Homélie de la solennité de l’Assomption de la Vierge Marie

15 août 2025

« Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

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Texte de l’homélie

La fête que nous célébrons aujourd’hui, l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie, nous invite à poser un acte de foi profond : croire que le Seigneur a ouvert les portes du Paradis à la Vierge Marie, non seulement pour son âme, mais aussi pour son corps. Sa personne tout entière est désormais associée à la gloire de Dieu.

Cette vérité de foi a été proclamée de façon solennelle de manière assez tardive. C’est en effet en 1950 que le pape Pie XII a proclamé le dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge, suivi en 1954, par voie de radio message, de la proclamation de Marie comme Reine.

Cela signifie que, non seulement nous sommes appelés à partager la gloire de Dieu en regardant Marie dans toute notre intégrité humaine, mais que nous sommes également invités à collaborer et à partager le gouvernement de Dieu. À travers la figure de Marie Reine, c’est la personne humaine qui se trouve associée au gouvernement divin.

Deux traditions pour un même mystère

Pourtant, si l’Église n’a proclamé cette vérité de foi que récemment de manière solennelle, la dévotion à la Vierge de l’Assomption est extrêmement ancienne. Elle repose sur deux grandes traditions que le pape Pie XII n’a pas voulu trancher, laissant le dialogue ouvert aux théologiens :

  • La tradition orientale : (propre à l’Église d’Orient), qui parle de la Dormition Marie s’est endormie et a été « assomptée », corps et âme, jusqu’au Paradis.
  • La tradition occidentale :, qui avance que Marie est morte puis ressuscitée en son âme et en son corps. Cette vision s’appuie sur l’idée que, puisqu’elle a suivi le Christ tout au long de sa vie, elle l’a également suivi dans sa mort. Quoi qu’il en soit, ces visions convergent vers une même réalité : la Vierge a rejoint le Paradis dans l’intégrité de son être.

Une lumière au lendemain des drames de l’Histoire

Il est particulièrement intéressant de noter que la proclamation de ce dogme intervient juste après la Seconde Guerre mondiale. J’y vois une lumière indispensable face aux drames vécus durant ce conflit mondial, où des millions de personnes ont été englouties par la violence, où tant de familles ont perdu des êtres chers, et qui a vu l’avènement de deux bombes atomiques. Ce fut une période où tant de vies se sont brisées dans les camps de concentration, sous le joug de l’athéisme nazi puis de l’athéisme communiste. Face à tant de désespérance humaine, sur tous les continents, comment pouvait-on retrouver espoir ? C’est là que le pape Pie XII a eu l’intuition inspirée de montrer Marie dans sa gloire, élevée corps et âme auprès de Dieu. Par ce geste, il rappelait que la personne humaine n’est pas faite pour le chaos ni pour la violence, même si le doute, les ténèbres et la violence habitent chacun d’entre nous. En proclamant l’Assomption, il nous montre que la vraie destinée de l’homme est lumineuse.

Cela nous pousse à nous interroger aujourd’hui : face aux crises internationales, économiques ou climatiques qui inquiètent tant de nos contemporains, où pouvons-nous puiser notre espérance ? La fête de l’Assomption nous redonne confiance, car elle affirme que toute personne est faite pour partager la gloire de Dieu.

La valeur sacrée de la vie, du commencement à la fin

Bien sûr, depuis le péché originel, les tensions ont toujours existé, que ce soit au niveau mondial, national, familial ou même ecclésial. Mais le message de l’Assomption vient éclairer notre regard sur la vie présente en lui redonnant sa dimension d’éternité. Les lectures de ce jour nous présentent trois femmes enceintes : la Femme de l’Apocalypse, Marie et Élisabeth. Ce choix liturgique n’est pas un hasard ; il célèbre la vie naissante, mais aussi la vie finissante. Si l’Église se bat aujourd’hui pour le respect de la vie, de sa conception à sa mort naturelle, c’est précisément parce qu’elle a conscience de cette vocation éternelle. L’absence de perspective de vie éternelle dans nos sociétés occidentales tend à nous priver de cette espérance et à dévaluer la beauté de la vie ici-bas, en particulier lorsqu’elle est fragile. Pourtant, la vieillesse, la grande dépendance et la fin de vie ne retirent rien à la dignité de l’Homme.

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Choisir le Mystère plutôt que l’Absurde

Face à l’existence, nous oscillons souvent entre deux visions : l’Absurde ou le Mystère. On peut trouver d’innombrables arguments pour désespérer de la nature humaine et de notre lenteur à progresser. Mais nous pouvons aussi choisir de nous placer du côté du Mystère. En grec, le mot mystère évoque une réalité cachée, qui n’est pas immédiatement accessible et qui exige la foi. Être ici aujourd’hui, c’est choisir la foi. C’est affirmer la beauté de toute personne humaine, quelles que soient ses fragilités morales ou physiques. C’est croire que la vie humaine n’est pas appelée à finir dans la fosse, mais à s’épanouir dans l’éternité. Cette espérance change concrètement notre quotidien. Mettre un enfant au monde et l’élever en croyant à la vie éternelle transforme radicalement son éducation. Cela pousse à éveiller sa conscience spirituelle tout au long de sa croissance, là où l’absence de transcendance laisse l’homme livré à lui-même.

Vivre dans le « Déjà » et le « Pas encore »

Cette dimension de l’au-delà est pleinement ancrée dans notre liturgie. À chaque messe, nous prions pour nos défunts. L’architecture même de nos églises, qui abritent parfois des tombes, nous rappelle que ceux qui nous ont précédés restent associés à notre prière. Cette église elle-même, ancienne chapelle d’infirmerie monastique, est habitée par le souvenir de nombreux moines qui y ont fini leurs jours. Ils forment, avec nous,

Le chrétien est celui qui vit constamment dans cette tension féconde du « déjà » et du « pas encore ». Le Royaume de Dieu est déjà présent au milieu de nous, mais il n’est pas encore accompli dans sa plénitude. Cette attente ne doit pas nous détacher des réalités terrestres : le chrétien doit avoir les pieds ancrés sur terre et la tête dans les cieux. Nous devons vivre notre présent en le laissant éclairer par les réalités d’en haut. En ce jour, demandons à la Vierge Marie des grâces particulières pour nous et pour nos familles. Dans le livre de l’Apocalypse, le démon cherche à dévorer l’enfant de la Femme ; il représente cette force qui s’oppose à la vie et cherche à tout briser. Face à cela, nous voulons réaffirmer modestement la beauté et la dignité de chaque vie humaine, à toutes ses étapes. Par l’intercession de la Vierge Marie, puissions-nous devenir les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière. Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Apocalypse 11,19a.12,1-6a.10ab.
  • Psaume 45(44),11-12a.12b-13.14-15a.15b-16.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15,20-27a.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,39-56 :

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.
D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »
Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.