Homélie du 21e dimanche du Temps Ordinaire

25 août 2026

« Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. »

Écouter l’homélie

Texte de l’homélie

Frères et sœurs bien-aimés,

C’est assez curieux que le Seigneur, dans cette formation qu’Il entreprend de Ses disciples, ait le besoin de créer une institution, l’Église. Dans les autres religions monothéistes, il n’y a pas d’institution : ni dans le judaïsme, ni dans l’islam, il n’y a pas quelqu’un qui, comme dans l’Église catholique, porte, eh bien, une religion entière et est un point de ralliement.

Et je me suis dit : « Tiens, pourquoi est-ce que le Christ institue son Église ? Crée une Église ? » Il y a peut-être plusieurs raisons à ça. La première raison, c’est la question de la loi de l’Incarnation.

La loi de l’Incarnation

Il est vrai que, par rapport aux autres religions monothéistes, nous sommes les seuls à croire que Jésus est vraiment le Fils de Dieu, et Dieu en personne. Et donc, cette religion de l’Incarnation continue avec l’Église.

L’Église, c’est le Christ continué. Et on comprend bien que le fait d’instituer une Église, ça s’inscrit dans cette religion que Dieu a pris notre nature humaine. C’est bien ce que disait Jeanne d’Arc :

« M’est avis que le Christ et l’Église ne sont un. »

Et je dis ça parce que parfois, on sent qu’il y a parfois des personnes qui disent : « Je crois en Dieu, mais je crois pas à son Église », etc. Non, le Christ Lui-même, connaissant la fragilité, en particulier de l’apôtre Saint Pierre, a voulu fonder Son Église sur les apôtres, alors que beaucoup, à l’exception de Saint Jean, sont partis au moment de la Passion.

Mais aussi, ce passage que nous écoutons renvoie à la vie éternelle.

Le lien entre l’Incarnation et la Vie éternelle

Au fond, les actes que nous posons ici-bas retentissent dans l’éternité. Et ça a à voir aussi avec ce mystère de l’Incarnation. Le Seigneur a pris notre nature humaine pour que nous puissions accéder à nouveau à la vie éternelle, alors qu’après le péché originel, cette vie éternelle nous était bouchée.

Cela nous aide aussi à prendre conscience que les actes que nous posons ont une valeur bien plus forte que nous ne le pensons, et que cette vie éternelle éclaire aussi notre réalité humaine. Et à travers cette réalité humaine, c’est l’invitation à nous poser la question : « Où en sommes-nous de cette pensée de la vie éternelle, cette manifestation à travers le visible de l’Église, de l’invisible aussi qui nous attend ? »

Nous sommes avec un bon groupe de fiancés en train de méditer sur le sacrement de mariage, et le sacrement de mariage, c’est précisément ça. C’est le rôle des sacrements que de rendre visible l’invisible. Manifester l’invisible de l’alliance de Dieu avec l’homme, la rendre visible à travers l’amour d’un homme et d’une femme qui s’engagent pour toujours devant le Seigneur. C’est le sacrement qui rend visible tout cela.

Les sacrements comme révélateurs

Et donc nous avons cette mission aussi de d’actualiser d’une certaine manière la cette vie éternelle, de la rendre visible. Alors c’est quelque chose qui est parfois vertigineux parce qu’on se dit : « Mais cette vie éternelle, c’est dans la foi que j’y accède. Et puis qui suis-je pour rendre visible l’amour invisible de Dieu comme c’est le cas du sacrement de mariage ? »
C’est bien cela, et c’est parce que nous sommes la religion du vertige, parce que nous sommes la religion de l’Incarnation et que nous sommes la religion de la vie éternelle.

Vous voyez, il y a quelque chose de vertigineux dans la vie chrétienne. Tout, je veux dire tout est vertigineux : un peu de pain, un peu de vin sur l’autel, un peu d’eau versée sur le front d’un enfant, quelques paroles entre un homme et une femme au jour de leurs noces, et c’est le ciel qui s’ouvre ! C’est le ciel qui s’ouvre.

C’est notre foi. Nous n’avons que le visible pour accéder à l’invisible et le manifester à la fois. Donc ces deux réalités-là, je trouve sont intéressantes de dire : « Tiens, le Seigneur a choisi d’instituer son Église. Il a choisi ce mode-là de façon particulière. »
Et en même temps, Il a choisi Son Église pour la déplacer, de la pousser au voyage, d’une certaine manière, de la pousser à une autre manière de vivre.

Quelle est l’identité de Jésus ?

« Pour vous, qui suis-je ? »

Parce qu’à cette question de la révélation et l’institution de l’Église, la réponse est l’identité de Jésus. Et l’identité de Jésus n’est pas une identité figée. Parce que vous savez, tout de suite après ce passage-là de où Saint Pierre voilà, il dit :

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant »

Et Jésus lui répond :

« Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. »

Et, tout de suite après, il y a l’annonce de la Passion, et Saint Pierre qui dit :

« Non, cela ne se passera pas. Non, ce n’est pas possible, Seigneur ! »

Et Jésus répond alors :

« Passe derrière moi, Satan ! »

Donc à la fois tu es chargé de manifester l’invisible, et il y a quelque chose encore du démon en toi. Et cette réalité mixte, j’allais dire, dans l’Église, elle est aussi présente. Et on voit peut-être certains par rapport à des contre-témoignages s’éloignent du Seigneur. Donc je vous dis : le Seigneur nous invite d’une certaine manière à nous déplacer.
C’est l’identité de Jésus n’est pas une identité figée.

Et dans Saint Luc — là nous venons de lire Saint Mathieu —, mais dans Saint Luc, c’est tout de suite après qu’il entreprend son voyage à Jérusalem. Et tout de suite après aussi qu’il y a la manifestation de la Transfiguration après ce passage-là, hein, vraiment la divinité de Jésus qui se manifeste à travers la Transfiguration. Et ensuite, il nous conduit vers Jérusalem, il nous conduit à nous déplacer intérieurement.

Je dis ça parce que dans « identité », il y a le mot « identitaire ». Vous voyez, il y a parfois des crispations identitaires dans chaque religion, voir des partis politiques : « Être catholique c’est ceci, être juif, musulman »… Et je crois que c’est tout à fait contraire à la réalité de l’Évangile que nous venons d’entendre ce matin.
Bien sûr qu’il y a ce choix de l’institution, mais ce choix aussi de nous laisser interpeller, de dire : « qu’est-ce que nous avons encore à bouger, à changer dans notre manière de rendre visible l’invisible qui n’est pas encore actualisée ? Qu’est-ce que en quoi nous avons à nous convertir ? Qu’est-ce qu’il y a encore comme scories dans notre Église de cette réalité aussi qui s’oppose à Dieu, qu’est la réalité du démon ? »
Voilà qui Interrogeons-nous !

Et je dis que ça parce que il peut y avoir des à travers ces crispations qui nous amènent à dire : « Avant c’était mieux. » Vous voyez : « Avant c’était mieux, avant c’est c’était on était vraiment l’Église était carrée, c’était etc. etc. »
Est-ce que c’était vraiment mieux avant ? Je crois que c’est tout à fait faux.

En revanche, j’aime bien j’aime bien cette phrase de Saint Augustin :

« Soyez saints et les temps seront sains. Soyez bons et les temps seront bons. »

Tous les temps ont été compliqués ! La chute de l’Empire romain a été un séisme pour l’Église par exemple. Et ensuite il y a eu beaucoup d’autres étapes. Et c’est intéressant de toujours lire - une fois par an au moins - un livre de l’histoire de l’Église parce que justement ça permet de remettre en perspective, et de nous dire : « Tiens, est-ce qu’on a nous à nous laisser bousculer ? À nous laisser interpeller ? »

La tentation du pue et de l’impur sont toujours d’actualité

D’ailleurs, sortir du dialogue à travers ce ces crispations identitaires, le côté du « pur », vous voyez. Il faut les purs catholiques, les purs ceci, etc. Et ça, je crois que c’est pas bon, ce n’est pas comme le Seigneur le veut., parce que justement Jésus encourage en même temps Saint Pierre avec cette profession de foi qu’il fait et nous-mêmes aussi.

En effet, nous pouvons nous aussi nous poser la question : « Pour nous, qui est le Christ ? » Et la réponse varie selon les étapes de vie. Nous avons des fiancés dans cette assemblée qui pourraient sans doutes témoigner que leur lien avec le Seigneur est différent d’avant qu’ils étaient en couple. Et ce sera peut-être encore différent quand ils seront parents, et encore différent quand ils seront grand-parents…

Vous voyez, donc je trouve importante cette invitation à nous laisser bouger intérieurement par cette création d’institution qui pourrait éventuellement se rigidifier, parce qu’il y a eu des moments donnés où c’était plus raide qu’à d’autres moments, mais le Seigneur nous dit : « Non, acceptez de rentrer dans un déplacement un peu comme Abraham ».
Nous les savons, Abraham a commencé par quitter. Donc quittons nos certitudes, quittons nos notre manière d’agir qui et revisitions notre manière d’agir à l’aune de la vie éternelle :

  • Est-ce que nous sommes les uns et les autres encore dans le questionnement ?
  • Est-ce que nous nous remettons en cause dans nos pratiques ?
  • Comment est-ce qu’on peut encore à accueillir ceux qui sont aux marges ?

Accueillir avec bienveillance ceux qui s’approchent de l’Église

Ce qui est intéressant c’est ceux qui, à partir des marges de l’Église, interpellent l’Église. C’est ça qui est intéressant. C’est là où peut-être ils ont un regard que nous n’avons pas, nous qui sommes à l’intérieur de l’Église. Et singulièrement nous qui sommes consacré, on a des choses qu’on ne voit pas, et donc de se laisser interpeller par ceux qui sont aux marges et qui sont intéressés par la Foi.

Je pense par exemple aux catéchumènes. Il y a tout une levée de catéchumènes dans notre pays qui a surpris les pasteurs, les paroisses, etc., sont un peu débordés parce qu’ils ne savent pas quoi faire des catéchumènes, comment les accompagner. Et c’est vrai que quand on accompagne des catéchumènes, ils posent des questions qu’on ne se serait jamais posées, nous qui sommes - pour la grande majorité d’entre nous - dans l’Église catholique depuis notre berceau en tout cas, où il y a des choses qui nous paraissent évidentes.

Donc je pense que c’est intéressant cette à la fois cette institution et à la fois cette invitation au déplacement. C’est se laisser questionner comme le Christ qui questionne Saint Pierre. Voilà, « Éloigne-toi de moi, Satan » et à la fois Il le reconnaît, Il l’encourage :

« Ce n’est pas c’est mon Père qui t’a révélé et t’a permis de déclarer que je suis le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Alors, on va demander au Seigneur, nous-mêmes, de résister à cette tentation identitaire, à ces crispations, à ces intolérances, parce qu’avec ça, vient l’intolérance : « Celui qui ne pense pas comme moi, qui ne voit pas »…
Il y a plusieurs manières d’être catholique, ne serait-ce que parmi notre assemblée ici. Forcément, il y a plusieurs manières d’appartenir à l’Église, de rendre visible l’invisible. Evidemment, si on devait se passer un micro entre nous — rassurez-vous, je le ferai pas —, on pourrait poser la question : « Pour vous, qui est le Christ ? »

Faire de la transmission de la Foi une priorité

Mais en même temps – et c’est intéressant de le dire - ce qui est compliqué dans la transmission du catholicisme, c’est cette absence de parole. Il y a une absence de parole.
« Pour moi, qui est le Christ ? » : Est-ce que vous avez eu souvent l’occasion de dire à d’autres qui était le Seigneur pour vous ? Et cette absence de parole qui fait que, ensuite, il y a une transmission qui ne se fait pas…

Alors que c’est vrai que la transmission dans l’Église est compliquée parce qu’en fait, il s’agit de transmettre une expérience spirituelle. Il est certain que nous n’avons pas d’interdit alimentaire, ni d’obligation vestimentaire… On fait tout comme tout le monde. Si ce n’est que, de l’intérieur, on vit les choses autrement.

Dans le judaïsme, dans l’islam, vous avez plusieurs commandements, et il y a beaucoup de choses à faire, il y a le pur et l’impur, etc., qui permet de distinguer « nous ne sommes pas comme les autres ».
C’est le rôle du pur et de l’impur, que le Christ a fait imploser. C’est pour ça que parfois la rencontre avec d’autres convictions religieuses nous choque, nous surprend, parce qu’on n’est pas du tout habitués à ça. Comme nous n’avons pas d’interdit alimentaire, nous mangeons à la table de tous. Et nous n’avons pas d’obligation vestimentaire non plus, etc.

Donc, je trouve que c’est intéressant de nous laisser questionner et de voir encore quels seraient encore nos raidissements, quels seraient ces points où nous ne suivons pas le Seigneur dans cette route vers Jérusalem, comme Il le manifeste dans Saint Luc.
Et nous, puissions- nous aussi nous interroger. Et demandons au Seigneur que nous soyons, les uns et les autres, à notre manière, témoins de l’invisible,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 22,19-23.
  • Psaume 138(137),1-2a.2bc-3.6.8bc.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 11,33-36.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 11,33-36 :

En ce temps-là, Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples :
— « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
Ils répondirent :
— « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur demanda :
— « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Alors Simon-Pierre prit la parole et dit :
— « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit :
— « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »

Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ.