Homélie du 4e dimanche du temps ordinaire

29 janvier 2018

« Il enseignait en homme qui a autorité »

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Dommage !
L’équipe de France de hand a perdu sa demi-finale il y a deux jours contre l’Espagne. Pourtant ils étaient annoncés comme les favoris. Mais ils étaient sans doute un peu trop sûrs d’eux-mêmes et se sont laissés surprendre.

Comme cela fût le cas pour la première guerre mondiale, il y a une manière un peu naïve de partir en guerre, la fleur au fusil, sans se rendre compte de la puissance de l’adversaire.

C’est hélas aussi ce qui peut arriver dans notre vie chrétienne : il y a une certaine naïveté qui fait de nous des proies faciles.
L’évangile de ce jour est un appel à sortir de cette fausse naïveté.

Ce matin, je voudrais voir avec vous 3 domaines où nous sommes appelés à combattre si nous voulons remporter la victoire : il y a bien sûr un niveau purement humain ; il y a aussi un domaine personnel où nous sommes confrontés au péché ; et il y a aussi le domaine du démon.

Combat à un niveau humain, naturel

A ce niveau, il y a un beau combat à mener pour faire reculer le mal autant que c’est possible. Nous ne pouvons que saluer de nombreux progrès au niveau de la santé, …
Il ne faut pas trop vite spiritualiser nos combats. Le Seigneur nous a donné une intelligence et il nous appelle à la mettre en œuvre pour progresser. Nous devons mener ce combat à un niveau très humain. Cela demande des efforts.

Pour vous, les jeunes couples, les dernières décennies vous ont offert de nombreux outils très intéressants par exemple pour progresser dans le dialogue mutuel, pour résoudre les conflits, pour faire preuve de plus de pédagogie dans l’éducation de vos enfants, …

Mais en même temps, c’est une illusion que de penser que les structures, les bons procédés, … vont nous sauver. Que nous le voulions ou non, la souffrance fera toujours partie de notre vie.

« Oui, nous devons tout faire pour surmonter la souffrance, mais l’éliminer complètement du monde n’est pas dans nos possibilités – simplement parce que nous ne pouvons pas nous extraire de notre finitude et parce qu’aucun de nous n’est en mesure d’éliminer le pouvoir du mal, de la faute, qui – nous le voyons – est continuellement source de souffrance. »
(Benoît XVI, Spe salvi n°36)

Il est important d’être un peu plus au clair sur ce que nous attendons de Jésus. Si nous attendons qu’il nous évite la souffrance, nous risquons d’être déçus. Jésus n’est pas un coach qui nous aide à déployer au mieux nos qualités humaines. Il n’est pas venu pour faire du développement personnel. Il n’est pas venu pour servir notre ego. Il nous apprend à ne pas être centrés sur nous-mêmes, à construire la cité de Dieu plutôt que celle des hommes. Ce qu’il annonce dans l’évangile, c’est le règne de Dieu, pas celui de l’homme.

Combat à un niveau moral et spirituel

Le mal n’est pas seulement à l’extérieur de nous. Il est aussi en nous. Atteints par le péché originel,, nous faisons tous l’expérience de ce que décrit si bien saint Paul :

« Je ne fais pas le bien que je voudrais faire et je fais le mal que je ne voudrais pas faire. »

Le péché originel n’est pas une vue de l’esprit mais a des conséquences très concrètes dans notre vie. Il n’y a pas que le péché originel mais aussi nos habitudes mauvaises qui ne sont pas si faciles à éradiquer.

Une sorte de naïveté sous-estime la présence du péché dans notre cœur. L’amour vrai ne sera jamais quelque chose de spontané mais se heurtera tôt ou tard à notre égoïsme. Surmonter les difficultés et les souffrances ne va pas de soi. Il y a en nous de véritables résistances à la Parole, au règne de Dieu sur nous. Chacun de nous doit conquérir sa liberté pour faire le bien et non pas pour se laisser aller à toutes ses convoitises.

Combat contre le démon

Nous ne sommes pas le curé d’Ars. Nous n’aurons vraisemblablement pas la même confrontation avec le démon. Pourtant, il faut avoir conscience que le démon – que la Parole de Dieu appelle l’ennemi du genre humain – ne regarde pas d’un bon œil une famille, une communauté ou une paroisse où l’on s’aime. Il s’emploie à mettre sur notre chemin des peaux de bananes pour nous faire tomber. Il est jaloux par excellence. Bien entendu, il ne s’agit pas de voir le démon partout : cela nous exempterait de notre responsabilité personnelle. Or nous avons aussi notre liberté que nous n’utilisons pas toujours à bon escient.

Certains esprits forts réduisent le démon à quelque chose de symbolique qui se passe dans notre tête. Comme on peut encore l’entendre : « Nous avons créé des figures symboliques, comme le diable, pour exprimer le mal » (Arturo Sosa, nouveau supérieur général des jésuites).

Pourtant l’évangile de ce jour – et beaucoup d’autres passages de l’évangile et de la Bible – sont assez clairs : le démon n’est pas une abstraction mais bien un être personnel. Saint Pierre qui parle du « Diable cherchant qui dévorer » (1 P 5, 8), et saint Paul affirme que « nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes de ce monde de ténèbres. » (Ep 6, 12)

Le pape François lançait le 30 octobre 2014 : "À cette génération, et tant d’autres, on a fait croire que le diable est un mythe, une image, une idée, l’idée du mal. Mais le diable existe et nous devons lutter contre lui. C’est ce que dit Saint-Paul, ce n’est pas moi qui le dis ! La parole de Dieu le dit. Mais pourtant, nous n’en sommes pas vraiment convaincus." (Paul VI, Audience générale du 15 novembre 1972) D’ailleurs bien des exorcistes peuvent attester que le démon n’est pas une fiction !

Aujourd’hui, pourtant, dans de nombreux secteurs de la chrétienté, on ne parle plus de Satan. On ne combat plus que « contre la chair et le sang », c’est à-dire contre les maux à la portée de l’homme, tels que l’injustice sociale, la violence, les défauts personnels. A l’encontre de ces maux à l’échelle humaine, il suffit d’un salut qui soit, lui aussi, aux dimensions de l’homme, d’un salut réalisable grâce au progrès et à l’effort humains ; en d’autres termes, il n’est pas besoin du salut chrétien, qui vient du dehors de l’histoire.
L’inventeur de la démythisation a écrit : « On ne peut utiliser la lumière électrique et la radio, recourir, en cas de maladie, à des moyens médicaux et cliniques, et, en même temps, croire au monde des esprits » (R. Bultmann).

Un exorciste (Padre Sante Babolin) témoignait qu’il avait constaté que le démon ne supporte pas les époux qui s’aiment. En effet, dans le sacrement du mariage, l’amour humain devient amour divin, de telle sorte que, d’une manière réelle et particulière, les époux, consacrés par le sacrement du mariage, réalisent ce que dit l’Ecriture sainte : “Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui.”

Ceci dit, on ne croit pas au démon comme on croit en Jésus. Il n’y a qu’un seul Dieu, qui est un Dieu bon. Satan n’est qu’une créature, une créature puissance mais une créature.

Dans l’évangile de ce jour, nous voyons combien la présence de Jésus dérange le démon. Il peut dire de Jésus qu’il est le saint de Dieu car cette sainteté de Jésus qui brûle et dérange. En revanche, il est incapable de lui dire : "Seigneur", car ce serait reconnaître la domination de Jésus, ce à quoi le démon se refuse.
À l’inverse du démon, nous sommes invités à nous mettre sous la seigneurie du Christ, à le reconnaître comme notre Seigneur, à accepter de dépendre de lui.

L’évangile de ce jour est un appel à sortir d’une mauvaise naïveté qui sous-estimerait le combat que nous sommes appelés à mener. Mais ce n’est pas pour nous faire peur ; c’est pour nous encourager à prendre les armes qui nous sont offertes pour ce combat : la prière, le recours à la Parole de Dieu et aux sacrements, le pardon et l’humilité, une discipline de vie, …

Le Christ est vainqueur. Sa victoire peut être aussi la nôtre dans la mesure où nous acceptons qu’il règne sur nous.

« Que rien ne te trouble, Que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, La patience obtient tout ; Celui qui possède Dieu Ne manque de rien : Dieu seul suffit. » (Thérèse d’Avila)

Tournons-nous vers la Vierge que le démon n’a jamais pu atteindre. Marie construit son empire par l’amour et la tendresse, et non par la terreur.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre du Deutéronome 18,15-20.
  • Psaume 95(94),1-2.6-7abc.7d-9.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 7,32-35.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1,21-28 :

Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait.
On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.
Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier :
« Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. »
Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. »
L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui.
Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. »
Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée.