Homélie du 3e dimanche de Pâques

17 avril 2018

« Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. »

Écouter l’homélie

Le Père Alexandre Hurand est prêtre du diocèse de Beauvais.

Texte de l’homélie :

Nous voici au troisième dimanche de Pâques. Comme nous le savons bien, Jésus est ressuscité, on le chante à la messe tous les jours maintenant : Il était mort, Il est vivant !
Mais ce matin, je voulais plutôt m’arrêter sur la figure des apôtres qui vivent ces événements : les onze hommes qui sont là ne sont pas des caméras neutres qui filment l’événement. Ils ont leur ressenti, leur cœur et ce qu’il s’est passé en eux, cette transformation extraordinaire, même s’ils ne sont pas eux-mêmes morts et ressuscités cette fois-là.
Imaginons les onze et les quelques apôtres qui reviennent d’Emmaüs après le vendredi saint, qui subissent mort, échec, enfermement, perte du sens. Probablement regrettent-ils d’avoir cru que Jésus pouvait être le Messie, d’avoir « misé » sur lui. Pourtant, ils étaient connus et suivaient quelqu’un bien en vue, et ils risquent maintenant de se faire arrêter comme lui : Pierre a renié, Judas a trahi, et à présent, c’est la catastrophe, tout s’est effondré.

Il ne faut pas balayer trop vite cet effondrement, comme si, en vivant notre vie habituelle pendant 48 heures, avec nos distractions habituelles, nous ne nous étonnerions à peine que Jésus soit revenu vivant… Non, ce n’était pas si simple, et on peut imaginer que l’estime d’eux-mêmes devait être très basse. Pauvre Jésus et eux, que vont-il devenir, sur quoi vont-ils s’appuyer maintenant ?

Jésus apporte la paix et la joie

Ils sont ainsi dans cet état de choc. Et soudain, Jésus arrive, Il est là. Après l’épisode d’Emmaüs, Jésus se rend présent parmi eux. Et les choses vont se transformer, à commencer par ces mots qu’Il prononce : la paix, la joie et à l’inverse : être bouleversé, la frayeur, la crainte, ne pas croire… Jésus va apporter la paix : « La paix soit avec vous » et la joie : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire ». Quelque chose du sentiment du cœur qui va faire un premier chemin. Le cœur se réveille tout d’un coup, la lumière est là. Cette obscurité, cette souffrance, ce goût de cendre disparaissent. Jésus fait quelque chose rien que par sa présence, sans rien faire. Ainsi, la paix et la joie reviennent, avec Ses paroles seulement.

Mais, c’est un combat : ce n’est pas automatique, puisque, remplis de joie, ils n’osent pas encore y croire… ce sentiment est là, mais il faut qu’il grandisse.

Il est là, Il se rend présent

Voyons aussi que Jésus se rend présent. Ce constat qu’il « traverse » les murs est étonnant : il est là alors que les portes sont fermées…
Au moment où Il n’est plus là, les disciples d’Emmaüs se rendent soudain compte que leur cœur était brûlant en Sa présence.

Hier, nous parlions de solitude, de la solitude irrémédiable de tout être humain, et en même temps, avec Dieu, avec le Christ, il y a cette présence à côté de nous, même si on ne la voit pas et que parfois nous ne la ressentons pas.
Jésus apporte la paix et la joie et Il se rend présent. Et, autant qu’on le sache, Jésus ne va pas faire de grand discours, mais va se contenter de choses très simples.

« C’est moi, regardez, touchez, donnez-moi quelque chose à manger… »

Et il mange avec eux.
Le contact physique, la rencontre, le fait de manger, les choses les plus simples de toute vie humaine. Ainsi, ce que Dieu nous donne n’est pas forcément d’une mystique extraordinaire et lointaine : cela passe souvent par les choses les plus simples de notre vie, par notre quotidien.
Vous souvenez-vous du texte des Béatitudes ? C’est un très bon texte pour des obsèques : Jésus ne dit pas « heureux les riches, heureuses les stars, et ceux qui réussissent tout ! ». Non, il dit : « Heureux les simples, heureux les pauvres, heureux ceux qui font la paix ».
Et on aurait envie d’ajouter : « heureux ceux qui trouvent leur part de bonheur là où ils sont, dans ce qu’ils sont à vivre, même les choses les plus simples et les plus concrètes… »
Et c’est là que le bonheur nous est donné, que la promesse nous est faites. Non pas dans des rêves inaccessibles, mais dans ce qui est quotidien.

Jésus vient nous apporter cette paix et cette joie dans le repas, la rencontre, et dans ce que nous vivons chaque jour.
Puis, Jésus donne encore deux choses : Il redonne le sens à ces événements.

