Homélie du 24e dimanche du Temps Ordinaire

28 septembre 2017

« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois »

Écouter l’homélie

Texte de l’homélie :

En chemin entre la Galilée et Jérusalem, Jésus prépare ses disciples à vivre l’Evangile, et à le vivre pleinement. Il va devoir faire face à toutes sortes de difficultés chez Ses disciples, chez les Judéens aussi, eux qui attendent tous un messie qui va tout rétablir, un peu comme nous rêvons tous d’ailleurs : le grand homme qui va faire la justice et remettre les choses dans l’ordre…
Mais voici que, pour nous faire rentrer dans la profondeur de notre être, Jésus va parler du pardon. Et nous sommes bien là au cœur du nœud de notre vie chrétienne lorsque nous marchons à Sa suite. Il nous invite à regarder notre cœur ce matin, notre capacité de pardon. Il nous amène à vérifier où nous en sommes de la réception de l’Evangile et de notre transformation. Car, si nous pensons tous bien qu’il faut pardonner pour pouvoir avancer, en général, nous mettons tous une mesure : il y a des choses pardonnables – les petites choses – et un jour, il y a des choses trop grave que l’on ne peut pas pardonner.
C’est le propos très généreux de Pierre, qui demande s’il faut pardonner jusqu’à 7 fois…
Mais, que se passe lorsque nous mettons une limite, comme Pierre ? au moment où l’on ne peut plus pardonner, nous nous positionnons comme justes, et l’autre comme injuste. Or, Jésus, dans le dépouillement qu’Il fait de Lui-même quand il avance jusqu’à la Croix, il se vient se charger et jamais Il ne cherche à rétablir le monde comme un roi de la Terre. Toujours revient cette profonde humilité jusqu’à ce rien, car Dieu donne tout : le Père est celui qui se donne tout entier, et pour le faire, Il ne peut pas se mettre au-dessus des autres.

Nous disons qu’il y a des choses impardonnables. Pourtant, la chose la plus impardonnable n’est-elle pas le meurtre, le procès et la condamnation du Fils de Dieu qui nous est envoyé, de Celui qui est doux est humble de cœur, et pourtant, Lui, Il pardonne.

Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font…

C’est un peu ce que l’on a dans la première lecture : il faut être indulgent pour qui ne sait pas.
Cette première lecture nous aide aussi beaucoup car elle nous invite à scruter notre cœur : qu’est-ce qui habite mon cœur. La rancune et la colère ne mènent nulle part, le pécheur est passé maître en la matière.

Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur.

Cela nous rappelle ces paroles de la Genèse au chapitre 9, lorsque le Seigneur parle à Noé :

Celui qui verse le sang, son sang sera versé par l’homme.

Ce que Jésus reprend quand on veut le défendre :

Celui qui prend l’épée périra par l’épée.

Par la suite, voici ce conseil :

Pardonne à ton prochain le tord qu’il t’a fait. Alors, par ta prière, tes péchés seront remis.

Comment puis-je demander la guérison si je nourris la colère ? Si je n’ai pas de pitié, comment puis-je demander pour moi-même le pardon de mes péchés ?
C’est bien là l’enseignement de toute l’Ecriture : souvenez-vous de l’Epître aux Romains qui vient nous montrer notre radicale impuissance, notre état de pécheur. L’Ancien Testament que nous ne comprenons pas toujours peut se lire avec cette clef : Dieu fait alliance avec Son peuple qui avance au fur et à mesure, avec des difficultés à tenir dans Son amour. Non pas de vivre à partir de nos impressions, de nos blessures, et donc à partir du mal, mais de vivre à partir de cette source que le Seigneur a mis dans notre cœur.
Car la vie chrétienne, c’est cette source divine qui a été mise dans notre cœur, et notre cœur devient lui-même une source. Et notre travail, notre chemin, c’est que cette source devienne un grand fleuve, que la petite semence devienne un grand arbre, et que je ne sois plus captif du mal en répondant au mal par le mal, en me laissant captiver par lui, en étant dans la rancune et la colère, mais plutôt de voir par delà.

Nous avons médité là-dessus pendant toute l’année de la miséricorde, et le dimanche d’aujourd’hui nous donne la possibilité de faire le point sur comment nous avons pu progresser dans la miséricorde pendant cette année, comment nous avons pu en profiter.
Bien sur, la miséricorde n’est pas opposée à la justice. Et c’est tout l’art savant d’être à la fois juste et miséricordieux. Le pardon n’est pas oublier, dire que ce n’est pas grave : si nous avons reçu une blessure, nous allons garder une cicatrice – même si les chirurgiens sont capables de faire des opérations pour faire disparaître les blessures, ce que l’on appelle la guérison de la mémoire, qui ne peut cependant pas s’appliquer à toutes les blessures – et nous les portons, et il faut faire un travail intérieur à la fois psychologique et spirituel parce que nous avons bien souvent le désir de pardonner.
Il nous faut commencer avec ce désir et avec la prière. Pardonner n’est pas un commandement. Comme l’explique le livre de Ben Sirac le Sage, il ne suffit pas que l’on nous dise « Pardonne » pour que y parvenions. Il faut que nous nous mettions en chemin. C’est une chemin de perte, de deuil, et de vérité sur lequel nous avançons avec la grâce du Seigneur. Comme Jésus le dit dans ces chapitres en réponse à toutes les questions qu’on Lui pose :

Pour l’homme, c’est impossible. Mais pour Dieu, tout est possible !

Quand nous ne savons pas pardonner, demandons à Jésus de venir dans notre cœur et de pardonner. Mais, tout revient de là où nous nous situons. Et Jésus nous apprend toujours à Le suivre et à prendre la dernière place. Il dit, moi je ne juge pas, je ne condamne pas, mais j’appelle à la vie.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas réagir devant le mal. On sait bien que si nous vivons dans des relations toxiques, il faut s’en séparer, avancer, car on ne peut pas continuer et supporter le mal à l’infini : ce n’est pas notre vocation. Notre vocation est d’être des combattants de la paix qui, grâce à leur prière, à leur bonté et à leur intelligence du cœur de l’homme vont être capables de transformer ce monde petit à petit. On le voit chez les prophètes de la paix : c’est un chemin long, difficile et exigent. Mais c’est un chemin qui nous permet de vivre libres.

Descendons dans notre cœur et regardons où il garde rancune, colère, et demandons au Seigneur – tout en faisant le vérité – de pouvoir trouver la source de notre vie dans le cœur de Jésus qui pardonne. Regardez dans la vie de Jésus, ce pardon qui coule de Sa vie. Souvenez-vous du paralytique qu’on apporte par le toit de la maison qui était comble, quatre hommes le portent et le font descendre, ces mots jaillissent du cœur de Jésus :

Tes péchés sont pardonnés !

On se demande alors pourquoi Jésus, ainsi pris de compassion, ne commence pas par le guérir, mais, ce qui est important, c’est de la libérer du fardeau de son péché.
Nous qui avons des fardeaux de rancune, de morceaux de nos histoires personnelles, familiales, communautaires, au travail, de société, demandons au Seigneur de mettre notre cœur en harmonie avec Son amour, avec cette source pour qu’elle devienne un grand fleuve !

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Ecclésiastique 27,30.28,1-7.
  • Psaume 103(102),1-2.3-4.9-10.11-12.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 14,7-9.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,21-35.

En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander :
« Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »
Jésus lui répondit :
« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.

Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).
Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette.
Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.”
Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.
Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : “Rembourse ta dette !”
Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai.”
Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.
Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.
Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : “Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié.
Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?”
Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.
C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »