Homélie du 5e dimanche de Pâques

20 mai 2019

« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.
À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »

Écouter l’homélie

Texte de l’homélie :

Depuis hier, avec les 90 participants du Forum Jeunes Pros, nous parlons de l’ambition.

Qu’est-ce donc que l’ambition ?

Il y a le côté positif avec le désir de réussir, d’être heureux, de réaliser ce que Dieu souhaite pour nous. Il y a aussi l’aspect un peu ambigu que l’on connaît bien, lorsqu’il s’agit de prendre le pouvoir et d’être prêt à écraser les autres pour cela.

En proclamant l’évangile, j’ai essayé d’appuyer sur le verbe « glorifié » que Jésus emploie les cinq fois de suite à son sujet. Être glorifié signifie recevoir la gloire.
C’est une ambition de se dire qu’un jour, on sera quelqu’un d’important, de puissant, en prenant exemple sur des personnalités connues. J’aurai alors la gloire avec moi.
Cela peut-être aussi une ambition à travers quelqu’un, comme un parent qui souhaite que son enfant devienne quelqu’un de très important…

De fait, Jésus parle de la gloire. Et c’est bien cela que l’on fête à la fin de l’année liturgique : le Christ, Roi de l’Univers ! Dans beaucoup d’œuvres, on voit le Christ en gloire, et tout le monde, toute l’histoire sont à Ses pieds. Je pense en particulier à la mosaïque de la basilique de Montmartre : voilà quelque chose d’impressionnant !

Mais on le sait, l’ambition du Christ d’être glorifié n’est pas la même : quelle est cette gloire qui passe par la Croix ? De quelle élévation parle-t-il lorqu’Il dit que le fils de l’homme doit être élevé : élévation pour la gloire, mais élévation sur la Croix.
Pour le Christ, la gloire et l’ambition passent à la fois par la recherche de quelque chose de très haut, mais pas forcément à vue humaine. Il nous donne ainsi très vite la clef : il s’agit du commandement d’amour.
Pour Jésus, l’ambition et la gloire passent par l’amour, un amour comme Il l’a vécu, un amour qui donne tout, qui abandonne, qui s’offre, un amour qui va jusqu’à l’abnégation totale de soi-même. C’est là un grand paradoxe : pour être très grand, il faut que j’accepte de tout donner et de devenir très petit.
Évidemment, nous sommes entre Chrétiens et nous pouvons le comprendre car nous le savons. Et cela peut nous aider à suivre notre ambition pour construire notre vie : à la fois être grand car il faut savoir regarder haut, c’est bien – j’en dirai un mot au sujet de la deuxième lecture – mais il ne faut pas non plus oublier que la vraie belle ambition d’entrer dans la gloire de Dieu ne va passer que par ce commandement que Jésus donne. Il n’y en a qu’un seul et Il le donne à ce moment-là : tout doit se mesurer à l’échelle du commandement d’amour les uns pour les autres, à l’image de ce que Jésus nous a montré et enseigné.

Comme Il le dit tout de suite après, c’est à ceci que nous serons reconnus comme ses disciples. Le monde, les personnes qui nous entourent reconnaîtront que si nous faisons cela, c’est bien dans la lignée, dans l’héritage de Jésus que nous le vivons, et que si nous avons une ambition, elle est de cet ordre là, et non pas du pouvoir humain à conquérir.

Voici un travail pour toute notre vie, grands comme petits : avoir une ambition de quelque chose de grand, chercher ce qui est beau, ce qui est haut, mais de le vivre et de le faire par les liens d’amour. En Français, ce mot est tellement vaste qu’il faudrait décliner tout ce qu’il évoquer : l’écoute, la générosité, le don de soi, la patience, ou encore ce que l’on retrouve dans les lettres de Saint Paul au sujet des fruits de l’Esprit. Il y a beaucoup de choses qui permettent de décliner ce mot.

L’ambition c’est regarder haut

À ce sujet, j’aime bien la vision que l’on a dans l’Apocalypse avec Jean qui voit la Jérusalem nouvelle, le trône de Dieu, la voix qui dit « Voici que je fais toute chose nouvelle », etc…
La vision d’un horizon lointain où notre ambition permet de regarder loin, vers ce que Dieu promet :

« Il essuiera toute larme de leurs yeux, la mort ne sera plus.
Il n’y aura plus ni deuil, ni cri ni douleur. »

Toute une vie nous est donnée pour contribuer un peu à ce que l’humanité avance vers cet horizon. Quand on est jeune professionnel, c’est l’ambition que l’on essaye de construire : on commence une carrière. Et quelque soit notre métier, notre situation professionnelle, le statut que l’on occupe – on voit que c’est très varié autour de nous - chacun de nous ambitionne de réaliser cette œuvre de Dieu où un jour, à l’horizon ultime de la fin des temps, il n’y aura ni deuil ni cri ni douleur ni larmes : la mort ne sera plus. Nous participons ainsi à cette œuvre.
Regarder au loin, regarder haut, c’est regarder ça. Et même si je fais des choses très simples dans ma vie de tous les jours, même si je commence par regarder chaque jour ce que j’ai à faire humblement et modestement, je ne perds pas de vue l’horizon ultime. Ma petite vie va contribuer à cette œuvre immense qui est celle de Dieu.

On peut le dire pour un petit enfant qui apprend à faire des choses très simples, pour nous qui sommes dans la force de l’âge et qui travaillons, pour les gens plus âgés qui sont chez eux, et – comme je le disais à quelques uns – même parfois quand je vais en maison de retraite, au personnes les plus âgées qui se lamentent et souffrent de ne plus pouvoir rien faire, je leur dis de prier :

« En priant, vous continuez à contribuer à l’œuvre de Dieu par votre prière, et nous comptons sur vous pour ça. Jusqu’au bout, c’est important. »

Regardons vers un horizon très haut et très loin

Nous le vivons aussi au jour le jour dans ce que nous avons à faire. Là aussi, la liturgie nous propose des paroles simples et en même temps pleines de bon sens avec ce petit passage des actes des apôtres que nous avons entendu : Paul et Barnabé commencent la série des voyages qui vont permettre à l’Évangile de se répandre dans l’Empire Romain et le bassin méditerranéen, que l’Église va naître et grandir : on connaît cette histoire.
Saint Luc nous donne un certain nombre de petits détails quand il nous raconte cela, dans la façon de faire, dans la manière dont cela se produit : cela nous dit comment cette immense ambition d’annoncer le règne de Dieu qui vient – ce n’est pas une mince affaire – va devoir se vivre concrètement, avec les réalités humaines. Celles-ci n’échappent pas à Paul et Barnabé : on les avait laissés juste avant s’étant quelque peu fâché avec Jean et Marc qui étaient repartis chez eux à Jérusalem… les choses ne sont pas si simples, et il faut bouger. Il faut accepter de se faire chasser – ça a été leur cas deux fois de suite – il faut voyager, il faut se réunir avec d’autres et réfléchir, parfois écouter un regard extérieur, car on ne peut pas construire sa vie tout seul sans cette présence des autres, sans ce regard d’une tierce personne.
Et comme le disait le conférencier hier, beaucoup de choses sont à l’intérieur de nous et déjà en nous, il nous faut aussi le regard des autres qui sont nos frères.

Il faut réfléchir, prier, voyager, partir, arriver, jeûner aussi et demander de l’aide de Dieu, apprendre à raconter, à relire ce que l’on a fait. Nous vivons toutes ces étapes dans nos vies comme en pièces détachées, là où nous sommes, mais pour construire une vie et avancer, en particulier pour choisir un état de vie en rapport avec une vocation, et d’autres grands choix que l’on a à poser, cela va passer par une réflexion intérieure et solitaire, par tout ce que l’on va discerner à travers des étapes, des voyages et des arrivées, des échecs et des réussites, des rencontres, des conversations, des relectures, de tout ce que l’on a vécu. Alors, au fur et à mesure du chemin, on va comprendre où l’on va et ce que l’on choisit.
Là aussi, notre ambition se construit de cette manière là : elle regarde loin mais elle ne dévie pas le chemin et les pas à faire chaque jour.

Arrêtons là ces considérations. Comme illustration spirituelle de ce que nous avons partagé avec le grand groupe des étudiants et aussi pour les habitués de l’abbaye, jeunes et moins jeunes : redisons-nous que Dieu nous attend avec une belle ambition, celle de nous voir heureux et de nous proposer de contribuer à Son œuvre en regardant avec Lui la beauté qu’Il nous propose au terme de l’histoire.

Avec le Christ, soyons confiants : nous ne sommes pas seuls et nous pouvons vraiment désirer entrer dans la gloire de Dieu, et cette gloire est celle de l’amour donné et reçu,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 14,21b-27.
  • Psaume 145(144),8-9.10-11.12-13ab.
  • Livre de l’Apocalypse 21,1-5a.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 13,31-33a.34-35 :

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara :
« Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui.
Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt.
Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs : “Là où je vais, vous ne pouvez pas aller”, je vous le dis maintenant à vous aussi.
Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.
À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »