Homélie du 19e dimanche du Temps Ordinaire

8 septembre 2014

« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

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Texte de l’homélie :

Frères et sœurs bien-aimés,
Aimez-vous les moments difficiles dans votre vie ? Les personnages que nous présentent les trois lectures de ce jour - Élie, Paul et Pierre - sont tous passés par des moments difficiles : Élie qui fuit devant la reine Jézabel qui veut le faire mourir, Paul quand il constate l’échec dans son annonce du Christ aux Juifs, Pierre lorsqu’il commence à se couler…
Je vous propose de voir comment - au travers même de ces difficultés - leur foi a pu grandir, s’affermir.
Dans sa première lettre, Pierre a une formule un peu provocante :

« Vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves.
Car ces épreuves vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or – cet or voué à disparaître et pourtant vérifié par le feu –, afin que votre foi reçoive louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ. » (1 P 1, 6-7)

Et saint Pierre n’est pas le seul à nous provoquer, voilà ce que dit saint Jacques :

« Considérez comme une joie extrême, mes frères, de buter sur toute sorte d’épreuves. Vous le savez, une telle vérification de votre foi produit l’endurance » (Jc 1, 2-3).

Par épreuve, il ne faut pas entendre seulement les choses horribles qui peuvent nous arriver. On peut aussi entendre épreuve aussi dans le sens de « épreuve sportive » ou d’un examen (comme les épreuves du bac…). C’est un moment où il faut faire ses preuves, où je montre que je ne suis pas attaché à Dieu seulement par un intérêt mesquin, mais parce qu’Il est Dieu et que nous l’aimons vraiment.

Élie

Commençons par le prophète Élie, personnage haut en couleurs, faisant la pluie et le beau temps (1 R 18) – au sens propre : pour aller le voir, on prenait quelques précautions de peur de recevoir la foudre… Avant d’arriver à la montagne de Dieu, où nous le retrouvons dans la première lecture, Élie était découragé. Après l’extermination des 450 prophètes de Baal, la reine Jézabel veut le faire mourir. On retrouve alors un Élie tout différent, aux prises avec la peur. Il se dépêche donc de partir, et il désire s’arrêter là. Il va dans le désert et déclare à Dieu :

« Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. » (1 R 19, 4)

Pourtant Élie était loin d’être une mauviette. Jusqu’ici, on le craignait. Il avait égorgé les 450 prophètes de Baal. Mais là, il fuit devant les menaces de mort de la reine Jézabel. Dieu l’a nourri paternellement pour qu’il poursuive sa route :

« Lève-toi, et mange, car il est long, le chemin qui te reste. »
(1 R 19, 7)

Fortifié par cette nourriture, Élie marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu. C’est là que nous retrouvons Élie dans la lecture d’aujourd’hui.
Nous voyons que le chemin de la Foi est trop long si nous ne sommes pas nourris par Dieu, si nous ne nous appuyons pas sur Sa grâce.
Dans cette première lecture, nous remarquons aussi qu’il se produit un bouleversement dans le relation d’Élie avec le Bon Dieu. Dieu n’est pas dans l’ouragan, le tremblement de terre ou le feu. Vous vous rappelez certainement que ce sont les signes de la manifestation de Dieu – la Théophanie - advenue avec Moïse sur le Sinaï, qui lui donnait une autorité, une légitimité incontestée vis-à-vis du peuple (Ex 19). Dieu en imposait. Jusqu’ici aussi, Élie en imposait devant les hommes.

Mais là non. C’est dans la brise légère qu’Élie expérimente cette tendresse, cet amour de Dieu. C’est à l’abri des regards. Il est tout seul, il n’y a personne pour l’admirer. Il y a un certain dépouillement, mais en même temps une grande profondeur dans cette rencontre avec Dieu, car c’est un Élie vulnérable, ce n’est pas l’Élie tout puissant qui rencontre Dieu à ce moment-là, mais celui qui a fait l’expérience de sa faiblesse, qui peut alors faire l’expérience de la tendresse avec Dieu.

Paul

Paul est un prédicateur hors pair. Si vous me permettez l’expression, il a un beau tableau de chasse : par son intermédiaire, le Seigneur a converti beaucoup de personnes, Il a fondé beaucoup de communautés, mais là, avec ses frères juifs, il n’y parvient pas. Et il a dans son cœur une grande tristesse, une douleur incessante. Il est mis en échec.
Ainsi, son itinéraire de foi nous parle des moments où nous sommes confrontés à l’échec. A d’autres moments, il nous parle d’une écharde dans sa chair, sans doutes pour un autre sujet. Il nous explique comment il a dû apprendre, lui aussi, à s’en remettre à la grâce de Dieu comme il nous le dit très bien dans la deuxième épître aux Corinthiens :

« Pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi.
Mais il m’a déclaré : ’Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.’ » (2 Co 12, 7-9)

Paul expérimente alors que Dieu œuvre aussi à travers notre pauvreté et notre faiblesse. C’est ainsi qu’il se présente aux Corinthiens :

« Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié.
Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. » (1 Co 2, 1-3)

Pierre

Tout d’abord, j’ai une petite question : auriez-vous osé enjamber la barque pour aller rejoindre Jésus sur l’eau, pour lui dire : « Si c’est bien Toi, ordonne-moi de venir à Toi sur l’eau ? » En fait, cela ne nous serait peut-être même pas venu à l’esprit, aurions-nous préféré rester confortablement dans la barque à regarder ce qu’il se passait.

Ainsi, Pierre avait déjà une certaine foi, une certaine confiance en Jésus. Jésus ne lui dit pas qu’il n’a pas la foi, mais plutôt d’en manquer :

« Homme de peu de foi… »

Il avait déjà assisté à la tempête apaisée (Mt 8, 23). Mais il doit expérimenter que sa bonne volonté – même très grande - ne suffit pas. Il doit être guéri de sa présomption.

C’est un thème récurrent dans la Parole de Dieu : l’homme doit bien comprendre qu’il ne peut pas compter sur ses seules forces, mais qu’il doit s’appuyer sur Dieu. C’était encore plus important pour saint Pierre à qui Jésus voulait confier l’Église. Il y a beaucoup d’autre épisodes comme celui-ci dans la Bible. Vous vous rappelez de Gédéon (Juges 7, 2). Ils étaient nombreux à vouloir le suivre pour le combat, mais :

« Le Seigneur dit à Gédéon : « Le peuple qui est avec toi est trop nombreux pour que je livre Madiane entre ses mains. Israël pourrait s’en glorifier et dire : “C’est ma main qui m’a sauvé.” ». »

Dieu dit qu’il va réduire le nombre des combattants pour que ce soit une évidence que ce n’est pas par leurs seules forces qu’ils ont le dessus sur l’ennemi.

Pierre aussi doit être guéri de sa présomption. Et cela ne va pas se faire en une fois. Il devra faire l’expérience dans bien des occasions qu’il est bien faible sans la grâce de Dieu. Juste après sa belle profession de foi, au chapitre 16, il ne peut pas supporter que Jésus envisage sa mort et sa souffrance, et il s’attire cette remarque cinglante de Jésus :

« Passe derrière moi Satan ! »

Ou un peu plus loin dans l’évangile, au moment de la Passion, après avoir déclaré devant tous :

« Même si tous t’abandonnent, moi je ne t’abandonnerai jamais »
(Mt 26, 33)

Le voilà qui renie Jésus un peu plus tard, devant une servante. A de multiples reprises, cette présomption de Pierre est comme entamée pour qu’il réalise que ce n’est pas par ses seules forces qu’il peut avance.
D’un côté, Pierre est très généreux mais d’un autre côté, diverses sortes de peurs et le refus viscéral de la souffrance le font souvent tomber. Cela lui évite de se prendre pour un surhomme. A la suite de Pierre, nous sommes invités à remettre nos peurs, et notamment la peur de la souffrance, entre les mains de Jésus.
Paradoxalement, Pierre est beaucoup plus fort après son reniement car il est davantage lucide sur lui-même et conscient qu’en dehors de Jésus il ne peut rien faire.

En conclusion, je vous invite à ne pas vous étonner si vous rencontrez diverses épreuves dans votre vie. Jésus ne nous a pas promis que nous n’aurions pas d’épreuves. En revanche, il nous a promis qu’il serait là à chaque moment difficile.

Lorsque vous allez sur Internet, vous accédez facilement à des sites en faisant des recherches mais quelques fois, pour passer à un domaine plus précis d’un site, il faut un mot de passe. Si on n’a pas le mot de passe, on voit des choses un peu générales, mais on accède pas à ce qui est le plus intéressant.
On pourrait dire que c’est un peu la même chose dans la foi : on peut accéder au dieu des philosophes (qui est accessible à tous), mais pour accéder au Dieu de Jésus, au Dieu des Chrétiens, il faut un mot de passe. Mais, connaissez-vous ce mot de passe ? Il est pourtant dans l’Évangile ! c’est un mot de passe essentiel… sans lui, on ne peut pas aller plus loin, on ne peut pas rentrer dans cette relation personnelle, mais dans le domaine public, celui dans lequel tout le monde peut aller. Mais, quel est ce mot de passe ? c’est celui qu’emploie Pierre :
« sauve-moi ! »
Et Jésus le prend par la main un peu comme il relève Adam de la mort
Ce mot de passe est aussi pour nous, si nous voulons rentrer plus en avant dans notre vie de foi, dans notre relation avec Dieu. Sans ce mot, on ne peut pas aller plus loin.
Pierre est en train de se noyer, il est commence à s’enfoncer, et ce n’est pas seulement dans l’eau qu’il s’enfonce. Vous savez que pour les juifs, la mer est le domaine des forces mauvaises. S’enfoncer dans l’eau, c’est aussi être tiré vers le bas par des forces mauvaises.
Je pense que – comme moi – vous n’êtes pas l’Immaculée Conception, hélas. Et quelque fois, il y a le mal qui nous tire, et à ce moment-là, il faut crier avec force le mot de passe comme Pierre : « Jésus, sauve-moi » !

Je vous laisse alors simplement ce mot comme conclusion, pour que, cette semaine, vous regardiez tous les lieux de votre vie où vous avez besoin d’être sauvés par Dieu. Vous ne pouvez pas vous en tirer tous seuls. Bien entendu, vous devez aller voir le médecin, le psychologue, mais pour certaines choses, ils ne pourrons pas vous sauver, car il n’y a que Dieu qui sauve

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Lecture du premier livre des Rois 19, 9a.11-13a.
  • Psaume 84, 9ab-10, 11-12, 13-14
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 9,1-5.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 14,22-33.

Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
Quand il les eut renvoyées, il se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer.
En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils disaient :
— « C’est un fantôme », et la peur leur fit pousser des cris.
Mais aussitôt Jésus leur parla :
— « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »
Pierre prit alors la parole :
— « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l’eau. »
Jésus lui dit : « Viens ! »
Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus.
Mais, voyant qu’il y avait du vent, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! »
Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit et lui dit :
— « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.
Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent :
— « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »