Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs,
Laissez-moi partager ce matin un constat…
Un triste constat
« Venez, vous tous qui ployez sous le fardeau. »
Cette parole du Christ est-elle vraiment pour nous ? Car nous ne connaissons ni la guerre - comme en Ukraine, au Moyen Orient ou en Afrique - ni la famine, ni les tremblements de Terre comme au Venezuela si terriblement éprouvé…
Non, rien de tout cela, mais les lois funestes qui sont en passe de se voter, sont une vraie souffrance. La disparition progressive de tout ce qui fait une société chrétienne, cela nous affecte car on ne s’y reconnaît plus.
Le plus grave c’est ce dévoiement des mots chrétiens sont utilisés pour signifier l’exact contraire de ce qu’ils signifient, l’acte le plus éminent de la fraternité n’étant plus de donner sa vie, mais de la supprimer. Et nous ne parlons de la dramatique situation des soignants qui veulent rester fidèles à leur conscience, des congrégations religieuses acculées à la fermeture, ou à la perte de leur âme…
Alors oui, nous ne sommes plus chez nous. Un père de l’Église disait du Christ qui naissait dans le monde :
« Il est comme né à l’étranger. »
C’est en effet notre cas : comme chrétiens, il semble que notre pays nous soit désormais devenu étranger. Constatant cet effondrement, ma vieille tante me disait : « on vit mal ! » car ce pays ne nous est plus seulement étranger, il risque bien de nous devenir hostile. Que de quolibets contre la foi, contre une prétendue « réaction », et que dire de cette ridiculisation systématique des positions adoptées simplement par l’homme de bien, l’homme de conscience…
Oui on vit mal. Pour autant qu’elle soit cachée, la plaie n’en est pas moins vive, et de grâce, il faut qu’elle le demeure, cela attestera notre vitalité de chrétien. Nous devons continuer à souffrir de cet écartèlement entre le légitime et le légal ! Ce qui est légitime n’est bien souvent plus légal, et ce qui est légal n’est plus souvent légitime…
L’Église enceinte de vérité
« Je vous donnerai le repos »
Alors en quoi le Christ nous soulage-t-Il dans un tel moment ? en quoi nous procure-t-Il le repos ?
Je crois que l’immense don qui nous est fait, c’est justement Son Église. Car l’Église continue de faire briller la vérité, elle continue d’éclairer car elle détient à l’intérieur cette puissance qui ne vient pas d’elle, elle recèle cette parole dont elle est la voix, cette puissance et cette parole qui viennent de Dieu même.
Voilà pourquoi elle continue à proclamer la vérité, à affirmer sereinement des vérités que nous avons parfois bien du scrupule à énoncer de peur de choquer…
Oui un enfant est respectable, dès sa conception !
Oui, le mariage est fait pour l’homme et la femme, exclusivement !
Oui la vie finissante doit être accompagnée avec infiniment de compassion, avec le souci de soulager au maximum la souffrance mais en s’interdisant absolument de donner la mort !
Oui la vie d’un migrant vaut la vie d’un nanti, comme le pape l’a rappelé hier à Lampedusa !
Eh bien l’Église, c’est l’unique refuge où ces vérités peuvent être proclamées haut et fort, avec clarté et autorité. Oui l’Église est comme Jean Baptiste, cette voix qui ne se taira pas !
Oui, l’Église est faite de bien des pécheurs, a causé et traversé bien des scandales, mais oui, elle est habitée - elle l’a été et elle sera - habitée par infiniment plus grand qu’elle ! Le Seigneur qui est la vérité même.
Voilà le don qui nous est fait ! Et cette Vérité elle nous sauve, la vérité nous rend libres…
Nous ne pouvons nous imaginer le privilège que cela représente. Pourtant, bien des fidèles même des autres confessions chrétiennes finissent par se tourner vers l’Église catholique, parce qu’ils devinent qu’en elle demeure inviolée cette vérité qui fait vivre.
J’entendais le témoignage de ces religieuses anglicanes revenues à l’Église catholique il y a quelque temps ; je prenais connaissance aussi de ce rapport publié ces derniers mois évoquant le passage de près d’un millier de clercs de l’Église anglicane à l’Église catholique.
Quelle est la raison de leur conversion au catholicisme ? elle s’explique par une impérieuse nécessité de s’insérer dans la pleine communion visible de l’Eglise catholique, unie au successeur de Pierre. D’autres Églises non unies à Rome ont pris des décisions qui troublent profondément les homme et femmes de droite conscience. Alors ils se tournent vers la chaire de saint Pierre, Saint Pierre dont la foi de défaillira pas parce que Jésus a prié pour cela, et la prière du Christ est infaillible.
J’aimerais évoquer une autre manière que le Christ a de nous soulager dans ces temps si troublés. Plusieurs le disent : vient sans doute un temps de résistance. On ne manie pas ce mot à la légère. Mais comme en temps de persécutions, il faudra aussi subir, souffrir, souffrir qui sous couvert de libéralisme devient de plus en plus doctatorial. Il faudra peut-être prendre d’autres dispositions pour nos anciens, faire des sacrifices pour financer des unités privées de soins palliatifs…
N’oublions pas une chose : Sa manière de nous soulager, c’est d’être avec nous. Et il est bon de porter les yeux sur Lui. Il s’est enfoncé dans Sa Passion. Et entrer dans la Passion, qu’est ce sinon entrer dans l’impuissance ? comment le Christ nous sauve-t-Il alors s’Il est impuissant, s’Il ne peut plus bouger, si bientôt Lui non plus ne peut plus parler, s’Il se confond avec ce Verbum Crucis ? Eh bien c’est Son attente, Son infini abandon qui provoque le Père à agir :
« De toi j’attends mon relèvement. »
Car attendre c’est espérer, et espérer c’est forcer Dieu à agir. Jean de la Croix disait :
« On obtient de Dieu autant qu’on en espère. »
Oui le Père est miséricordieux, qu’est-ce que la miséricorde, si ce n’est d’imposer une limite au mal ?
Mais nous sommes amenés à aller plus loin encore. Car, dans cet abattement que provoquent ces lois qui sont des basculements de civilisation - pour ne pas dire des défaites de civilisation - nous sommes mystérieusement solidaires. Le prophète dans la Bible c’est celui qui sait dire « vous » ! pour dénoncer. « qui vous a appris à fuir la colère à venir ? ». Mais c’est aussi celui qui, solidaire de son peuple, dit aussi « nous » :
« Car nous avons péché contre l’Éternel, notre Dieu, Nous et nos pères, dès notre jeunesse jusqu’à ce jour, Et nous n’avons pas écouté la voix de l’Éternel, notre Dieu. » (Jérémie 3:25)
N’oublions pas cela : nous portons aussi cette infamie. Nous ne sommes pas étranger ni innocents du mal qui ravage notre monde.
Voilà peut-être aujourd’hui ce visage si désagréable de l’humilité qui s’offre à nous :
« Je suis doux et humble. »
Oui l’humilité du Christ c’est fondamentalement celle de s’être fait péché pour nous, Lui l’innocent, d’avoir été ce spectacle d’infamie élevé entre Ciel et Terre.
Aujourd’hui supplions donc pour que nous soit donné cet Esprit de discernement, pour que nous sachions là où il faut agir, là il nous faut subir, mais subir librement.
Que Notre Dame de toute détresse nous y aide,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre de Zacharie 9,9-10.
- Psaume 145(144),1-2.8-9.10-11.13cd-14.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,9.11-13.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 11,25-30 :
En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »