Texte de l’homélie de mariage
Frères et sœurs bien-aimés,
Au cours de la préparation exigeante au mariage que Jeanne et Stanislas ont suivie, lorsqu’il a fallu choisir les lectures de cette célébration, je leur ai donné une recommandation : que ces textes vous accompagnent et expriment ce que vous désirez vivre. Ce que vous voulez vivre aujourd’hui, au seuil de votre union, mais aussi ce que vous voudrez vivre dans cinq ou dix ans. Car la Parole de Dieu est une lumière capable d’éclairer continuellement votre chemin.
Si nous cherchons le fil conducteur des lectures choisies par Jeanne et Stanislas, nous trouvons la notion d’appel. L’Évangile nous le rappelle :
« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit. » (Jn 15,16)
Prenons un instant conscience que si nous sommes réunis dans cette église, c’est parce que nous y avons été appelés. Appelés comme membres de la famille, comme proches ou comme amis, mais appelés avant tout par le Seigneur pour être les témoins d’un moment où deux vies basculent.
La vie de Jeanne et de Stanislas bascule aujourd’hui pour nous offrir le témoignage d’un amour plus fort que la mort.
Nous avons été choisis pour porter du fruit, pour entrer dans une fécondité. La vraie question de nos vies est bien celle-ci : où portons-nous du fruit aujourd’hui ?
Bien sûr, Jeanne et Stanislas, nous vous souhaitons la joie d’avoir des enfants. Mais la fécondité ne se résume pas à cela. Pour tous les couples — y compris ceux qui sont dans la souffrance d’une attente d’enfants —, la fécondité, c’est la capacité de donner un témoignage à travers son amour. C’est en ce sens que votre vie va rayonner et que nous pourrons tous venir boire à la source de votre engagement.
Le « oui » que vous vous donnez embarque vos familles et vos amis, car le mariage à l’Église n’est pas une démarche individualiste : c’est tout un peuple qui s’embarque avec vous. D’où l’importance sacrée de la fidélité à la parole donnée, car lorsque les couples se séparent, c’est tout cet entourage qui se trouve impacté…
L’appel de Dieu est toujours un appel à constituer un seul corps. Saint Paul nous rappelle que nous sommes membres les uns des autres et concernés par la vie de chacun.
Nous tous, ici présents, sommes concernés par l’engagement de Jeanne et Stanislas, au moment où la totalité de leur être s’investit dans ce « oui ». C’est aussi l’occasion de renouveler notre attention à la présence du Seigneur et de répondre, chacun selon la grâce reçue, à l’appel qui nous est propre.
Dans sa lettre aux Colossiens, saint Paul s’adresse à nous avec ces mots magnifiques :
« Vous qui avez été choisis par Dieu, vous êtes sanctifiés et aimés par Lui. » (Col 3,12)
Cela nous remet d’emblée dans l’action de grâce. L’amour de Dieu est premier. C’est sur cet amour préalable que Jeanne et Stanislas vont appuyer leur foyer, et c’est sur lui que nous pouvons nous aussi nous reposer : nous avons la certitude d’être précédés par un amour.
C’est cet amour qui fonde notre espérance. Le mariage n’est pas le simple face-à-face de deux psychologies blessées ; c’est regarder ensemble dans la même direction, vers une espérance plus grande que nous. Malgré les hauts et les bas de l’existence, malgré nos fragilités, nous savons qu’il existe un bien plus grand vers lequel nous tendons ensemble.
Saint Paul nous trace ensuite un véritable programme de vie :
« Revêtez-vous de tendresse, de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. » (Col 3,12)
Nous pourrions méditer sur chacune de ces vertus. L’humilité, par exemple, consiste à estimer les autres supérieurs à soi-même. Deux obstacles majeurs s’opposent à cet appel divin : le perfectionnisme et l’activisme.
- Le perfectionnisme consiste à voir immédiatement la tache noire sur la page blanche, à repérer d’abord le défaut.
- L’activisme cherche à remplir la journée au-delà du raisonnable, en oubliant la dimension contemplative et l’intériorité. L’humilité nous donne au contraire la grâce de découvrir les talents et la beauté de l’autre, auxquels nous avons accès en disant chaque jour « oui » à la volonté de Dieu.
Pensons aussi à la patience. La patience est exigeante, car nous avons souvent tendance à vouloir aller plus vite que la musique et à imposer notre propre rythme. Mais la vie de couple apprend à accueillir le rythme de l’autre. On ne naît pas faits l’un pour l’autre : on se fait l’un à l’autre au fil du temps. Cela exige un travail sur soi.
Dans la vie de couple comme dans la vie religieuse ou paroissiale, l’autre agit comme un miroir qui nous révèle ce que nous devons encore façonner en nous-mêmes.
Saint Paul nous invite à former un seul corps. Dans le couple, il devient impossible de dire « je » sans penser « tu », et de dire « tu » sans construire le « nous ». Tout le défi de l’union conjugale consiste à affirmer son identité propre tout en reconnaissant l’autre dans sa différence, pour faire émerger un chemin commun.
À travers le sacrement de mariage, nous vous souhaitons, Jeanne et Stanislas, de poser un regard toujours nouveau l’un sur l’autre. Vous serez habités par une présence toute particulière. Le mariage est le seul sacrement que l’on reçoit à deux : c’est la rencontre de deux libertés. C’est pourquoi il demande d’apprendre à composer continuellement avec le caractère et le chemin de l’autre, processus d’accueil mutuel que vous avez déjà largement discerné tout au long de cette année de préparation.
Les textes que vous avez choisis nous aident tous profondément. Ils nous rappellent des vérités simples et exigeantes : nous sommes aimés et appelés, mais cet amour nous invite à une conversion du cœur. Votre témoignage aujourd’hui nous questionne tous, quel que soit notre parcours spirituel, que nous soyons des habitués de nos assemblées ou que nous nous tenions sur le seuil de la foi.
Que chacun se sente pleinement le bienvenu et découvre, à travers le choix de vos lectures, un chemin pour sa propre vie.
Il existe un chemin pour chacun. Le pape Benoît XVI, interrogé par un journaliste qui lui demandait combien il y avait de chemins pour aller vers Dieu, avait répondu :
Le chemin que vous choisissez d’emprunter aujourd’hui, Jeanne et Stanislas, nous renvoie à notre propre vocation. Rendons grâce au Seigneur pour son choix. Rendons grâce pour ces jeunes qui s’engagent par une parole qui embarque toute leur existence.
Et demandons la grâce de renouveler, nous aussi, notre choix de Dieu, pour devenir les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière,
Amen !