Homélie du 14e dimanche du Temps Ordinaire

8 juillet 2019

Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair.
Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. »

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Texte de l’homélie :

De nos jours, il est devenu habituel de dire que le Chrétien est un disciple missionnaire, et dans la lecture de ce jour, Jésus envoie les soixante-douze en mission.
Cette expression ne nous plait pas toujours, car elle est répétée à l’envi, un peu comme idéologie … Missionnaire ? il y en a pour qui c’est leur charisme ! mais moi, je ne vais pas annoncer Jésus à tout le monde… je ne vais pas me mettre à inviter tout le monde à la messe : mes collègues de travail, mes fréquentations à l’école, ni partout ou je me trouve, et pour ce qui est de ma famille, on sait bien ce que cela donne : tout le monde n’a pas la tchatche pour parler de Dieu et convaincre les gens !

Alors on répond que c’est ennuyeux car le Chrétien, par son baptême, est de fait missionnaire, car la grâce de Dieu est un courant d’amour qu’il reçoit et qu’il renvoie. Et s’il ne le renvoie pas, c’est le scandale, comme dans la parabole de cet homme à qui il est fait miséricorde et qui ne fait pas miséricorde à son tour…

Regardons de plus près ce texte de l’envoi des soixante-douze : 72 est un chiffre important qui correspond au nombre de toutes les nations de l’Univers que l’on connaissait à cette époque.
Jésus ne demande pas à ses disciples de parler : Il commence par parler de la nécessité d’évangéliser, de répandre, de ne priver personne. On ne peut pas garder la Bonne Nouvelle de l’Evangile pour nous - c’est comme la manne - sinon ça pourrit.
Il donne ensuite les conditions : Il ne les envoie pas comme des conquérants qui doivent convaincre le plus de monde…

« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups… »

Il ne leur demande pas de s’asseoir sur les sécurités - la bâton, le sac, le vêtement de rechange, ni sur tout le matériel qu’il faut préparer – mais Il les envoie dans la simplicité et la douceur du cœur. Ceci posé, que nous dit-il de dire ? une seule chose, formulée en deux temps :

« Dites Paix à cette maison. »

Quand les Franciscains italiens vous saluent, à la place de vous dire bonjour, ils vous disent : « Pace bene ! » . La Paix et le Bien. Recevez la paix et le bien. C’est ça l’Évangélisation ! c’est regarder l’autre – non plus à travers nos lunettes de l’envie, de la tristesse, de tout ce qui nous habite : colère, déception, ennui, l’inimitié, la rivalité, la jalousie, la peur, tout ce que vous voulez… - mais de lui souhaiter, de lui transmettre cette paix que Jésus vient mettre en nous.

A la messe, on fait une répétition générale au moment de l’échange du baiser de paix : on reçoit la paix qui vient de Jésus. Quand on vous donne le signal : « Donnez-vous la paix du Christ », attention ! ce n’est pas un petit salut en passant, mais plutôt : « Cette paix, cette joie qu’Il met dans mon cœur, je te la transmets, je te la souhaite ! »…
Ayez des pensées de paix, c’est à dire : aimez les autres.

Dans notre première lecture qui ont été choisies vous avez entendu :

« Voici que je dirige vers elle la Paix comme un fleuve … »

« Elle », c’est Jérusalem, c’est chacun d’entre nous.

Jésus vient nous construire dans la Paix :

« La paix soit avec vous ! »

C’est bien la première parole de Jésus ressuscité, et Il n’en fait pas tout un discours…
Alors qu’ils étaient troublés, qu’ils étaient dans la peur, la tristesse, la déception, Jésus appelle sur eux la paix. Et comment peut-on transmettre cette paix si ce n’est en regardant l’autre, en l’aimant, en voulant le bien, pas en lui reprochant ce qu’il n’est pas ou au contraire ce qu’il est, pensant qu’il n’est pas assez bien pour être mon ami, pour être Chrétien, ceci ou cela… Non ! Jésus ne regarde pas cela. Il ne demande pas de raconter, d’en faire un adepte avec tel ou tel autre rite, allez à la messe ou ne pas y aller…

