Texte de l’homélie
Frères et sœurs bien-aimés, les lectures de ce jour prennent l’image de la vigne pour nous parler du peuple de Dieu et de chacun d’entre nous. On pourrait dire qu’il y a trois actes :
- Dieu qui plante et prend soin de sa vigne ; l’amour attentionné de Dieu pour son peuple
- La vigne ou les vignerons qui ne correspondent pas aux attentes de Dieu ; la non-correspondance à l’amour de Dieu
- L’évangile ajoute un troisième acte : Dieu ne peut pas se résoudre à cela. Il y a un retournement de situation. L’amour de Dieu a le dernier mot. Si son plan A ne fonctionne pas, Dieu sait trouver un plan B. La mauvaise volonté de l’homme est comme encadrée par l’amour de Dieu car Dieu veut sauver tous les hommes. C’est l’entêtement – si je puis dire – de Dieu pour sauver son peuple.
Premier acte : le propriétaire aime sa vigne et fait preuve de patience
Dans cette première partie, nous pouvons remarquer combien Dieu aime Son peuple et exerce la patience envers lui :
« Le maître planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. »
Nous voyons tous les soins qu’il déploie de façon à ce que Sa vigne vive et se développe. Nous pouvons y lire les multiples prévenances de Dieu à notre égard, toutes les aides qu’Il nous offre pour aller vers le Ciel.
Dieu aurait-il pris tant soin de cette vigne si elle ne comptait pas pour Lui ?
Si nous nous laissons faire, et pour reprendre les mots de Saint Augustin :
« Dieu nous cultive comme un champ pour nous rendre meilleurs. » (Saint Augustin, Sermon 87, 1, 2 : PL 38, 531)
La patience est une grande expression de l’amour. droite
L’amour de Dieu ne se limite pas à l’investissement du départ. Il accompagne chacun avec patience.
Dans cette parabole, nous sommes frappés par Sa patience à l’égard des vignerons. Dieu laisse le temps au temps. Il fait confiance. Il est dans le temps long. Il laisse le temps de grandir.
Dieu a de la patience. Il veut toujours croire qu’ils lui remettront le produit de la vigne. La patience est une grande expression de l’amour.
C’est certainement une première chose qui doit nous émerveiller et susciter notre gratitude. Il nous est bon de nous arrêter de temps à autre pour prendre conscience des bienfaits dont Dieu nous a comblés : Il nous a donné la vie. À chacun Il a donné un certain nombre de talents. Il ne S’est pas limité à nous donner la vie humaine mais Sa propre vie par le baptême.
Il nous donne Sa Parole pour éclairer notre route.
Comme le dit la lecture de saint Paul, c’est la conscience de cet amour de Dieu qui nous rend sereins et confiants :
« Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes.
Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus. »
Deuxième acte : l’homme ne correspond pas à l’amour et à la confiance de Dieu à son égard
Dans cette partie nous constatons que les vignerons ne veulent pas donner au propriétaire le fruit de la vigne.
Le livre d’Isaïe en écho
Dans la première lecture, nous voyons les fruits que Dieu attendait de l’homme : le droit et la justice. Hélas ce n’est pas ce qui arrive. Le mauvais raisin - c’est ce qu’il appelle l’iniquité - et les cris de détresse. C’est la recherche égoïste de l’argent et de la propriété.
On pourrait dire que le talent fondamental que Dieu nous donne, c’est notre cœur. Nous sommes faits à l’image de Dieu, c’est-à-dire que nous sommes faits pour aimer.
Voilà comment le curé d’Ars parle des personnes qui sont en enfer :
« Cette pauvre âme, elle a perdu le pouvoir d’aimer qu’elle avait reçu et dont elle n’a pas su se servir. Son cœur est desséché comme la grappe quand elle a passé sous le pressoir. Plus de bonheur dans cette âme, plus de paix parce qu’il n’y a plus d’amour ! »
Saint Paul nous parle aussi des fruits de l’Esprit :
« Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. » (Ga 5)
Ils viennent en contraste avec les fruits de la chair :
« Inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. » (Ga 5)
Le nouveau testament comme une confirmation
La deuxième lecture va dans ce sens :
« Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte. »
L’Évangile nous parle davantage des pharisiens qui détournent la gloire qui revient à Dieu par leur amour des titres de maître, père, par leur désir des premières places dans les synagogues et les salutations sur les places publiques (Lc 11, 43 ; cf. Mt 23).
