S’aimer, c’est à la fois faire route ensemble et accepter d’être différents

9 septembre 2026

Ce qui est lumineux, c’est précisément la capacité d’accueillir l’autre dans sa différence. Vous partagez un horizon commun, mais l’autre demeure unique. C’est vrai dans l’union de l’homme et de la femme, et c’est vrai à travers les cultures.

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Texte de l’homélie de mariage

Frères et sœurs bien-aimés,

En hébreu — une langue formée exclusivement de consonnes —, de nombreux mots sont polysémiques. Selon les voyelles que l’on insère entre les consonnes, le sens varie. Il est fascinant de constater qu’en hébreu, le mot qui désigne la langue, l’idiome que l’on parle, est le même que celui qui désigne le rivage. Une langue est un rivage : c’est un point de vue sur le monde, une véritable carte du réel.

Chère Heyin, cher Maximilien, vous représentez à vous deux, deux rivages. Deux rivages qui s’unissent aujourd’hui pour border un fleuve de vie que nous espérons puissant. Cela manifeste avec une force particulière une vérité essentielle pour vous, mais qui s’applique à tous les couples : s’aimer, c’est à la fois faire route ensemble et accepter d’être différents, en accueillant le regard singulier que l’autre porte sur le monde.

Entre le français et le coréen, le contraste est saisissant. Si les traductions figurent dans le livret, le coréen demeure, pour beaucoup d’entre nous, une langue tout à fait mystérieuse. Mais à travers ces idiomes, ce sont des manières distinctes d’envisager le monde qui se rencontrent. Lors de la très belle préparation au mariage que vous avez suivie, vous avez montré cette double conscience : le désir profond d’unir vos vies dans une même communion, et la volonté d’accueillir pleinement votre altérité — ce fait que l’autre reste profondément autre.

Cette altérité est universelle, mais elle revêt chez vous une dimension particulière en raison de vos ancrages culturels. La Corée et la France sont deux grandes et anciennes nations, riches de cultures séculaires. L’alphabet coréen, créé au XVᵉ siècle par le roi Sejong le Grand, compte quarante lettres (vingt-quatre de base et seize composées). C’est un système linguistique reconnu comme l’un des plus scientifiques au monde — et donc, paraît-il, l’un des plus accessibles à apprendre. Voilà de quoi te rassurer, mon cher Maximilien !

L’histoire de la Corée est immense. Dès le Iᵉʳ siècle avant Jésus-Christ, un État s’y constitue, marqué par l’installation de la dynastie chinoise des Han au nord, avant que l’unification de la péninsule ne débute au VIIᵉ siècle. Au fil du temps, l’influence chinoise s’est déployée à travers le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme, puis plus récemment grâce aux missionnaires chrétiens. Aujourd’hui, l’Église catholique coréenne est particulièrement vivante et féconde en vocations. C’est d’ailleurs Séoul qui accueillera les Journées Mondiales de la Jeunesse, et nul doute que Heyin et Maximilien en seront de grands artisans.

Tout cela nous amène à la question centrale posée par l’Évangile de la lumière que vous avez choisi : sQu’est-ce qui est lumineux dans nos vies ?

Ce qui est lumineux, c’est précisément la capacité d’accueillir l’autre dans sa différence. Vous partagez un horizon commun, mais l’autre demeure unique. C’est vrai dans l’union de l’homme et de la femme, et c’est vrai à travers les cultures. Même au sein d’une même nation, chaque famille constitue déjà un monde en soi, un visage et un regard particuliers sur l’existence. À plus forte raison entre l’Europe et l’Asie, cette différence devient une source de richesse et de complémentarité.

Par votre amour, Heyin et Maximilien, vous devenez une source d’encouragement pour nous tous. Autour de vous, chacun perçoit les contrastes qui vous caractérisent, mais chacun voit surtout la qualité de votre lien, la lumière de votre engagement et la saveur que vous dégagez. Chacune de vos cultures apporte sa propre saveur — à l’image de leurs traditions culinaires respectives. Vous êtes les héritiers et les porteurs de ces richesses : ne les enfouissez pas. C’est le cœur même du message évangélique : ne cachez pas ce qui fait votre singularité.

Ce message vous est destiné, mais il s’adresse aussi à chacun d’entre nous, particulièrement aux couples et à toute personne vivant en société. On parle souvent du « vivre-ensemble », mais cette réalité est exigeante. Vivre ensemble, c’est accepter l’autre tel qu’il est, avec son éducation, sa culture et sa sensibilité propre. Ce qui donne tout son prix à notre existence, c’est précisément cela : l’alliance d’un destin partagé et le respect constant de l’altérité.

Nous demandons au Seigneur que vous preniez toujours plus conscience de cette grâce. Mon cher Maximilien, en passant du temps en Corée, tu apprivoiseras peu à peu cette grande culture. Ensemble, vous serez de vrais témoins. Toi, Maximilien, baptisé, tu es témoin du Christ ; et toi, chère Heyin, tu es la garante de ta riche culture. Chacun de vous est appelé à transmettre ce qu’il a reçu.

On ne peut donner que ce que l’on a d’abord reçu. La transmission s’enracine dans un héritage. Nous nous tenons sur les épaules des générations qui nous ont précédés — à commencer par nos parents, qu’ils soient encore parmi nous ou rappelés à Dieu. Spirituellement, nous leur rendons hommage à travers cet engagement, en faisant fructifier les valeurs et les convictions qu’ils nous ont léguées. Par votre union si singulière, vous nous rappelez ce qu’est la vérité de toute vie commune, qu’elle soit conjugale ou sociale.

Enfin, en tant que disciples de Jésus, nous reconnaissons aussi nos fragilités et ce qui, en nous, peut s’opposer à l’amour. Le prophète Isaïe nous invite à faire disparaître « le joug, le geste accusateur et la parole malfaisante » :

  • Le joug, c’est la tentation de domination, la volonté de toute-puissance qui chercherait à façonner l’autre à son propre visage. Votre couple montre exactement l’inverse : l’autre doit rester autre, et c’est dans le respect de cette altérité que le lien se fortifie.
  • Le geste accusateur, c’est la critique facile. Bien souvent, critiquer l’autre revient à parler de soi-même et de ses propres tiraillements.
  • La parole malfaisante, c’est celle qui blesse et divise.

Isaïe nous le promet : si nous renonçons à ces attitudes, notre vie deviendra lumineuse. Tout en affirmant vos différences, vous savez que l’amour demande un combat intérieur — un effort quotidien nécessaire à tout couple et à toute société.

Dans quelques instants, avant l’échange des consentements, j’inviterai tous les couples présents à se donner la main s’ils souhaitent renouveler leur engagement à former une union stable et fidèle. À votre exemple, qu’ils puissent eux aussi diffuser cette lumière autour d’eux.

J’ai l’intime conviction que de nombreuses grâces sont répandues au cours de cette célébration : le ciel s’ouvre sur nous. Demandons ces grâces pour vous, Heyin et Maximilien, pour vos familles, ainsi que pour toutes les personnes présentes et celles que vous portez dans vos cœurs,

Amen !