Homélie de la solennité du Christ Roi

27 novembre 2017

Écouter l’homélie

Chers frères et soeurs,

En cette fin de l’année liturgique où nous célébrons la fête du Christ-Roi, nous voyons ici une lecture qui nous rappelle le jugement dernier.

Heureusement qu’il y a un jugement dernier. Il a souvent mauvaise presse, peut-être parce qu’on en a trop abusé pour terroriser les uns et les autres avec la menace de l’enfer, mais l’enfer reste aussi une possibilité, Jésus nous le rappelle aujourd’hui. Le jugement dernier fait que tous nos actes acquièrent une gravité, ils retentissent dans l’au-delà. Ce que nous vivons ici a à voir avec ce que nous serons là-bas. Cela donne une dignité, un poids à notre vie et nous met en responsabilité par rapport à cette vie.

Nous n’avons qu’une vie pour vivre deux fois.

Nous rappelait la petite Thérèse de l’Enfant Jésus.

Nous n’avons qu’une vie pour, dans la foi, secourir ceux qui sont dans le besoin.

Souvenez-vous dimanche dernier de la parabole qui nous parlait du jugement dernier avec les vierges folles et des vierges sages. Il y avait un jugement : celles qui entreront et celles qui n’y entreront pas. Nous avons écouté aussi la parabole du riche et du pauvre Lazare.

Tout cela nous remet face à la gravité de notre vie et au sérieux de nos actes. Nous sommes invités à nous reprendre, l’Avent est ce temps de conversion qui s’ouvre. Dimanche prochain, avec premier dimanche de l’Avent, cette vie-la nous est offerte, nous n’avons qu’une seule vie pour nous convertir.
Dans l’au-delà, ce sera trop tard.

C’est bien de le redire et en même temps c’est bien de dire que le Seigneur nous appelle à une conversion particulière, le critère qu’il prend là est assez étonnant. Il aurait pu avoir un autre critère, par exemple : "ceux qui sont mes disciples, qu’ils entrent, ceux qui ne le sont pas, qu’ils n’entrent pas".

Le jugement du Seigneur n’est pas basé sur la foi, mais sur l’aide à celui qui est en difficulté. Aucun des deux ne s’est rendu compte de ses actions, tant ceux qui ont fait du bien, que ceux qui ne l’ont pas fait. C’est la grande révélation chrétienne, cette identification du Christ avec le plus pauvre.
Notre religion de ce point de vue là est absolument différente des autres religions. bien sûr dans l’ancien Testament existe l’invitation aider la veuve et l’orphelin, mais on n’y voit pas cette identification qui vient du mystère de l’Incarnation. Dieu lui-même a pris notre nature humaine, par conséquent ce que l’on fait aux tout-petits c’es ce que l’on fait à Dieu lui-même. Il a voulu rejoindre dans notre humanité ce qui est le plus délaissé. Déjà avec le discours des Béatitudes, puis avec la Passion, puis dans l’Eucharistie nous avons l’exemple-même de l’abaissement par amour.

Il y a beaucoup de pratiquants dans notre pays, mais peu de croyants. Il y a beaucoup de pratiquants selon ce texte : des gens qui font le bien mais qui ne savent pas que quand ils font le bien, c’est Jésus qui le fait à travers eux. N’ayons pas un regard négatif sur des personnes qui font le bien, mais qui n’ont pas conscience qu’il y a une dimension transcandentale qui a à voir dans l’éternité dans ce bien qu’ils font.

Au contraire, quand nous voyons l’autre faire le bien, pensons que, d’une manière ou d’une autre, c’est le Saint Esprit qui agit dans cette personne. C’est bien de reconnaître et de dire clairement : "Vous qui faites le bien, nous comme croyants nous reconnaissons dans votre manière d’agir quelque chose qui vient de Dieu."

Quelle est la différence entre faire le bien : "Donner à manger à celui qui a faim" et "donner à manger à celui qui a faim pour l’amour de Dieu " ?
Matériellement, il s’agit de distribuer des aliments à celui qui est dans le besoin. Extérieurement, on ne voit pas la différence. Mais pour celui qui vit cela dans une dimension de foi, cet acte va à voir avec l’éternité. Cet acte va aussi s’adresser à la personne de celui qui est en difficulté, à sa personne toute entière, aussi dans sa dimension spirituelle.
Dieu sait que quand on est pauvre, on est aussi pauvre spirituellement et on a le désir d’apprendre quelque chose sur Dieu. N’hésitons pas, nous-mêmes, à annoncer, à l’occasion de ces solidarités, exercées par l’Église de façon visible, que nous prions pour ces personnes et que nous leur demandons de prier pour nous. C’est un aller/retour, ce n’est pas simplement par commisération, s’abaisser pour aider l’autre. Je mets l’autre en position active et je me mets moi en position de pauvre.

Il y a vraiment une évangélisation et une annonce de Jésus très forte par cela, découvrir sa présence dans le mystère du plus pauvre. Le plus pauvre n’est pas tant celui qui n’a pas, que celui qui n’est pas : qui n’est pas accueilli, qui n’est pas visité, … C’est celui qui n’est pas inséré dans la société, qui n’est pas accueilli, cela touche beaucoup plus l’être que l’avoir. Notre réponse comme chrétiens, va jusqu’à la dimension spirituelle de celui qui sollicite notre générosité. C’est important d’unir l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Quand nous avons ce regard porté sur la vie éternelle, tout est différent : la manière d’éduquer les enfants, car lorsqu’on met un enfant au monde dans la foi, on a conscience qu’on le met au monde pour la vie éternelle. Dans l’éducation que je donne, il y a quelque chose qui se joue du face à face avec Dieu. C’est la même chose dans la vie professionnelle, dans l’aide apportée aux plus démunis, cet évangile nous aide à ce que nous vivons est déjà connecté avec l’au-delà.
Nous appelons dans notre prière que Dieu soit out en tous, comme le dit Saint Paul dans la deuxième lecture : que son règne vienne, qu’il vienne rassasier les coeurs et les esprits pour toujours, cela s’appelle la béatitude. La béatitude passe par la porte des pauvres. La première béatitudes, c’est bien : "Bienheureux les pauvres, le royaume des cieux est à eux", et elle est au présent. Les autres sont au futur.

Chacun d’entre nous, nous sommes invités à passer par la porte des pauvres, dans nos problèmes de santé, relationnels, dans la famille, dans le travail, tout le monde n’est heureusement pas dans une situation matérielle de grande précarité, mais tous, d’une manière ou d’une autre, nous avons à nous laisser appauvrir et la vie nous en charge et nous y prépare.

Accueillons ces appauvrissements avec humilité, à la manière de la Vierge Marie, qui va être la grande figure de ce temps de l’Avent.
Accueillons-le avec cette conviction que, quand nous sommes aussi en capacité de recevoir, nous donnons aussi à l’autre la capacité de toucher quelque chose de Dieu. Combien parfois il nous est difficile de recevoir, nous sommes prêts à aider, mais nous mettre à la place du pauvre, cela nous coûte. Demander de l’aide, c’est aussi une manière de se mettre à la place du pauvre.

Puissions-nous nous laisser toucher par cet évangile, qu’il puisse nous redonner le goût de la vie éternelle nous donner dans notre vie quotidienne un goût particulier qui a à voir avec la béatitude d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Ézéchiel 34,11-12.15-17.
  • Psaume 23(22),1-2ab.2c-3.4.5.6.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 15,20-26.28.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25,31-46.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire.
Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs :
il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.
Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.
Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;
j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”
Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?
tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?”
Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”
Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges.
Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.”
Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?”
Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.”
Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »