L’éclairage de l’Église sur la politique

Soirée Spi & Spi - par le Père Pierre-Marie

Les catholiques sont-ils concernés par la politique, peuvent-ils s’y impliquer, pourquoi ont-ils tant de mal à s’y engager ?

Ce temps d’élections nous pousse à réfléchir sur le sens de la politique. Dans cet enseignement Père Pierre-Marie nous rappelle ce que dit l’Église à partir de la politique ?

L’éclairage de l’Église sur la politique
Père Pierre-Marie

Nous, comme catholiques, avons-nous quelque chose à dire de façon particulière ?
Avons-nous des pièges dans lesquels ne pas tomber ?
Avons-nous au contraire des atouts tant que comme électeur que comme élu ?
Avons-nous quelque chose à dire à partir de notre foi ?

Quelques principes de la vie politique

Église et politique sont indépendantes

S’occuper de la politique peut paraître surprenant pour l’église, mais elle a toujours affirmé qu’il y avait un terrain propre et une autonomie.
Le Concile Vatican II souligne qu’Église et politique sont indépendantes.

La spécificité de l’Église catholique, c’est que l’Église est à la fois un État, le Saint Siège, qui a des représentations diplomatiques, mais qui en même temps ne dépend d’aucun Etat.
Notre position de catholiques est donc très différente par exemple de celle des orthodoxes, qui souvent sont liés à des Etats, cette interférence entre le politique et le religieux n’a pas facilité l’annonce du Christ.

L’Église catholique a pour rôle d’éclairer la conscience, elle n’est pas une théocratie.
Mais le Saint-Siège a aussi un rôle politique, par exemple dans le rapprochement au plan international, mais aussi à travers les églises particulières : les diocèses, les communautés, un rôle particulier de réconciliation.
L’Église n’a pas de rôle économique, militaire, mais a un pouvoir spirituel qui vient éclairer toute personne de bonne volonté.

Cette question du champ politique fait partie d’un ensemble plus large qui est la Doctrine sociale de l’Église.

La charité politique

Pie XI disait que :

"La politique est le champ le plus vaste de la charité."

La charité politique est celle qui atteint le plus grand nombre.

L’Église encourage les laïcs à travailler au service du bien commun.

Le pape François dit qu’un un chrétien peut non seulement faire de la politique, mais doit faire de la politique

Définition du bien commun : Ensemble de conditions sociales qui permettent tant au groupe qu’à chacun de leurs membres d’atteindre leur perfection de façon plus totale et plus aisée.
Le bien commun n’est pas la somme des intérêts particuliers, le bien commun vise au bien de chacun et en même temps au bien du tout.

Le politique a la mission d’organiser la société et que chacun puisse atteindre sa propre finalité.
Mais l’Église rappelle que le bien commun de la société n’est pas une fin en soi, il n’a de valeur qu’en référence à la poursuite des fins dernières de la personne, ou bien universelle de la création tout entière
Dieu est la fin dernière de ses créatures.
Dans le bien commun, il y a la liberté religieuse.

La vie en société est basée sur une amitié civile

Le politique a pour but de faciliter les relations entre les personnes, en tout cas de ne pas y mettre d’obstacle.
Aristote nous dit qu’il faut un minimum de concorde pour vivre en société, paisiblement.
Le droit permet de faciliter à travers les lois les différentes relations.

L’autorité, une force morale

L’autorité politique pour être une vraie autorité doit vivre selon une certaine moralité.
Cela veut dire qu’on ne peut pas détacher l’homme politique de la personne, de l’individu.

Le rôle des laïcs en politique

Les pièges pour les catholiques

  • une politique monomaniaque : tout est centré sur des questions de bioéthique, on ne lit le programme d’un candidat par exemple qu’à travers la question de l’avortement, etc…
  • le discours du ’tous pourris" : au lieu de crier sur les politiques, on ferait mieux de proposer note aide. Il y a souvent un manque de conseil, un manque de vision de l’homme politique, et comme chrétiens nous avons une bonne formation. Nous avons une anthropologie de la personne humaine à laquelle peuvent se raccrocher croyants et non croyants.
  • la politique du " Père Fouettard" : on laisse la place à d’autres parce qu’on ne veut pas se mouiller.
    Mais si la politique c’est la charité et que notre but c’est la sanctification par la charité, nous ne pouvons pas exclure de notre champ d’action au moins un minimum d’intérêt politique.
    Un chrétien sans intérêt politique se sent comme dans une "citadelle assiégée".
    Tout baptisé de par son baptême est invité à voter.
  • la formation : on attend toujours plus de formation, alors qu’on ne perçoit pas que la formation vise l’action. Chaque formation est une responsabilité, la formation pour elle-même est un piège.
  • l’impatience et l’intransigeance : on veut être à 100 % d’accord avec le parti. Mais c’est impossible, on choisit celui qui se rapproche le plus.
    Le pape disait qu’il ne serait même pas bon d’avoir un parti catholique, car on risque de perdre l’autonomie entre l’Église et la politique.
    Le politique c’est le mieux dans l’état actuel de la société, ce n’est pas le bien absolu.
    Les grandes dictatures sont parties de ce besoin de faire de la société un bien absolu.

Les forces des catholiques

  • la force de la prière et la force de la confession
    Le narcissisme et les tentations guettent beaucoup le politique.
    Dans l’ADN du chrétien c’est l’inverse, il y a le décentrement de nous-mêmes, nous recherchons le bien commun.
    Un ennemi politique de Robert Schuman avait dit :

"On ne peut rien contre lui, il prie tous les jours".

Dans la confession, on reconnait que l’on peut se tromper, on a droit à l’erreur, on n’est pas surhomme, on examine notre conscience, c’est un point fort pour l’exercice de la chose politique.

  • la charité : éliminer de notre vie les discours agressifs, nous rappelons la route à suivre tout en étant charitables
  • nous sommes assoiffés de sens : nous sommes tous appelés à être des citoyens actifs. Il est bon d’être "encarté", quel que soit le parti politique, cela prouve qu’on se préoccupe de la chose publique, c’est une manière de faire passer ses idées.

Si nous n’agissons pas au plan politique, comment allons-nous animer notre société ?
Les difficultés de nos sociétés viennent en grande partie de la démission des chrétiens.
Notre société n’est plus irriguée par une pensée chrétienne.

Kennedy disait :

"Avant de savoir ce que ton pays peut faire pour toi, demande-toi ce que tu peux faire pour ton pays ! »

Celui qui se désintéresse de la chose politique porte une lourde responsabilité.
L’heure n’est pas à ’indifférence, l’heure est à l’engagement.
Les catholiques se réveillent de temps en temps pour une grande cause : l’école libre, la loi Taubira, etc…, mais sont plutôt "intermittents du réveil".

Et puis le pape François nous dit :

"Si le Seigneur t’appelle à cette vocation, vas-y ! Cela te fera souffrir, cela t’entraînera même peut-être au péché, mais le Seigneur est avec toi, demande pardon et vas de l’avant."

C’est vrai que les questions d’argent et les abus de pouvoir nous tendent des pièges, c’est l’orgueil de l’esprit.
Ces tentations "de toujours", les politiques les vivent de façon suréminente.

Le Saint Père nous dit aussi :

"Se mêler de politique n’est pas seulement une option pour les catholiques, mais un devoir […] La politique est l’une des formes les plus élevées de la charité."