Ce n’est pas de cela dont il s’agit maintenant : c’est de regarder l’autre comme Dieu le regarde, comme la mère regarde son tout petit, qui le porte, qui l’aide, qui le connaît jusque dans sa faiblesse, mais pour qui sa faiblesse n’est pas un signe de pauvreté, d’incapacité, de nullité, mais juste comme une promesse de vie et qu’il faut aider à grandir.

C’est une question : pourquoi ne suis-je pas tout seul au monde ? parce que Dieu nous a donnés les uns aux autres pour que nous soyons une aide pour l’autre, afin de lui permettre de grandir, pour lui permettre d’être bien, et non pas de l’attirer dans mes idées, dans mon parti, dans mon projet… non ! juste pour qu’il soit bien !

« Voici que je dirige vers elle la Paix comme un fleuve … »

Alors nous avons encore à apprendre, à recevoir cette paix du Seigneur, et c’est tout le chemin spirituel, de vie Chrétienne : nous laisser pacifier, nous laisser rentrer dans ce processus de transformation où nous ne nous laissons pas diriger par nos passions, nos désirs, nos peurs, mais par cette certitude que le Seigneur est là : Il nous aime, Il nous l’a dit. C’est pour cela que l’on appelle Dieu « Père ». Il nous faut aimer de cette qualité : nous avons à nous aider les uns les autres à être nous-mêmes dans la liberté, comme fait Jésus.

Vous le savez sans doutes, dans Isaïe, juste avant le passage que nous venons de lire, il y a un passage tout à fait étonnant : il compare le peuple à une femme enceinte qui doit accoucher ; C’est la fin du livre à ce chapitre, et cela finit bien quand même. On peut se dire que toutes les promesse vont s’accomplir en Jésus. Elle est prête à accoucher et avant d’avoir des douleurs, voici que le garçon est sorti. Ce thème parcourt tout le prophète Isaïe, et il a commencé bien avant à dire : nous avons conçu, nous avons ressenti les douleurs, et c’est comme si nous avions enfanté du vent car nous ne portons pas le Salut à la terre ni au monde.
On a beau multiplier les tentatives d’évangélisation, les raconter, d’essayer de convaincre les personnes que c’est bien d’être Chrétien, ça ne fonctionne pas, des tas de personnes s’en vont. Mais, Jésus ne nous demande pas de faire ça ! Il nous demande d’aimer, de prendre l’autre en compte.

Nos frères reviennent de Lourdes, ils sont allés en pèlerinage avec le diocèse. Et bien, c’est comme Marie avec petite Bernadette Soubirous, alors qu’elle n’est considérée comme rien dans cette famille déconsidérée car dans la complète dégringolade sociale, dans la honte du vol suite à l’accusation du père, de son incapacité à comprendre quelque chose à l’école, et même à y aller… Et Marie lui dit :

« Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant quinze jours… »

Et Bernadette parlera après en disant :

« Elle m’a parlé comme à une dame ! »

Notre travail d’Évangélisation, c’est de faire exister l’autre, de le prendre en compte, de le prendre en considération.
Il y a ce très beau passage dans les psaumes :

« Évite le mal, fais le bien !s »

Agato poya : Agato c’est le faire et poya c’est la beauté. « Fais le bien, évite le mal », autrement dit : « Poursuis le paix, recherche la. » Et je rajouterai, transmets-la.
Bien sûr, évite le mal : apprends à ne pas te laisser capturer par tes passions, par tes désirs et tes peurs, mais apprends à être libre ! C’est la grâce que le Seigneur nous donne dans le chemin sur lequel Il nous appelle à grandir…
Et le travail que nous avons à faire au fond de notre âme, dans la prière. C’est le travail que nous avons à faire dans nos familles, nos communautés.
Et c’est aussi pour cela que Saint Paul nous dit :

« C’est la Croix qui est ma seule fierté ! »

Affronter les difficultés, aller au devant et ne pas me cacher derrière des idées, derrière des sentiments, et il nous invite à porter en nous les marques de Jésus-Christ. Soyez tranquilles, il ne nous appelle pas tous à être des stigmatisés !
Mais quelle est la marque de Jésus ? C’est la miséricorde du Père dont Il est le reflet, dont Il est le visage…

La Miséricorde, c’est un amour qui ne se laisse pas effrayer par les défauts de l’autre, mais qui l’appelle à l’existence qui croit, qui ne s’en laisse pas compter par les égarements, par les étroitesses et les blocages de l’autre, comme les parents pour le tout petit : ils viennent consoler, conforter, consolider, faire grandir… Non pas faire grandir en espérant qu’il devienne comme nous-même, mais pour qu’ils deviennent pleinement fils de Dieu, capables de donner le fruits qu’ils ont à apporter.

Alors, si nous vivons de cet amour, si nous vivons remplis de et amour, si nous rencontrons les autres, ils ne manqueront pas de nous demander : « Quel est ton secret ! » et nous pourrons répondre : « C’est Jésus qui aime comme ça ! Il m’a aimé et Il a transformé ma vie ! »
Et alors, comme aux premiers temps de l’Église, l’Évangile pourra se diffuser, il pourra se répandre !

Voilà où le Seigneur nous conduit, même si nous sommes dans des temps où l’Église passe par des souffrances et des purifications, mais voilà le projet du Seigneur pour nous !

« Dites Paix à cette maison ! »

Comme vous n’êtes pas des Franciscains italiens, vous n’allez sans doutes pas dire à tout le monde « Pace Bene ! », mais dites-le à l’intérieur. Ou comme le disait Séraphin de Sarov à l’intérieur de lui-même : « Ma joie ». C’est tout de même différent de se ressasser : « Ce type, qu’est-ce qu’il m’énerve !! » Cela ne tisse pas la même relation !

Et Jésus rajoute :

« Guérissez, faites du bien !
C’est par cet amour que vous guérirez.
Et dites : « Le Royaume des Cieux s’est approché, il est là ! »

C’est toute la prédication de Jésus. Si j’aime comme ça, l’autre va pouvoir découvrir que la vie est devant lui, alors qu’il pensait qu’il était coincé dans ses défauts, dans son programme étriqué, il y a un champ énorme qui s’ouvre pour lui.

Quand ils reviennent les disciples sont complètement stupéfaits car ça a marché. Et Jésus leur confirme ça en disant :

« Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair… »

Si c’est comme ça, le diviseur, l’ennemi est défait. Mais Jésus leur dit de prendre garde. Certes, leur parole a eu de l’effort, mais ne vous attachez pas à ce pouvoir, qu’il ne flatte pas votre orgueil et votre savoir faire..

« Ne vous réjouissez pas parce que les esprits mauvais vous sont soumis, mais réjouissez vous parce que votre nom est inscrit dans les cieux. »

Réjouissez-vous parce que vous êtes des amis de Jésus. Réjouissez-vous parce que Jésus ne nous considère pas - nous humains – comme des étrangers mais comme des citoyens du Ciel, des gens capables de rayonner la vie divine et de la transmettre.

Alors demandons cette vie divine, et ne nous refusons pas à cette évangélisation qui fait intrinsèquement partie de notre être, et arrêtons de nous protéger en niant que ce rôle de missionnaire est pour chacun d’entre nous.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 66,10-14abc.
  • Psaume 66(65),1-3a.4-5.6-7a.16.20.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 6,14-18.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 10,1-12.17-20 :

En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’
S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.
Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.

Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté.
Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” »
Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites :
“Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.”
Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville. »

Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux, en disant :
— « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »
Jésus leur dit :
— « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair.
Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire.
Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »