Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs, pour ce premier jour de l’année, plusieurs thèmes s’offrent à notre méditation. C’est d’abord la journée mondiale de la paix, instituée par Paul VI, et dont la première a eu lieu le 1er janvier 1968. La messe d’hier soir a été célébrée à cette intention.
Pour l’octave de Noël, l’Église nous invite à regarder Marie, Mère de Dieu. En effet, Marie n’attire pas l’attention à Elle et pourtant il n’y aurait pas Noël sans Marie. Marie est discrète mais tellement essentielle.
La première lecture nous oriente, pour ce premier jour de l’année, vers la bénédiction d’Aaron et de ses descendants sur les fils d’Israël.
Ce matin, j’aimerais partir avec vous de cette bénédiction. Comme vous le savez sans doute, le premier mouvement de la bénédiction, c’est la bénédiction que Dieu nous accorde. On pourrait dire que c’est une « bénédiction descendante ». Mais nous sommes appelés en retour à bénir Dieu : c’est une « bénédiction ascendante ». Nous voyons bien que le mot « bénédiction » n’a pas tout à fait le même sens. Entre les deux, il y a une étape qui consiste à accueillir la bénédiction de Dieu. Il ne suffit pas que Dieu veuille nous bénir, encore faut-il que cette bénédiction soit reçue. On retrouve en quelque sorte 3 temps de la dynamique du don : le don offert, le don reçu et le don en retour.
Ce seront les trois parties de cette homélie. En ce jour de solennité de Marie, Mère de Dieu, nous verrons comment la Vierge Marie a accueilli la bénédiction de Dieu et comment elle a répondu. Elle est non seulement notre modèle mais elle nous aide à entrer dans ce mouvement.
La bénédiction de Dieu offerte
Dieu a l’initiative de la bénédiction
Pour Dieu, bénir ne se réduit pas à un « bien-dire » (latin « bene-dicere »). Comme le dit le Psaume :
Dieu a l’initiative de la bénédiction. L’amour de Dieu nous précède toujours.
« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis. » (Jn 15,16)
Dieu bénit avant que l’homme ne réponde, sans mérite préalable, par pure gratuité.
La première bénédiction que Dieu donne est l’existence elle-même. C’est la création, la vie humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu.
« Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon. » (Gn 1,31)
Il y a un pas supplémentaire dans l’Alliance, lorsque Dieu entre en relation avec l’humanité (Noé, Abraham, Israël). Dieu déclare à Abraham :
« Je te bénirai… et en toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12,2-3)
Jésus la bénédiction suprême
Mais la bénédiction suprême est Jésus lui-même. Il est la bénédiction parfaite et définitive de Dieu. Dieu se donne Lui-même à l’humanité. Comme le disait le Pape François :
Saint Paul s’émerveille devant ce don, en particulier au début de l’épître aux Ephésiens :
« Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. » (Ep 1, 3)
De Jésus mort et ressuscité découlent une multitude de bénédictions spirituelles diverses et variées. Elles ne suppriment pas la souffrance, mais donnent la grâce de la traverser.
Marie une bénédiction précieuse
On peut dire que la Vierge Marie est une bénédiction que Dieu nous accorde. Marie est d’abord bénie par Dieu comme le dit le début du « Je vous salue Marie » qui reprend les paroles de l’ange Gabriel à Marie : « Je te salue, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1,28) ainsi que celles d’Élisabeth lors de la Visitation : « Tu es bénie entre toutes les femmes » (Lc 1,42).
Marie est précédée par la grâce. Nous le voyons dans l’Immaculée Conception.
Si elle est bénie entre les femmes, ce n’est pas uniquement pour elle mais aussi pour nous. Elle est le chemin par lequel vient la bénédiction suprême qui est Jésus lui-même. Elle ne garde pas Jésus pour elle. Mais par elle, Jésus est donné au monde.
Au pied de la Croix, Jésus confie Marie au disciple : « Voici ta mère » (Jn 19,27). L’Église y voit plus qu’un geste privé : Marie devient Mère des croyants, Mère de l’Église.
Puisque Marie est Mère de Dieu, elle a un pouvoir d’intercession : « Accorde-nous de sentir qu’intervient en notre faveur celle qui nous permit d’accueillir l’auteur de la vie, Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur. » La deuxième partie du « Je vous salue Marie », où l’on implore l’aide de Marie, s’enracine dans cette première partie. Comme à Cana, Marie présente nos besoins à son Fils : « Ils n’ont plus de vin » (Jn 2,3) afin qu’il nous bénisse.
La bénédiction de Dieu reçue, accueillie
Accueillir la bénédiction
Une chose est que Dieu nous bénisse ; autre chose est d’accueillir sa bénédiction. Dieu respecte notre liberté : il offre toujours la grâce, mais ne l’impose pas. Lors de l’annonciation, nous voyons que Dieu attend de Marie une réponse libre. Marie répond par son fiat.
La bénédiction ne devient féconde que si elle est reçue.
« Voici que je me tiens à la porte et je frappe. » (Ap 3,20)
Ce deuxième temps est celui de l’ouverture du cœur, du consentement libre, du « oui » de la foi.
Marie, modèle de l’accueil
Marie est le modèle parfait pour accueillir les bénédictions de Dieu. Marie nous indique les dispositions à avoir pour recevoir la bénédiction de Dieu.
- par son humilité : « Il s’est penché sur l’humilité de sa servante »
- par sa foi : Marie pose une question pour savoir comment collaborer mais elle accepte de ne pas tout comprendre tout de suite. Nous le voyons bien quand elle retrouve Jésus au Temple : « 50 Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. 51 … Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. » [(Lc 2) Comme les roses, la bénédiction peut comporter des épines !
- par son obéissance confiante : « Qu’il me soit fait selon ta parole ».
Dispositions pour accueillir la bénédiction
Il y a plusieurs dispositions très caractéristiques pour accueillir la bénédiction.
- accepter d’en avoir besoin : « Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles » (Jc 4,6). Nous sommes quelquefois trop fiers pour reconnaître que nous avons besoin de Dieu. Un minimum d’humilité est incontournable.
- avoir foi en cette bénédiction. Si on n’y croit pas, la bénédiction ne pourra pas se déployer en nous. On reçoit la bénédiction à la mesure de notre foi. « Fais-toi capacité et je me ferai torrent » disait à sainte Catherine de Sienne.
- laisser la bénédiction faire son chemin en nous sans vouloir tout contrôler. Il arrive que Dieu nous bénisse autrement que ce que nous avons demandé ou prévu. Il aime que nous le laissions libre d’agir à sa guise, que nous pratiquions un abandon confiant. Comme à Cana Marie nous dit : « faites tout ce qu’il vous dira »
La bénédiction retournée vers Dieu
Bénir Dieu qui nous a bénis
Cette bénédiction consiste à louer, célébrer, remercier Dieu pour sa miséricorde et sa fidélité, pour les merveilles qu’il a créées et pour tout ce qui est arrivé par sa volonté :
« Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être. » (Ps 103,1)
A Dieu qui bénit, nous aussi, nous répondons par la bénédiction.
Nous sommes invités à la gratitude. C’est quelque chose qui revient souvent dans la Parole de Dieu :
« Rendez grâce au Seigneur : il est bon, éternel est son amour ! » (Ps 105, 1)
« Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes lèvres. » (Ps 33, 2)
« Bénissez Dieu, proclamez sa grandeur, reconnaissez devant tous les vivants ce qu’il a fait pour vous. » (Tobie 12, 6)
Comme le dit la petite Thérèse, cela déploie la grâce de Dieu en nous.
Dans son Magnificat éclate l’action de grâce de Marie. Elle reconnaît que Dieu a fait en elle de grandes choses :
« Le Puissant fit pour moi des merveilles. » (Lc 1,49)
Elle renvoie toujours à Dieu. La gratitude élargit le cœur :
« En toute chose, rendez grâce. » (1 Th 5,18)
Nous sommes appelés à annoncer « les merveilles de celui qui nous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 P 2, 9).
Bénir pas seulement le Seigneur mais nos semblables
C’est d’abord leur manifester de la gratitude mais cela va plus loin :
« Ne rendez pas le mal pour le mal, ni l’insulte pour l’insulte ; au contraire, invoquez sur les autres la bénédiction, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin de recevoir en héritage cette bénédiction. » (1 P 3, 9)
« Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. » (Lc 6, 28 ; Rm 12, 14)
Bénir pas seulement en paroles mais en actes
« Dieu peut vous combler de toutes ses grâces… vous pourrez faire en toute occasion le bien, ce qui produira des actions de grâce envers Dieu. » (2 Co 9, 8-11)
La bénédiction ne replie jamais sur soi. Une bénédiction est toujours appelée à être redonnée, comme en cascade. Dès après l’annonciation, Marie part se mettre au service de sa vieille cousine Élisabeth. La bénédiction circule par la charité : « Donnez, et l’on vous donnera » (Lc 6,38). Un cœur qui aime devient un canal de bénédiction. Lors de la Visitation, nous voyons que cette bénédiction rejaillit sur les autres presque à son insu. La bénédiction reçue se communique : Jean tressaille, Élisabeth est remplie de l’Esprit Saint.
Marie ne garde jamais Jésus jalousement pour elle. Elle le donne de plus en plus pendant la vie apostolique et a fortiori au pied de la Croix. Cela n’exclut pas la souffrance.
Nous sommes appelés à ne pas bénir uniquement en paroles mais aussi par nos actes, par notre charité. Nous devenons alors canal de bénédiction pour les autres : Dieu veut bénir par nous.
Dans son mystère d’amour, à travers le Christ, Dieu communique à son Église le pouvoir de bénir.
Conclusion :
C’est ce à quoi nous sommes appelés, avec l’aide de la Vierge Marie en cette année nouvelle. Dans la première lecture et le psaume, on parle du visage de Dieu :
« Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! »
« Que son visage s’illumine pour nous ! »
Cela évoque pour moi un événement très particulier. Un garçon trisomique d’une douzaine d’années et qui était autiste avait souvent un visage fermé, un peu absent. Mais un jour, j’ai assisté au moment où il a retrouvé un éducateur qui s’était beaucoup occupé de lui. Au moment où il l’a vu, son visage s’est illuminé tant la joie de le retrouver était grande.
Si le visage du Seigneur S’illumine, je crois que cela dit aussi Sa joie de nous rencontrer.
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre des Nombres 6,22-27.
- Psaume 67(66),2b.3.5abd.7.8b.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 4,4-7.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 2,16-21 :
En ce temps-là, les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.
Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.