérèse montre qu’il est légitime d’exprimer sa colère, sa déception ou ses larmes à Dieu. Le Seigneur valide le cri authentique du pauvre et récuse les discours moralisateurs qui cherchent à le rationaliser.

La patience au cœur du temps

  • Le temps de Pâques rappelle que l’Esprit Saint fait toutes choses nouvelles.
  • L’abandon apprend la patience dans les périodes de stagnation ou d’attente, avec la certitude ancrée que le Seigneur finit toujours par répondre à celui qui crie vers lui.

La Croix et la Gloire des blessures

  • Le Dieu de compassion : Le christianisme commence par le signe de la croix parce qu’il contemple un Dieu qui a enduré la souffrance. C’est par ses blessures que vient notre guérison.
  • Les plaies lumineuses du Ressuscité : Jésus ne ressuscite pas avec un corps lisse et idéal, il garde les marques de sa Passion et invite Thomas à y placer ses doigts. En devenant lumineuses, les blessures du Christ transfigurent nos propres histoires brisées et nous permettent de traverser le monde habité par l’espérance.