Homélie du 11e dimanche du Temps Ordinaire

15 juin 2026

« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.
Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Cette homélie a été prononcée au cours de la messe dominicale célébrée dans la paroisse d’Étang-sur-Arroux.

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Texte de l’homélie

Frères et sœurs bien-aimés,

J’aimerais méditer avec vous sur la question du pouvoir, car c’est précisément le cœur de l’Évangile que nous venons d’entendre. Jésus donne à ses disciples le pouvoir d’expulser les esprits impurs, de guérir toute maladie et toute infirmité. Il s’agit d’une transmission du pouvoir qui habite le Christ lui-même.
Nous sommes au neuvième chapitre de l’Évangile de Matthieu et les premiers chapitres ont déjà relaté de nombreux récits de miracles. Ici, Jésus transmet aux disciples et aux apôtres qu’il a choisis la capacité de restaurer la personne humaine dans sa dignité.

Le pouvoir est une question complexe, particulièrement le pouvoir spirituel, qui est sans doute le plus important de tous. Or l’Évangile pose immédiatement une condition essentielle à son exercice. Juste après l’énumération du choix des douze Apôtres, ces derniers sont envoyés en mission, avec un certain nombre de conditions :

« Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. […] Ne vous procurez ni or ni argent, ni monnaie de cuivre à mettre dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton. » (Mt 10, 5-10)

Il est intéressant de constater que le pouvoir, à la manière de l’Évangile, est à l’opposé du pouvoir selon le monde. Exercer le pouvoir à la manière de l’Évangile, c’est d’accepter de rentrer dans une certaine fragilité, une certaine vulnérabilité. En voyant les foules, Jésus est touché car elles sont comme des brebis sans pasteur.
Pour les rejoindre, il envoie les douze comme un prolongement de lui-même afin d’annoncer la Bonne nouvelle. Il ne les envoie pas dans la puissance humaine, mais dans la vulnérabilité divine.

L’autorité comme service et l’appel à la miséricorde

Cela nous invite à réfléchir sur notre propre manière d’exercer l’autorité. Nous possédons tous, d’une façon ou d’une autre, une parcelle de pouvoir. Nous l’exerçons d’abord sur nous-mêmes - ce qui n’est d’ailleurs pas l’autorité la plus simple à mener. Certains d’entre vous, sont déjà parents, voire grands-parents, certains sont dans la vie professionnelle ou ont des activités dans les communes avoisinantes.

Puisque toute autorité légitime découle d’un appel reçu, nous devons nous interroger sur notre manière de l’exercer : est-ce sous la forme d’un service, ou à la manière du monde, c’est-à-dire pour flatter notre ego, affirmer notre personne et nourrir une illusion de toute-puissance ?

Dans la deuxième lecture, tirée de la lettre de Saint Paul Apôtre aux Romains, nous voyons comment Jésus accepte sa mission. Alors que nous aurions de la peine à donner notre vie pour une personne juste, lui accepte de se livrer pour des pécheurs. Exercer le pouvoir à la suite du Christ, c’est donc faire preuve de miséricorde.
La miséricorde, n’est ni une faiblesse, ni un manque d’autorité ; bien au contraire, c’est la manifestation de l’autorité la plus haute. Saint Paul nous rappelle que le Christ nous a réconciliés avec Dieu alors que nous étions ses ennemis.

Il est vrai que l’exercice d’une autorité suscite parfois des oppositions. Nous pouvons nous faire des ennemis. Faire face à des jalousies de personnes qui auraient voulu notre place dans la famille, dans les cœurs, dans la société ou au sein de l’Église. C’est pourquoi il est crucial de s’inscrire, à l’image du Christ, dans une logique de miséricorde. C’est elle qui va permettre d’annoncer l’Évangile et d’être des témoins.

L’autorité, c’est faire grandir, c’est devenir l’auteur, d’une certaine manière, de sa propre vie, de faire que les autres deviennent aussi les auteurs de leur vie. L’autorité, c’est permettre que chacun puisse exercer sa propre mission là où il se trouve. Cela est intimement lié à la fécondité de nos vies.
Le Seigneur nous dit :

« La moisson est abondante, les ouvriers sont peu nombreux. » (Mt 9, 37)

Cette moisson devient fertile à condition que nous soyons dans cette attitude d’humilité par rapport aux responsabilités qui nous sont confiées. Il s’agit vraiment de la part du Seigneur de rentrer dans cette logique de confiance, d’abandon, de remise de nous-mêmes.

L’exemple de l’Ancien Testament : la tribu de Levi

En méditant sur ce passage d’Évangile, nous pouvons tracer un parallèle enrichissant avec l’Ancien Testament et la structure des douze tribus d’Israël. Lors du passage de la Terre Promise, chaque tribu a reçu un territoire, à l’exception de la tribu de Levi. Les Lévites - qui exerçaient le ministère sacerdotal - ne possédaient aucune terre en propre. Pour nourrir leur famille, ils dépendaient entièrement des offrandes.

Il est remarquable de voir que dès l’Ancien Testament, exercer un pouvoir spirituel, c’était rentrer dans une certaine dépendance des autres, renoncer à un pouvoir terrestre.
Il y avait cet appel à exercer le pouvoir spirituel dans une humilité, dans une certaine dépendance et une certaine fragilité.

Porter du fruit en déracinant la toute-puissance

Demandons au Seigneur, la grâce d’être attentifs à la manière dont nous exerçons l’autorité dans notre vie. Prions pour que notre autorité serve toujours à élever et faire grandir ceux qui nous sont confiés, chacun selon sa mesure.
Demandons-lui également de déraciner en nous ce qui peut être de la toute-puissance.

Malheureusement cette tentation de la toute-puissance est en nous. Elle se manifeste par la volonté de briller, le besoin d’être reconnu, approuvé et de s’affirmer au détriment des autres. Tout cela est contraire à l’Évangile.
Profitons de ce jour pour identifier ce qui, dans nos cœurs, a encore besoin d’être converti afin que cet exercice de l’autorité soit un vrai service à la manière du Seigneur.

Dans l’Evangile, guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux, permettait avant tout à des personnes exclues par leurs maladies de retrouver leur juste place dans la société. Cela nous donne un indice précieux : lorsque nous avons la charge d’une personne - que ce soit au plan de la famille, de la société, de l’Église ou au plan professionnel – avons-nous le souci de la faire grandir pour qu’elle puisse porter du fruit en abondance ?

L’autorité est une source de fécondité, mais elle est aussi, parfois, une croix. Jésus nous montre le chemin en exerçant son autorité par le don total de sa vie sur la croix. Prions le Seigneur aujourd’hui pour qu’il vienne visiter et éclairer les différents lieux de responsabilités où nous sommes engagés, sans oublier l’autorité que nous exerçons sur nous-mêmes.

Parfois, nous sommes soit trop durs soit trop empathiques avec nos faiblesses, mais pas assez dans une attitude de conversion.
Demandons que cette autorité qui nous est confiée soit un lieu de conversion, afin que nous puissions devenir les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière,

Amen.


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Exode 19,2-6.
  • Psaume 100(99),1-2.3.5.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5,6-11.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 9,36-38.10,1-8 :

Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger.
Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »
Alors Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité. Voici les noms des douze Apôtres : le premier, Simon, nommé Pierre ; André son frère ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère ; Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée ; Simon le Zélote et Judas l’Iscariote, celui-là même qui le livra.
Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche.
Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. »