Homélie de la Fête de la Congrégation : Cœur Immaculé de Marie, refuge des pécheurs

19 janvier 2026

« Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel qui se traduit : "Dieu avec nous". »

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Références des lectures du jour :

Lecture du livre de la Sagesse 11,23 -12.2

Dieu aime toutes ses créatures

Seigneur, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres car tu n’aurais pas créé un être en ayant de la haine envers lui.
Et comment aurait-il subsisté, si tu ne l’avais pas voulu ? Comment aurait-il conservé l’existence, si tu ne l’y avais pas appelé ?
Mais tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, maître qui aimes la vie, toi dont le souffle impérissable anima tous les êtres. Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal, et qu’ils puissent croire en toi, Seigneur.

Cantique

R/ Dieu est la joie de mon cœur… (1 Sam 2)

Mon cœur bondit de joie pour le Seigneur,
mon front se relève pour mon Dieu ;
ma bouche se rit de mes rivaux ;
oui, j’exulte en ton salut.

L’arc des forts se brise,
mais les chétifs ont la vigueur pour ceinture ;
les repus s’embauchent pour du pain,
les affamés n’ont plus à travailler.
Le Seigneur fait mourir et fait vivre
il fait descendre aux enfers et en ramène.

Le Seigneur appauvrit et enrichit ;
il abaisse, mais aussi il relève.
De la poussière, il retire le faible,
et du fumier, il relève le pauvre
pour l’asseoir, au rang des princes,
lui assigner un trône de gloire.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5, 12.17-19

Là où le péché s’était multiplié, la grâce surabonde

Frères, par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde et par le péché est venue la mort, et ainsi la mort est passée en tous les hommes du fait que tous ont péché.
À cause d’un seul homme, par la faute d’un seul Adam, la mort a régné ; mais combien plus, à cause de Jésus Christ et de lui seul, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent en plénitude le don de la grâce qui les rend juste.
De même que la faute commise par un seul a conduit les hommes à la condamnation, de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie.
En effet, de même que tous sont devenus pécheurs parce qu’un seul homme a désobéi, de même tous deviendront justes parce qu’un seul homme a obéi.

Commencement de l’Évangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu 1, 18-25 (Lecture brève)

Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ, Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet, lorsque l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : ‘ le Seigneur sauve ‘) car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela arriva pour que s’accomplit la parole du Seigneur prononcée par le prophète : « Voici que la Vierge concevra et elle mettra au monde un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel qui se traduit : « Dieu avec nous ». ».


Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui la fête patronale de notre Congrégation que notre fondateur, le Père Lamy, a choisie. Il aimait beaucoup invoquer Marie sous ce titre : deux mois après son envoi à La Courneuve, il commença à réunir tous les dimanches la “Congrégation du Saint et Immaculé Cœur de Marie”, qui devint en mai 1903 “l’Archiconfrérie du Saint et Immaculé Cœur de Marie, Refuge des pécheurs”.

Pour comprendre ce titre, il faut remonter au 3 décembre 1836. Ce jour-là l’abbé Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires dans le quartier de la bourse à Paris, est complètement découragé. Sur une inspiration intérieure, le dimanche suivant, il consacra sa paroisse au Cœur Immaculé de Marie refuge des pécheurs. L’effet fut spectaculaire et immédiat : il y eut tellement de grâces de conversion que de très nombreuses paroisses de France et de l’Europe vont faire la même démarche. Si bien que Notre-Dame des Victoires va être un haut lieu spirituel, centre de la dévotion à Marie, refuge des pécheurs.

Ce matin, j’aimerais m’arrêter avec vous sur 3 points :

  • Pourquoi Dieu nous a-t-il proposé le Cœur Immaculé de Marie comme refuge ?
  • Qu’est-ce que nous « apporte » le Cœur Immaculé de Marie Refuge des pécheurs ?
  • En quoi le Cœur Immaculé de Marie nous aide-t-il à poursuivre notre chemin ?

Pourquoi Dieu nous a-t-il proposé le Cœur Immaculé de Marie comme refuge ?

Le découragement est la plus grande tentation

Il me semble que le Seigneur nous a donné le Cœur Immaculé de Marie comme refuge pour lutter contre l’une des plus grandes tentations de la vie spirituelle qui est le découragement.

Voilà par exemple ce que dit saint Jean Chrysostome :

« Rien n’est aussi agréable au diable que le désespoir » (Homélie sur le Psaume 50)

Ou, pour puiser dans notre tradition spirituelle, saint François de Sales dit que :

« Le découragement est l’ennemi des âmes » (Introduction à la vie dévote) ;
« Le découragement est le plus dangereux de tous les maux intérieurs. »

Pourquoi ? parce que le découragement nous coupe de l’espérance, et donc de Dieu.

Découragement par rapport au mal à l’extérieur et à l’intérieur

Il y a souvent un découragement vis-à-vis du mal à l’extérieur. C’est par exemple le découragement de l’abbé Desgenettes devant l’état de sa paroisse en 1830. Et ce n’est pas mieux aujourd’hui quand on voit la situation politique, économique, écologique, sociétale (la décadence des mœurs). Cela peut être aussi le découragement devant la maladie, les échecs, le chômage, …

Mais il y a aussi un découragement plus intérieur quand on se juge incapable. Le Père Lamy a été souvent guetté par ce découragement dans sa formation pour être prêtre, dans la fondation de la Congrégation, …

Il y a enfin un découragement plus intime encore dans notre lutte contre le péché. Saint Jean Chrysostome disait très justement :

« Le diable ne se réjouit pas tant de voir quelqu’un tomber que de le voir désespérer après sa chute. » (Homélies sur la pénitence, homélie 2, PG 49, 285)

Ou encore saint Augustin :

« Le diable veut que l’homme regarde ses fautes plus que la miséricorde de Dieu. » (commentaire sur le Psaume 103)

Pour sainte Thérèse de Lisieux, le cœur du combat spirituel est un combat contre le découragement, non contre la faiblesse. La faiblesse accueillie ouvre à Dieu ; la faiblesse refusée engendre le découragement.

Saint François de Sales ajoute que le découragement vient souvent d’un amour-propre blessé, pas d’une vraie humilité. On voulait être saint plus vite, mieux, par soi-même. Or il faut de la « patience avec soi-même » et « Humiliez-vous doucement, sans vous étonner de votre misère ».

Comment Dieu fait-il devant quelqu’un de découragé ?

Il est bon de voir que, dans la Bible, Dieu ne reproche presque jamais le découragement ; au contraire, il se fait proche avant de corriger. Par exemple quand le prophète Élie, épuisé et découragé, veut mourir, que fait Dieu ? Il ne le réprimande pas mais lui donne du repos, de la nourriture et l’invite à marcher jusqu’à l’Horeb :

« Lève-toi et mange, car le chemin est trop long pour toi. » (1 R 19)

Très souvent, dans la Bible, Dieu déclare aux gens découragés : « Ne crains pas, je suis avec toi ». C’est le cas de Jacob seul, en fuite, inquiet pour l’avenir :

« Voici que je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras. » (Gn 28, 15)

C’est le cas de Gédéon se trouve trop faible pour être choisi :

« Je serai avec toi. » (Jg 6, 16)

C’est aussi ce que Dieu promet à Isaïe :

« Ne crains pas, car je suis avec toi ; ne sois pas terrifié, car moi je suis ton Dieu. » (Is 41, 10) ou « Ne crains pas, car je t’ai racheté… Si tu traverses les eaux, je serai avec toi. » (Is 43, 1–2)

Ou même encore pour saint Paul découragé par les persécutions :

« Ne crains pas… car je suis avec toi. » (Ac 18, 9)

C’est à l’abbé Desgenettes découragé que Dieu a inspiré de consacrer sa paroisse au Cœur Immaculé de Marie, refuge des pécheurs, comme si Marie était un relais de la présence de Dieu. Marie est la Mère de la sainte espérance.

Qu’est-ce que nous offre le Cœur Immaculé de Marie Refuge des pécheurs dans notre lutte contre le découragement ?

Un cœur

D’abord c’est un cœur : Marie nous aime. Elle ne nous aime pas d’abord d’un amour sentimental mais d’un amour de charité qui veut le bien de toute notre personne. Le cœur est le symbole de la charité. Marie ne regarde pas d’abord nos faiblesses ; elle ne pose pas un regard de jugement. Elle nous aime pour nous-mêmes dans ce que nous sommes plus profondément.
Comme le dirait le Père Lamy :

« Notre âme est d’un linge très fin, d’une toile très précieuse, car elle a été rachetée par le baptême. Quelles que soient les immondices qui l’ont salie, elle redeviendra parfaitement propre. »

Marie voit la qualité de l’âme plus que la souillure qui l’affecte.

Ce cœur est immaculé

En Marie, il n’y a aucune connivence avec le péché. Il ne faudrait pas imaginer trouver en Marie une forme de complaisance avec le péché. Le Père Lamy disait que Marie « ne lui passait rien ». Marie ne se satisfait pas d’une certaine tiédeur ou médiocrité.

Marie nous aide à nous reconnaître pécheurs. Elle ne dissimule pas le péché mais fait la lumière avec délicatesse, sans nous accabler, mais jusqu’au bout. Marie ne masque pas la vérité. La lumière est totale. Entrer dans ce cœur immaculé requiert de notre part un minimum d’humilité pour ne pas justifier notre péché. Marie n’anesthésie pas notre responsabilité ; elle ne nous déculpabilise pas. Elle ne nie pas le péché, ne le justifie pas.

Ce cœur immaculé est un refuge

Dans la montagne, un refuge sert à protéger des intempéries. Le Père Lamy se savait protégé par Marie. Bien évidemment, Marie n’est pas un refuge contre la colère de Dieu, mais plutôt contre notre juge intérieur attisé par le démon qui nous fait désespérer de notre péché. Marie nous protège des traits du démon.

Marie nous aide à voir notre péché sans désespérer ; elle aide à être dans la vérité sans tomber dans le désespoir. Elle accueille sans juger et sans laisser tomber. Marie nous aide à ne pas fuir notre responsabilité. Dans ce lieu, la miséricorde n’annule ni la liberté ni la responsabilité. Ce refuge ne nous épargne pas la conversion !

Marie nous dit en quelque sorte : « Ne crains pas, car je suis avec toi. » Car elle se tient auprès du pécheur repentant tout comme elle se tenait debout au pied de la Croix de Jésus qui portait nos péchés.

En quoi le Cœur Immaculé de Marie nous aide-t-il à poursuivre notre chemin ?

Le Cœur Immaculé de Marie nous est donné comme refuge. Mais il ne faudrait pas nous imaginer que Marie nous retient près d’elle en une sorte de cocon affectif protecteur.

Dans la montagne, un refuge sert à héberger les alpinistes et randonneurs. Il est intéressant de voir que les refuges sont nés au XIXe avec l’alpinisme et la conquête progressive des sommets. Ils n’étaient pas conçus pour y habiter.

Marie est celle qui nous donne Jésus

On peut dire aussi que Marie ne nous retient pas à elle. Elle nous renvoie toujours à Jésus. Elle se tient là pour nous accompagner dans notre chemin vers Dieu.

À Noël, mais pas seulement à Noël, Marie nous donne Jésus. On ne peut avoir Marie sans Jésus. Car, comme le dit l’évangile, c’est Jésus qui est Sauveur, ce n’est pas Marie. C’est « à cause de Jésus Christ et de lui seul » que nous sommes sauvés nous rappelle aussi saint Paul. La première lecture nous rappelle que c’est d’abord Dieu qui est miséricordieux.

Marie nous montre le chemin

Comme le dit le chant, elle est « la première en chemin ». Marie nous donne l’exemple de la suite de Jésus. Elle n’a pas toujours tout compris, par exemple lorsqu’elle a retrouvé Jésus au temple, mais plus encore au pied de la Croix. Nous le voyons aussi avec saint Joseph, dans le passage d’Évangile de ce jour. L’obéissance est sa qualité de servante du Seigneur.
Le verset de l’alléluia nous redit que Marie est « attentive à garder la parole de Dieu pour la méditer dans son cœur ». Comme à Cana Marie nous incite toujours à obéir à Jésus.

Le chemin n’est pas toujours facile. Le signe donné est un enfant : cela ne semble-t-il pas dérisoire par rapport à la puissance du mal. Mais Marie croit au « combien plus » de la grâce. Marie a foi dans le retournement opéré par la grâce de Dieu (cantique d’Anne et magnificat).
Ce n’est pas tant à la force du poignet mais par la grâce de Dieu.

Marie nous accompagne sur le chemin

Paradoxalement choisir Marie comme refuge, c’est la prendre chez nous. C’est cela le remède au découragement. Le premier remède au découragement, c’est l’Emmanuel, « Dieu avec nous » _. Mais ce « Dieu-avec-nous » nous est donné par Marie.

Comme saint Joseph et saint Jean, nous sommes invités à prendre Marie chez nous : comme Joseph dans l’Évangile de ce jour, comme Jean au pied de la Croix.

Si nous prenons Marie chez nous, c’est précisément pour qu’Elle nous accompagne sur notre chemin. Son Cœur immaculé n’est pas un abri contre la vie, mais ce qui nous donne la force nécessaire pour continuer, un peu comme le prophète Élie vers la montagne de Dieu.

Conclusion :

N’attendons pas d’être confrontés au découragement pour nous tourner vers le Cœur Immaculé de Marie Refuge des pécheurs. Notre vie humaine et spirituelle est un long chemin parsemé d’épreuves. Faisons comme le prophète Élie qui a accueillir le réconfort que Dieu lui donnait afin de poursuivre sa route vers la montagne de Dieu.

Prenons Marie chez nous « car il est long, le chemin qui nous reste » (cf. 1 R 19, 7).

Amen !