Texte de l’homélie de mariage
Frères et sœurs bien-aimés,
Dans le cadre de la préparation très sérieuse au mariage que Laure et Louis ont suivie, lorsqu’il s’est agi de choisir les textes de cette célébration, je leur ai donné un critère : que ces lectures disent à l’assemblée qui vous entourera le jour J, ce que vous voulez vivre. Qu’elles soient une lumière pour votre vie, une parole dont vous pourrez faire mémoire plus tard, quand vous vous rappellerez ce « oui » échangé au jour de vos noces.
Peut-être que vous tous, qui êtes ici et qui avez reçu ce sacrement il y a dix, treize, ou trente ans, pouvez faire mémoire de ce que vous avez reçu, et vous rappeler les textes que vous aviez choisis pour votre messe de mariage. Car nous le savons, la Parole de Dieu est une parole vivante et elle éclaire aussi notre chemin. Les textes que Laure et Louis nous offrent aujourd’hui sont tellement éclairants et pleins de lumière.
La première lecture : L’école de l’humilité et de la vulnérabilité
La première lecture, tirée du livre de la Genèse, nous rappelle ce passage bien connu :
« Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Créons-lui une aide qui lui soit semblable. »
S’engager dans la vie matrimoniale est une attitude de foi. C’est découvrir que nous avons besoin de l’autre, car se laisser aimer, c’est se laisser aider. Et se laisser aider c’est une attitude d’humilité. Le livre de la Genèse nous invite aujourd’hui, à renoncer à l’illusion de tout faire tout seul.
Parfois, par pudeur ou par orgueil, nous refusons de demander de l’aide. Pourtant la parole de Dieu nous montre que cette aide mutuelle est essentielle, et elle s’applique aussi bien à l’homme qu’à la femme. Nous avons tous besoin d’être aidés.
Où en sommes-nous de cette humilité face à la personne avec qui nous partageons notre vie ?
Sommes-nous assez simples et accueillants pour oser lui demander de nous soutenir ? Sommes-nous assez humbles pour lui présenter nos fragilités ?
Il n’y a pas de vie de couple, de vie de famille, ni même de vie en société possible sans présenter ses propres vulnérabilités avec ceux qui marchent à nos côtés.
Cette première lecture nous invite à relire notre manière d’entrer en relation. Avons-nous cette humilité, cette simplicité d’abord de reconnaître que nous sommes vulnérables et de sortir de la toute-puissance ? La toute-puissance consiste à dire : « seule, j’y arriverai. »
La parole de Dieu nous dit exactement le contraire.
A ce sujet, j’aime beaucoup cette phrase de Chiara Lubich, elle qui a fondé l’Ordre des Focolari, un ordre italien :
Demander de l’aide, c’est un acte d’amour. Laure et Louis, c’est aussi une invitation à travers ce choix que vous avez fait et que vous nous adressez à tous : Où est-ce que vous en êtes de cette aide que vous vous demandez ? En quoi vous avez besoin d’être aidé l’un et l’autre ?
Bien sûr que vous avez besoin d’être aidé, vous l’avez déjà expérimenté et vous vous êtes déjà demandé de l’aide et j’en suis témoin dans votre belle préparation.
Mais c’est aussi une invitation pour chacun de nous à nous recueillir et à nous demander s’il n’y a pas quelque chose de la toute-puissance qui est encore dans notre cœur, si l’orgueil ne cherche pas à nous faire croire que seul nous allons nous en sortir. Peut-être, seul, nous irons plus loin, mais nous serons certainement plus désemparés au moment de l’épreuve.
Le choix du mariage, c’est précisément celui de faire route commune l’un avec l’autre. Rappelez-vous ce moment où vous vous êtes promis cette simplicité.
L’Évangile : L’abandon à la Providence contre la culture du contrôle
L’Évangile, quant à lui, constitue un véritable programme de vie. Ce passage sur les lys des champs et les oiseaux du ciel nous lance un appel libérateur :
« Ne vous faites pas tant de soucis. » (Matthieu 6, 31)
En choisissant ce texte, Laure et Louis, vous nous manifestez votre volonté de ne pas guider votre vie à partir des seules réalités humaines, mais de la confier à une réalité céleste. Nous prenons conscience que le Seigneur est au milieu de nous. Et vous avez pris conscience dans cette préparation au mariage, combien le Seigneur vous accompagne.
De même, pour nous tous ici présents - et particulièrement pour ceux qui se sont promis fidélité au jour de leurs noces - ayons cette confiance : quelles que soient les épreuves traversées – car le Seigneur ne nous promet pas un long fleuve tranquille, mais un chemin à ses côtés -, chaque jour suffit sa peine.
Frères et sœurs bien-aimés, nous devons refaire mémoire de la présence du Seigneur dans nos vies, de la présence de la transcendance, de quelque chose de plus grand que nous. A travers le choix de ce texte que Laure et Louis ont choisi pour cette célébration, nous sommes invités à redécouvrir, parfois à tâtons mais toujours avec humilité, ce Dieu qui marche avec nous. Cette découverte change beaucoup de choses dans une vie.
C’est une invitation à la confiance. L’Évangile nous parle des oiseaux du ciel et des lys des champs, des créatures qui sont très fragiles qui aujourd’hui fleurissent et qui demain seront jetées au feu. Pourtant, le Père en prend soin.
A travers ce texte, Laure et Louis nous interrogent : où est-ce que vous en êtes de la confiance dans vos vies ? Nous vivons dans une société marquée par le raidissement, une volonté de tout contrôler, le risque zéro et le principe de précaution. Nous aimerions que tout soit à notre main, que tout soit sous notre propre contrôle. Ce n’est pas la manière de vivre de l’Évangile. C’est la manière de vivre du monde, celle qui nous rend malheureux.
Mais ce contrôle permanent engendre une peur permanente.
L’Évangile, nous appelle à l’abandon, à la divine providence. Il s’agit de reconnaître que, dans nos vies, certaines choses nous échappent, nous dépassent ou nous éprouvent. Mais ce n’est pas parce que nous ne maîtrisons pas les événements que nous sommes seuls.
Le chrétien, c’est celui qui porte en lui-même plus que lui-même, c’est celui qui découvre une présence au cœur de sa vie, la présence du Saint-Esprit, celle de Dieu. Quelles que soient les circonstances de sa vie – qu’elles soient heureuses comme ce jour, ou plus douloureuses, comme la maladie, ou le deuil – le Seigneur est là, à nos côtés.
Laure et Louis, soyez dans la confiance. Ne vous laissez pas entamer votre joie. Ne laissez pas bousculer vos convictions face aux complexités de l’époque. Soyez semblables aux oiseaux du ciel, aux lys des champs.
La religion du vertige et de la grâce
Durant cette messe, nous allons demander au Seigneur de nous soutenir dans cette confiance et nous conforter dans notre chemin spirituel. Quel que soit le moment où vous en êtes de votre vie spirituelle – et même si la foi est parfois traversée par le doute ou secouée par des contre-témoignages -, rappelons-nous que les épreuves n’auront jamais le dernier mot.
Ce qui demeure, c’est la certitude d’être habités par une présence.
Nous sommes dans la mouvance de la Pentecôte : l’Esprit du Seigneur nous habite. Demandons-lui de se répandre sur Laure et Louis, de leur donner toutes les grâces dont ils ont besoin pour vivre cette vie matrimoniale dans la confiance.
Aux yeux du monde, une telle union peut ressembler à une folie. C’est le moment où des vies basculent : par l’échange de quelques paroles, c’est toute une vie qui se donne rendez-vous pour le restant de ses jours.
Oui, nous appartenons à la religion du vertige. Plus j’avance comme prêtre, plus je trouve que les sacrements sont vertigineux, car ils sont signes d’une disproportion : un peu de pain, un peu de vin, quelques gouttes d’eau sur le front d’un enfant, ou quelques paroles entre un homme et une femme au jour de leur noce et c’est le ciel qui s’ouvre. Nous le croyons.
En ce jour de fête, où deux vies qui basculent pour n’en former plus qu’une sur le même chemin et font route ensemble, soyons convaincus que des grâces immenses sont données. Demandons-les les uns pour les autres : des grâces de pardon, de confiance et de louange.
Puissions-nous, par ce cheminement avec le Seigneur, devenir les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.
Amen