Les vignerons s’occupent davantage de leurs intérêts personnels que des intérêts de Dieu et de ceux qui leurs sont confiés. Ils ne sont pas du tout désintéressés.
Ce n’est pas propre aux pharisiens car, comme le dit saint Paul au début de l’épître aux Romains à propos des païens :
« Ils ne lui ont pas rendu la gloire et l’action de grâce que l’on doit à Dieu. » (Rm 1, 21)
Il y a une forme d’orgueil, comme le décrit le Curé d’Ars :
« Lorsque nous péchons par orgueil (…) nous disons au Bon Dieu que nous sommes indépendants de toutes choses. »
L’homme a l’impression que Dieu est un concurrent, que Dieu va lui enlever quelque chose. Il a alors la tentation de l’indépendance : n’avoir de comptes à rendre à personne, sans réaliser que cette indépendance le rendra malheureux. L’une des plus grandes souffrances aujourd’hui n’est-elle pas la solitude ? Or ce que Dieu désire, c’est que nous soyons en communion avec lui et cette communion passe par le fait de reconnaître notre dépendance à son égard.
Troisième acte : Le retournement
Dans la dernière partie de l’évangile, on constate que Dieu ne Se laisse pas vaincre en amour.
Dieu est déterminé à nous sauver ; il fait tout pour cela…
Une parabole n’est jamais un verdict, mais un appel à la conversion. Le souhait constant de Jésus est de sauver les hommes, non de les condamner. D’ailleurs l’annonce la plus importante ce n’est pas que le Royaume leur soit enlevé : ce qui compte c’est que, malgré les obstacles dressés par les hommes, le Royaume produise son fruit.
Il y a une différence essentielle entre le passage d’Isaïe et celui de saint Matthieu : le passage d’Isaïe se termine sur la menace de Dieu d’abandonner purement et simplement sa vigne. Le passage de saint Matthieu s’achève dans une grande espérance :
« N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : “La pierre angulaire qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux !” »
Dieu est un habitué de ces renversements de situation. Déjà, au livre de la Genèse, les fils de Jacob avaient dit à propos de leur frère Joseph « voilà le Bien-Aimé, tuons-le »… ils n’imaginaient pas que celui qu’ils voulaient supprimer était celui qui allait les sauver, eux et tout le peuple (Gn 37, 20).
D’une certaine manière, Jésus annonce ici Sa résurrection. En effet, cette citation du psaume 117 (versets 22-23) est souvent reprise dans le Nouveau Testament pour évoquer la résurrection qui succède à la mort de Jésus : Ac 4, 11 ; 1 P 2, 7.
Si en Isaïe, la cause paraît désespérée, ce n’est pas le cas dans l’Evangile.
Les paroles de Jésus contiennent une promesse : la vigne ne sera pas détruite. Dieu tient trop à Son peuple, à Sa vigne, pour l’abandonner si Ses vignerons (qui peuvent être certains membres de la hiérarchie de l’Eglise) ne sont pas à la hauteur. Il trouve une autre solution pour sauver Sa vigne.
Si les canaux de Sa grâce sont bouchés, Il ouvre d’autres canaux pour communiquer Son amour. En effet, Son amour est débordant : Alors qu’Il abandonne à leur destin les vignerons infidèles, le maître ne Se détache pas de Sa vigne et la confie à d’autres serviteurs fidèles.
Cependant, l’enfer existe car Dieu nous laisse libres…
L’enfer est une réalité, même si Dieu veut nous l’éviter à tout prix. L’endurcissement du cœur revient à de multiples reprises dans la Parole de Dieu. Avant cet endurcissement des pharisiens, il y a celui de pharaon. Peut-être connaissons-nous aussi des personnes qui s’enfoncent toujours plus dans une auto-justification et un endurcissement. Il y a un véritable enjeu dans notre vie : tout n’est pas gagné d’avance.
L’endurcissement ne se fait pas en un jour : beaucoup de feux rouges sont brûlés auparavant.
Conclusion :
Demandons à Marie de nous aider à véritablement accueillir l’amour immense de Dieu pour chacun de nous. Demandons Lui également la grâce de correspondre à cet amour.
C’est alors que nous vivrons du bonheur de la communion avec Dieu, d’un amour qui circule entre Dieu et nous,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre d’Isaïe 5,1-7.
- Psaume 80(79),9.12.13-14.15-16a.19-20.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 4,6-9.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21,33-43 :
En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
« Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage.
Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième.
De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon.
Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.” Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !”
Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »
On lui répond :
— « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit :
— « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : ‘La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux !’
Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »