Texte de l’homélie
Frères et sœurs bien-aimés, avec l’Ascension nous sommes à un moment charnière entre l’Évangile et les actes des apôtres. Les évangiles sont en quelque sorte les actes de Jésus. Avec les Actes des Apôtres commence le temps de l’Église qui est, comme le disait Bossuet :
Ce matin, j’aimerais méditer sur trois aspects du mystère de l’Ascension.
D’abord le fait que les apôtres doivent s’habituer à un autre mode de présence de Jésus. Jusque là, ils pouvaient le voir ; maintenant, qu’ils sont confortés dans leur foi, Jésus disparaît.
Dans le Credo, nous disons de Jésus qu’« il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père » ; Il « est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ». D’un côté, l’espérance tourne notre regard vers le bonheur du Ciel ; d’un autre côté, l’espérance sait que nous pouvons nous appuyer sur la grâce de Dieu pour vivre notre vie sur la terre.
Avec l’Ascension se déploie l’espérance. Ce n’est pas un hasard si, lorsque l’on médite le chapelet, le fruit du mystère de l’Ascension est l’espérance.
Nouveau mode de présence de Jésus
La fin des apparitions
Depuis le matin de Pâques les apparitions étaient importantes. Il ne suffisait pas que Jésus ressuscite le troisième jour, encore fallait-il que l’homme le sache ! Les disciples d’Emmaüs seraient toujours découragés et la Bonne Nouvelle se serait arrêtée là. Ce mystère nous est tellement inaccessible que pendant quarante jours le Christ S’est montré à Ses disciples, S’est laissé toucher, a mangé et bu avec Ses disciples.
Par ces apparitions, le Christ a conforté leur foi en la résurrection.
Les disciples auraient certainement aimé que ce temps d’apparitions se poursuive plus longtemps. Ils auraient bien aimé avoir leur apparition quotidienne pour les soutenir dans leur vie de chaque jour. Mais, à partir du moment où la foi des disciples en la résurrection est suffisamment affermie, Jésus disparaît pour toujours à leurs yeux.
Ce n’est pas forcément si facile à vivre. Dans l’évangile de saint Jean, Jésus dit à Ses disciples :
« Il est bon pour vous que je parte. »
Nous comprenons que pour eux, ce départ du Christ n’est pas forcément une nouvelle heureuse. Ils étaient accoutumés à vivre avec Lui, à Le voir au milieu d’eux, à Le toucher, à partager ses repas, bref à entretenir une relation humaine, normale avec lui. Et voilà qu’en les quittant, Jésus laisse un vide au milieu d’eux.
Un « vide » inconfortable mais profitable
Les apôtres sont appelés à une certaine maturité dans leur relation au Christ. Il ne doivent pas regarder le passé avec nostalgie.
« Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? »
Ils doivent aller de l’avant. Mais cela prend du temps : parce que nous avons besoin de temps, quarante jours est la période que l’on trouve dans la Bible pour préparer les événements décisifs : le Déluge (Gn 7, 4), Moïse (Ex 34, 28), Elie (1 R 19, 8).
En fait, l’Ascension est un appel à l’intériorité. Désormais, c’est la foi qui leur permettra de percevoir Sa présence invisible.
C’est la condition pour qu’ils reçoivent son Esprit. Mais cela, ils ne le savent pas encore ! » (Card. André Vingt-Trois 25 mai 2017)
S’ouvrir à un autre mode de présence
Comme il le dit bien dans la finale de l’évangile de saint Matthieu, Jésus est bien présent :
« Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28)
Mais c’est d’une manière invisible. Les apôtres doivent passer d’une perception sensible de la présence de Jésus à la foi en Sa présence invisible.
Jésus est présent à l’intime de nos cœurs : cela fait appel à la foi. Il est présent aussi dans son Église et dans chacun de ses membres. C’est leur communion fraternelle qui rendra évidente la présence du Maître : « C’est à ce signe… ».
« La présence du Christ à travers son Église dans l’histoire des hommes possède aussi une visibilité plus particulière dans l’expérience de l’Église à travers la vie sacramentelle. Le corps ecclésial tout entier est sacrement du Christ pour le monde. … La présence sacramentelle eucharistique du Christ est le signe capital de cette présence active de Jésus tous les jours jusqu’à la fin du monde. C’est pourquoi l’autel sur lequel on célèbre l’eucharistie est considéré comme un signe visible de la présence active du Christ, comme un lieu et un signe de la présence de Jésus. » (Card. André Vingt-Trois 25 mai 2017)
Le Ciel : « Monter au Ciel » (1re dimension de l’espérance)
Une première dimension de l’espérance regarde le ciel, notre fin ultime.
Le Ciel, la demeure de Dieu
Pour la Bible, le ciel, c’est le lieu où habite Dieu (Notre Père qui es aux cieux) ; la terre est le lieu où habite l’homme. L’homme s’est exilé du Paradis par son péché. Jésus nous ouvre de nouveau le chemin du ciel.
Par son Ascension, notre nature humaine est comme divinisée. C’est ce que nous disons au cours de la prière eucharistique :
« L’Ascension de Jésus est déjà notre victoire ».
Il y a une forme de distance entre le ciel et la terre :
« Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. 09 Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » (Is 55)
Monter au Ciel
Jésus aurait pu disparaître tout simplement à leur regard, mais Jésus monte au ciel devant leurs yeux. En quelque sorte, l’Ascension rend visible le mystère de la glorification du Christ : l’Ascension, c’est le passage de la terre au ciel, du monde des hommes au monde de Dieu. La signification de l’Ascension est évidente pour les Juifs nourris de l’Écriture. « Monter aux Cieux », c’est entrer dans la Gloire de Dieu, c’est exprimer visiblement tout ce qui est réalisé par la Résurrection. Jésus n’abandonne pas les hommes.
« Aujourd’hui notre Seigneur Jésus-Christ monte au ciel ; que notre cœur y monte avec lui. Écoutons ce que nous dit l’Apôtre : Vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Le but de votre vie est en haut, et non pas sur la terre. De même que lui est monté, mais sans s’éloigner de nous, de même sommes-nous déjà là-haut avec lui, et pourtant ce qu’il nous a promis ne s’est pas encore réalisé dans notre corps. » (Saint Augustin)
Cette fête nous rappelle que notre destinée définitive n’est pas dans ce monde matériel mais au Ciel. Si Dieu est venu nous rejoindre sur la terre, ce n’est pas pour nous inviter à faire de la terre notre demeure définitive. S’il est venu planter Sa tente parmi nous, c’est pour nous redire que nous sommes comme des étrangers sur cette terre ; notre vraie patrie, elle est au Ciel, auprès de Dieu.
Cette tente n’est que provisoire, en attendant de demeurer en Dieu. C’est là notre demeure définitive.
Sans nous abandonner
Si le Christ est monté de la terre au ciel, ce n’est pas pour nous quitter, mais pour nous inviter à le suivre là où il est. Comme l’exprime très bien saint Augustin : « Lui a déjà été élevé au dessus des cieux ; cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous ressentons, nous ses membres. Il a rendu témoignage à cette vérité lorsqu’il a crié du haut du ciel : Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? Et il avait dit aussi : J’avais faim, et vous m’avez donné à manger. … Lui ne s’est pas éloigné du ciel lorsqu’il en est descendu pour venir vers nous ; et il ne s’est pas éloigné de nous lorsqu’il est monté pour revenir au ciel. »
Jésus règne : « assis à la droite du Père tout-puissant » (2e dimension de l’espérance)
S’asseoir à la droite de Dieu signifie participer avec Lui à Son pouvoir royal et à Sa dignité divine. Le Christ participe à la puissance et à l’autorité de Dieu lui-même. La deuxième dimension de l’espérance regarde davantage la grâce qui nous est donnée pour mener notre vie sur terre avec ses combats et ses tentations.
Avec saint Paul, nous pouvons dire :
« Je peux tout en celui qui me fortifie. »
Être à la droite de Dieu implique un pouvoir divin qui s’exprime de trois manières :
L’envoi du Saint Esprit
Comme l’avait dit Jésus :
« Il est bon pour vous que je m’en aille. Si je ne pars pas, le Consolateur ne viendra pas à vous. Si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai. » (Jn 16, 7)
Désormais, le Christ est présent dans le monde par l’Esprit Saint qui sanctifie et donne la vie. Saint Paul le souligne :
« Personne ne peut dire : ‘Jésus est le Seigneur’, si ce n’est sous l’action de l’Esprit-Saint.” (1 Co 12, 3)
C’est donc sous l’action de l’Esprit Saint que l’apôtre Thomas lui aussi dit au Christ qui lui est apparu après la Résurrection :
“Mon Seigneur et mon Dieu !” (Jn 20, 28)
L’intercession auprès de son Père en faveur des hommes
Seul Jésus peut ouvrir l’accès de la maison du Père à tous, Lui qui est “descendu du ciel” (Jn 3, 13), qui est sorti du Père et qui maintenant retourne au Père “par son propre sang, après nous avoir acquis une rédemption éternelle” (He 9, 12).
C’est lui-même qui affirme :
“Je suis le chemin… Personne ne va au Père si ce n’est par moi.” (Jn 14, 6)
Jésus est Juge des vivants et des morts (cf. Mt 25)
Jésus règne sur l’Église et l’univers. Quand Jésus parle aux apôtres du Royaume de Dieu, ils commencent par penser à la royauté d’Israël et non pas à ce royaume d’amour qu’Il vient instaurer.
Conclusion
En ce mois de Marie, tournons nous vers celle qui est déjà au Ciel corps et âme. Demandons lui de faire grandir en nous le désir du Ciel pour nous et pour les autres. Sachons faire appel à la grâce de Dieu.
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre des Actes des Apôtres 1,1-11.
- Psaume 47(46),2-3.6-7.8-9.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens 1,17-23.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 28,16-20 :
En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »