Texte de l’homélie
Frères et sœurs bien-aimés,
Si l’on cherche une ligne conductrice à travers les lectures que nous venons d’entendre, c’est sans doutes celle du discernement de la volonté de Dieu : la discerner pour notre propre vie. Nous le savons, le Seigneur a un désir pour chacun de nous, mais il nous revient de contribuer à découvrir ce à quoi nous sommes appelés et d’y répondre. Il n’y a pas de destin écrit d’avance. C’est par l’attention que nous portons aux motions du Saint-Esprit — c’est-à-dire à Son action dans nos existences — que nous sommes guidés. Par notre baptême, nous sommes habités par l’Esprit de Dieu, et c’est Lui qui nous oriente.
Nous en voyons une illustration dans la première lecture avec le passage célèbre du roi Salomon. Alors qu’il n’était qu’un très jeune homme ne sachant comment se comporter, que demande-t-il au Seigneur ?
« Donne-moi de discerner le bien et le mal pour savoir gouverner mon peuple. »
Et le Seigneur lui répond : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas l’or, l’argent ou la gloire, je te donnerai un cœur intelligent et sage. » (1 R 3, 9-12)
La première étape pour discerner la volonté de Dieu consiste tout simplement à la Lui demander. Cela peut paraître évident, mais y sommes-nous réellement attentifs ? Dans notre prière, demandons-nous au Seigneur de Se manifester ? Il peut le faire de plusieurs manières, notamment à travers des signes dans notre vie quotidienne.
Toutefois, en ce qui concerne les signes, il est essentiel de se faire accompagner pour les valider, car nous avons parfois tendance à retenir ceux qui nous arrangent. On pourrait faire le parallèle avec la déclaration d’impôts : on trouverait facilement de nombreux « signes » pour ne pas y déclarer tous nos revenus, mais il est peu probable que l’inspecteur des finances soit du même avis !
Il convient donc de se faire aider pour vérifier s’il s’agit d’un véritable signe ou d’un piège tendu par notre imagination.
Le Seigneur Se manifeste aussi à travers les circonstances et les nécessités de nos vies.
C’est le philosophe Pascal qui disait que :
Les nécessités, ce sont ces éléments qui s’imposent à nous : le fait d’être nés en France pour la plupart d’entre nous, d’avoir été élevés dans une culture et une religion données. Les circonstances, quant à elles, peuvent être heureuses ou douloureuses — comme la maladie ou le chômage. Ce sont ces réalités que nous n’avons pas choisies, mais qui s’imposent à nous. Il est fécond de comprendre que ces événements sont nos maîtres spirituels : discerner la volonté de Dieu, c’est regarder ce qui s’impose à nous et chercher comment s’en saisir pour se mettre à la suite du Seigneur et s’approcher de Lui. Certes, cela peut susciter un combat intérieur ou une forme de colère face à des injustices vécues. Pourtant, même ces moments douloureux ou injustes peuvent être l’occasion d’ouvrir davantage notre cœur à la volonté du Seigneur et de nous rapprocher de Lui.
Les paraboles du chapitre 13 de saint Matthieu s’inscrivent dans ce même enseignement, alors que Jésus est en train de former Ses disciples après avoir accompli de nombreux miracles. La première parabole compare le Royaume de Dieu à un trésor caché dans un champ. Si le Royaume est comparable à un trésor caché, c’est qu’il n’est pas accessible au premier coup d’œil. Comme le dit l’Écriture :
« Tu es un Dieu qui se cache, Dieu d’Israël, Sauveur. » (Is 45, 15)
Découvrir la volonté de Dieu n’est pas immédiatement évident ; cela demande un effort de recherche, car le mot « mystère » comporte lui aussi cette idée de secret. Cela exige de l’énergie.
Ce qui est surprenant dans cette parabole, c’est que l’homme qui découvre le trésor le recache, puis va vendre tout ce qu’il possède pour acheter le champ. C’est totalement contre-intuitif. Si l’un d’entre vous trouvait un lingot d’or en creusant dans un jardin, il ne lui viendrait jamais à l’esprit de le ré-enfouir, de vendre tous ses biens et d’acheter le terrain ! Mais c’est précisément ce décalage qui nous fait grandir : découvrir la volonté de Dieu demande non seulement un effort parce qu’elle est cachée, mais exige aussi un dépouillement. Un dépouillement de notre toute-puissance et de notre « volonté propre » — ce désir d’avoir des choses façonnées à notre seule image.
Le Seigneur nous montre ainsi que pour que Sa Parole devienne une source de grâce et de joie, nous devons renoncer à nos projets préconçus.
La deuxième parabole, celle du négociant en perles fines qui vend tout pour acquérir une perle de grand prix, exprime exactement le même renoncement nécessaire pour accueillir la volonté divine.
La troisième parabole, celle du filet jeté dans la mer, rassemble toutes sortes de poissons qu’il faut ensuite trier entre bons et mauvais. Ce tri symbolise celui que nous devons opérer dans nos propres comportements, car certains d’entre eux s’opposent à la volonté de Dieu. Salomon lui-même en est un exemple : s’il a commencé son règne rempli de bonne volonté en demandant la sagesse et en bâtissant le Temple, la fin de sa vie fut une catastrophe spirituelle, marquée par l’idolâtrie et ses nombreuses concubines. Il s’était complètement laissé aller.
Cela montre qu’il existe en nous un combat intérieur. Nous devons faire le tri dans nos manières d’agir, de parler et de penser, que ce soit par action, par parole ou par omission.
- Par la parole, lorsque nous critiquons.
- Par l’action, lorsque nous commettons des injustices.
- Par la pensée, lorsque nous nourrissons des réflexions mortifères envers autrui.
- Par l’omission, enfin, qui ne consiste pas à oublier involontairement un objet, mais à renoncer à faire le bien que nous aurions pu accomplir — comme croiser une personne âgée qui peine avec un sac lourd et choisir d’ignorer son besoin par manque de temps.
Faire ce tri s’avère parfois difficile parce que nous manquons de clarté sur nous-mêmes. Nous avons tous des « angles morts », à l’image du rétroviseur d’une voiture : l’obstacle est bien là, mais nous ne le voyons pas, et c’est l’accident. Puisque nous ne pouvons pas discerner seuls nos propres angles morts, il est précieux de solliciter nos proches, ceux avec qui nous partageons notre vie, pour qu’ils nous aident à identifier nos comportements problématiques, comme les mouvements d’humeur ou de colère.
Enfin, l’Évangile nous dit que le disciple avisé est semblable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. Ce neuf et cet ancien évoquent l’Ancien et le Nouveau Testament, et soulignent le rôle clé du discernement dans la transmission. Beaucoup d’entre vous êtes parents ou grands-parents : discerner la volonté de Dieu à votre étape de vie, c’est aussi vous demander ce que vous pouvez transmettre de votre foi.
On observe parfois une déperdition de la foi au fil des générations, souvent par manque de mots pour l’exprimer ou par une forme de pudeur. La foi chrétienne étant une expérience intérieure profonde — et non un ensemble de règles extérieures sur l’habillement ou l’alimentation —, elle est parfois complexe à verbaliser. Pourtant, cet effort de parole est nécessaire : il faut dire ce en quoi l’on croit et pourquoi l’on croit.
Ce pourrait être, par exemple, un bel exercice à partager en famille lors d’un déjeuner dominical.
À la lumière de ces paraboles que le Seigneur nous donne pour discerner sa volonté, puissions-nous en faire notre miel et répondre avec générosité à ses appels.
Amen !
Références des lectures du jour :
- Premier livre des Rois 3,5.7-12.
- Psaume 119(118),57.72.76-77.127-128.129-130.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,28-30.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,44-52 :
En ce temps-là, Jésus disait aux foules :
« Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle.
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
« Avez-vous compris tout cela ? »
Ils lui répondent : « Oui ».
Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »