Se marier à l’Église, c’est faire confiance à quelqu’un de plus grand que nous

12 juin 2018

« L’altérité est un ingrédient indispensable d’un mariage réussi.
Elle n’est certes pas synonyme de confort et c’est la grâce du Seigneur qui accompagne les époux, les emmenant plus loin qu’eux-mêmes et que tout ce qu’ils pourraient imaginer… »

Écouter l’homélie

Texte de l’homélie de mariage :

Kristen et Jérôme,

Vous avez choisi comme parole de Dieu un passage tiré du livre de la Genèse puis une page de l’Évangile qui reprend cette parole de la Genèse.
Lorsque je vous ai donné un critère pour choisir vos lectures, je vous ai conseillé de choisir un texte qui puisse être une lumière pour votre vie matrimoniale et familiale, pour votre vie spirituelles, et qui puisse dire quelque chose pour d’autres qui sont aujourd’hui dans cette assemblée mais aussi de ce que vous voulez vivre ensemble.

Que disent ces très belles lectures ? Nous les entendons souvent pour les mariage car elles disent quelque chose de fondamental de notre vie et de l’amour : il n’y a de l’amour que dans la différence. Je ne peux pas me marier avec un clone, ma copie identique.

« Homme et femme Il les créa. À Son image Il les créa. »

Elles disent quelque chose de fort qui n’est pas toujours mis en valeur : on pense souvent qu’aimer c’est être pareil, penser la même chose, dire la même chose et avoir les mêmes goûts. Et c’est faux, ce n’est pas l’amour à la manière de Dieu, c’est une seulement parodie d’amour. Un amour à la manière de Dieu accepte et accueille la différence.

La communion précède les différences

Homme et femme Il les créa avec des vocations particulières. Il faudrait reprendre le livre de la Genèse, un peu long certes, mais quand on prend le temps de l’approfondir, on voit que la femme a cette vocation particulière tirée « de la côte d’Adam », c’est à dire de son cœur. Elle a cette vocation d’appeler l’homme à livrer ce qu’il y a de plus intime en lui-même, de plus fort, elle le pousse à sa capacité d’aimer.

L’homme, lui, a plutôt tendance favoriser l’efficacité, tout ce qui est de l’ordre du « faire » ; la femme lui rappelle la primauté de la communion sur l’action et l’efficacité.

Dans cette différence, homme et femme rappellent quelque chose de l’ordre du divin, de Dieu qui est autre que nous. C’est ce que l’on appelle l’altérité.

Tout d’abord comme homme et femme, mais pas seulement. Car il y a d’autres différences dans un couple, qu’elles soient culturelles, religieuses, d’opinion… et ces différences ne sont pas opposables à l’amour. Elles en sont pas contre l’amour : elles sont des conditions de la communion.

Frères et sœurs bien-aimés, ceci est tout à fait différent de ce que vous entendez dans un discours convenu de médias et de psychologues ou de magazines de people qui disent qu’aimer c’est être la même chose. Aimer, c’est être autres, mais accepter que l’autre soit différent de moi, ça n’a rien de simple, bien au contraire. Aimer n’est pas spontané. Et c’est pour cela que je vais demander dans un instant à Jérôme et Kristen – non pas s’il s’aiment – mais cette question : « Est-ce que vous le voulez. »

Parce qu’aimer c’est vouloir, et vouloir, c’est aimer.
On voit bien que cette communion matrimoniale demande un vrai travail sur soi-même. Et ceci pour toute la vie : n’est-ce pas folie ? peut-on prétendre une communion de toute la vie ?
Ce serait plutôt l’inverse qui serait folie. Car l’amour est ce désir d’un non-retour, quelque chose de vertigineux. Et si nous croyons qu’un amour pour la vie est possible, ce n’est pas par notre force. Ce n’est pas simplement parce que nous sommes meilleurs que d’autres, que Kristen et Jérôme seraient meilleurs que d’autres…

La grâce du Seigneur pour dépasser nos différences

Nous croyons que cela nous est rendu possible par la grâce de Dieu. C’est possible, non pas par notre force, mais par Sa grâce. C’est tout à fait différent. Kristen et Jérôme, qui ont une expérience de vie riche, ont aussi pris conscience de tout cela et je veux rendre grâce au Seigneur pour leur cheminement et la beauté de leur chemin.

Un chemin qui a été fait d’accueil de l’autre comme étant différent, dès le début, dans les manières de faire et de croire. Chaque histoire d’amour permet de se décentrer de soi-même. Et, à travers ce geste que vous posez aujourd’hui, vous nous apprenez que c’est possible, que ce n’est pas simplement de l’ordre de l’idéal, de quelque illusion…
Vous nous dites que c’est possible car vous êtes devant nous, avec vos histoires particulières, avec vos chemins particuliers et que vous vous engagez devant le Seigneur.
Et cela nous fait du bien de vous voir, par ce que vous nous dites quelque chose de cet amour de Dieu qui est de toujours à toujours.

Bien sur, on se sent petits. Vous l’avez vécu aussi dans votre cheminement : le mariage est d’abord la rencontre de deux pauvres ; deux pauvres qui supplient la grâce du Seigneur : la grâce de la patience, la grâce du pardon, la grâce de l’accueil. Et cette grâce est au rendez-vous dans le sacrement du mariage.
Et c’est pour cela que vous êtes aujourd’hui dans cette église : vous avez perçu – parfois à tâtons – que seuls, vous n’y arriverez pas. C’est accompagnés de la grâce de Dieu que vous pourrez progressivement cheminer et approfondir votre relation.

La mariage à l’Église source d’espérance pour le monde

Je trouve que cela nous fait du bien de vous voir, car si l’on est tenté de désespérer, de douter que cela soit possible, de se demander si ce n’est pas de l’ordre de l’illusion…. Non, vous nous dites que vous n’êtes pas meilleurs que les autres, que vous avez aussi vos échecs, que vos manières de faire sont parfois à réformer, mais vous avez une confiance dans laquelle vous voulez enraciner cet amour.

Se marier à l’Église, c’est choisir de faire confiance à un autre qui est plus grand que moi, à un autre qui me porte et me transforme jour après jour, et cet autre, c’est Dieu Lui-même.
Et vous allez être comme « refaits homme et femme » dans cette différence et dans cette unité. Dans l’Évangile, Jésus dit :

« Ils ne seront qu’une seule chair. »

Une seule chair, dans cette unité. Dans la Bible, dans quel cas dit-on qu’« Il est Un » ? c’est dans le cas de deux cas seulement : tout d’abord, de l’homme et de la femme, et aussi de Dieu : « Il est Un. »

Et si vous allez - dans l’unité de votre cœur, dans l’unité de votre vie - témoigner de votre cet amour de Dieu qui est plus grand que tout, qui est plus grand que vous, plus grand que nous, que nos fragilité, que nos faiblesses. Vous allez témoigner de cela.
Oui, cela nous fait du bien de vous voir ici dans cette église, de nous rappeler ces choses toutes simples que vous nous dites à travers ce choix des lectures, que sans la grâce de Dieu, rien n’est possible, en particulier pour ce qui est d’un amour durable, d’un amour qui franchit mes siècles et va jusqu’à l’éternité.

Et ainsi, vous nous interrogez chacun sur là où nous en sommes de la confiance : la confiance dans la famille, en couple, entre amis, et dans la confiance dans le Seigneur. Nous le savons bien, cette confiance est souvent attaquée, et c’est pour cela que nous venons puiser à la source de la confiance qu’est Dieu Lui-même.

Alors, Kristen et Jérôme, merci pour ce beau moment que vous nous offrez. C’est un moment qui nous tire vers le haut, qui nous emmène plus loin que nous-mêmes, plus loin que nos peurs. Bien sûr, il y a des incertitudes : « Va-t-on y arriver ? », des questions que tout couple se pose au seuil de son engagement. Mais, vous nous dites : « Laissez tout cela de côté, et regardez-Le. »
Regardez Dieu qui, à travers l’homme et la femme, veut Se laisser contempler.

Puissions-nous être, à votre suite, Kristen et Jérôme, être des témoins d’un dieu qui nous appelle des ténèbres à Son admirable lumière,

Amen !