Jésus donne du sens à ces événements

« Tout ce qui avait été écrit à mon sujet doit s’accomplir, et c’est qu’il se passe. »

Il l’a aussi fait avant avec les disciples d’Emmaüs : le sens. On comprend ce qu’il se passe, tout s’éclaire. Pourquoi ceci, pourquoi cela. Ce n’est pas un hasard insensé qui produit des événements sans queue ni tête, mais notre vie a un sens, elle va vers quelque part, et ce qu’Il a vécu a un sens.
On peut alors faire ce que les disciples d’Emmaüs faisaient spontanément avec les onze : on peut relire notre vie, et voir comment Il se rendait présent, comment Il était là.

Et cette transformation prendra du temps. Il faudra attendre l’Esprit-Saint à la Pentecôte, pour que les disciples sortent de leur coquille – du Cénacle – et qu’ils aillent parler.

Vous avez entendu les deux autres lectures : un morceau d’un discours de Pierre, et des paroles de Jean. Et la manière dont ils parlent s’éclaire différemment : cette transformation qu’ils ont vécue, dont ils sont témoins, et ils peuvent l’apporter aux autres. Bien sûr, si je parle d’eux, je pense à nous autres qui sommes là. Peut-être avons-nous rencontré le Christ, peut-être qu’Il nous a aidés. Et probablement pour pouvoir dire comme Saint Pierre que :

« C’est en Son nom que nous sommes sauvés !
Tournez-vous vers Dieu. »
« Vous avez renié Le Saint et Le Juste, Le Prince de la Vie »
« Le défenseur devant le Père, Jésus-Christ le Juste. »

Ils ont pu le dire car ils ont tous les deux vécu cette souffrance et cet abandon, ils ont vécu me fait de se sentir perdus.
Je me souviens de cette phrase de Madeleine Delbrêl, une grande dame du XXe siècle qui sera – je l’espère – canonisée une jour, et je l’ai retenue pour toujours dans mon cœur :

« Il faut se savoir perdu pour vouloir être sauvé. »

Pierre, Jean et les autres se sont su complètement perdus, égarés, désemparés. Et ils ont accueilli ce que Jésus pouvait donner, et ils peuvent en témoigner.

Dans ce temps de Pâques, nous célébrons la joie du Christ, mais nous devons nous rappeler que nous passons nous aussi par cette mort et cette résurrection, que nous devons aussi accueillir cette transformation, même si tout va bien dans notre vie (pas besoin de passer par des gros malheurs).
Nous avons tous ce passage à faire : ce n’est pas parce que tout va bien que nous sommes sauvés. Nous sommes tous perdus d’une manière ou d’une autre, et nous avons tous besoin de rencontrer Celui qui vient ouvrir nos cœurs, celui qui vient se montrer et nous donner la paix, la joie, la vie, la capacité de relire et de comprendre, et bien sûr d’en témoigner, et de Le donner aux autres.

Alors, je termine en disant un mot sur les discours de Pierre. Si vous regardez dans les Actes des apôtres, Pierre prend cinq fois la parole (avant que Luc ne s’intéresse à Paul).
Pierre parle deux fois à la foule, deux fois aux chefs des grands prêtres et une fois au Centurion Corneille.

  • Devant le foule, c’est un grand succès : on compte 3000 puis 5000 conversions d’un coup, c’est extraordinaire, car ce sont des gens qui avaient soif.
  • Pour ce qui est des grands prêtres, rien, sauf des coups de fouets et la porte : le message n’est pas reçu. Ce sont des gens qui savaient tout et avaient tout.
  • Puis, Corneille et sa famille : pour eux qui avaient peut-être encore plus soif que la foule des juifs, puisqu’ils n’étaient pas juifs eux-même et désiraient s’approcher du Dieu Saint, du Dieu unique, c’est encore mieux car Pierre n’a même pas le temps de faire son discours que déjà l’Esprit Saint tombe sur eux.

Voilà peut-être ce que nous pouvons vivre, pour nous, et pour ceux que nous rencontrons : que le Seigneur se révèle à nous tous, et à notre monde qui a tant besoin d’être sauvé,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 3,13-15.17-19.
  • Psaume 4,2.4.7.9.
  • Première lettre de saint Jean 2,1-5a.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 24,35-48 :

En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit :
— « La paix soit avec vous ! »
Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit :
— « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement.
Jésus leur dit :
— « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux.
Puis il leur déclara :
— « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.
Il leur dit :
— « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.
À vous d’en être les témoins. »