Homélie du 6e dimanche du temps ordinaire

15 février 2017

« Il a été dit aux Anciens. Eh bien ! moi, je vous dis »

Texte de l’homélie :

Frères et soeurs,

Si on nous demandait aujourd’hui : faites un poème, décrivez les plus belles oeuvres de Dieu à l’aide d’un poème, d’une oeuvre d’art… quelle oeuvre choisirions nous ?
Les splendeurs de la création ? Le pardon qu’il nous a offert, les créatures angéliques, etc…
Aujourd’hui la liturgie nous propose justement cette œuvre d’art consacrée à une des merveilles de Dieu, et le plus long poème de la Bible, le plus riche, n’est consacré à rien de ce que nous avons dit avant, non, il est consacré à la loi !
Cela ne nous serait sans doute pas venue à l’idée.
C’est pourtant ce thème que le psaume 118 chante durant 22 strophes de 8 stiques ! La loi, ce n’est pas forcément cela qui réveille notre inspiration.
Et Jésus lui aussi dans l’évangile va poursuivre cet exposé de la loi nouvelle. Voilà donc cette loi qui sera au cœur de notre méditation.

La loi, chemin de liberté

La première lecture estcomme une grande introduction à cette pratique de la loi.
D’abord elle rappelle à l’homme qu’il est libre : "si tu le veux tu peux observer les commandements"… si tu veux.

Aujourd’hui on insiste beaucoup sur les conditionnements c’est vrai.
Son papa était alcoolique, sa maman ne lui servait pas le goûter à l’heure… voilà pourquoi il est comme ça…. Mais il faut récupérer cette dignité : je suis à l’origine de mes actes, de tous mes actes, même si dans certains cas ma liberté est amputée mais jamais complètement absente. Capitaine de mon âme… disait Mandella. Oui une vraie tâche.
Et ceci a comme conséquence, que je ne suis jamais forcé de pécher :

« Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher ».

Le psychiatre Victor Frankl lors de sa captivité en camp de concentration avait remarqué que les déténus avaient le choix entre 3 attitudes types : fumer leur cigarette, au lieu de l’échanger pour de la nourriture, voler un quignon de pain, ou bien résister.
Et que c’était cette dernière qui permettait aux détenus d’avoir plus de chance de survie.
Fumer sa cigarette c’était l’attitude du suicidaire, voler, celui qui décidait de ne plus se respecter lui-même en commettant cet acte.
Sa conclusion ? La liberté de chacun demeurait, nul n’était forcé à voler malgré l’immense difficulté de la vie quotidienne, ou à demissionner.
Et il maintiendra fermement cette présence de la liberté même au cœur des pires maladies psychiatriques : le psychotique a le choix de se laisser aller aux forces destructrices de sa maladie, ou bien de s’en sortir par le haut avec le peu de liberté effective qu’il lui reste.

Voilà ce que nous dit aujourd’hui ce livre de Sagesse : tu restes le père de tes actes. Tu es libre.
Il va plus loin : Dieu n’a donné à personne la permission de pécher.
Pourquoi ? Parce que pécher est grave. Peut-être parce que c’est une déviance par rapport à une loi ? Non ! parce que le péché, c’est avec un acte fini, un vol, un mépris, etc… c’est toucher, c’est atteindre, c’est blesser un être infini qui est Dieu. C’est pour cela qu’il est terrible. C’est que le point d’impact du péché, c’est le corps de Notre Seigneur, c’est son âme broyée de souffrance au jardin des Oliviers, éternellement en agonie comme disait Pascal.

Voilà pourquoi Dieu nous a fait don de sa loi. Car la loi pour les juifs c’est d’abord cela : ce qui nous préserve du péché, de la destruction qu’il amène.
Autrement dit, la loi, c’est comme la haie autour du champ qui protège les récoltes, des animaux sauvages qui veulent la ravager et la dévorer.

Et un psaume nous dit :

« la loi du Seigneur est parfaite qui redonne vie ».

La loi, chemin de bonheur

La loi est chemin de bonheur aussi :

« heureux les hommes intègres dans leurs voies, qui marchent suivant la loi du Seigneur »

dit notre psaume.

Certes cette loi, parfois s’oppose à notre désir immédiat, spontané, parfois impérieux et violent. Mais un désir impérieux, violent, n’est pas le signe qu’il apporte la vie. Ce qui est sûr c’est que ce désir, cette passion, va parfois m’ôter toute capacité de réflexion.
Mais voilà si j’observe la loi, même sans la comprendre dans un premier temps, elle me gardera, elle évitera que je me détruise.
Nous absolutisons tellement parfois notre subjectivité ! C’est plus fort que moi ! Nous sommes parfois comme des poissons qui veulent tout à coup sortir de l’eau pour découvrir la terre, en oubliant qu’ils y laisseront leur vie ! C’est si important de rappeler cela à nos jeunes, surtout à nos adolescents.
Un exemple de loi toute simple : dans "La chambre des officiers", la règle c’est de ne pas avoir de de miroir… Les pensionnaires, officiers de la grande guerre revenant du champ de bataille, ne comprennent pas, Quand peu à peu ils se remettent de leurs blessures, l’un agrippe un bout de miroir et se regarde : son visage est horriblement défiguré par une explosion, et la règle du "sans miroir" le préservait d’affronter trop tôt la hideuse image de son visage détruit et donc de sombrer dans le désespoir.

Aujourd’hui, il faut le reconnaître, la règle, la loi que Jésus nous donne là est vraiment trop exigeante, décourageante : se mettre en colère devient impossible, se permettre quelques pensées tordues sur la femme du voisin, idem, bénir de l’intérieur ses ennemis…
Qui peut y arriver ? Autrement dit la loi, devient ici plus source de découragement, qu’élan pour faire le bien, plus source de mort que de vie.
« Oui vraiment qui peut pratiquer cette loi » énoncée aujourd’hui ? demandait un curé à ses paroissiens.
Et un petit enfant s’est levé et du haut de ses sept ans répond. « Seul Jésus le peut ! » C’est absolument juste.
Tout ce chapitre 5 de Matthieu qui commençait avec les Béatitudes est un autoprotrait de Jésus. Qui peut avoir le regard complètement pur ? Qui peut vivre une douceur jusque dans les profondeurs du cœur ? C’est lui, et uniquement lui. Très bien ! tant mieux pour lui ! mais à quoi cela me sert-il ? Quand bien même il serait un modèle mais inimitable !

Mais Jésus ne garde pas ses qualités, cette douceur, cette pureté pour lui ! Il veut nous les communiquer.
C’est pourquoi il nous donne son Esprit, c’est-à-dire le principe même qui le faisait agir, la loi intérieure qui guidait toutes ses actions, cet Esprit Saint, cette sagesse. « Cet Esprit qui scrute les profondeurs de Dieu, » cet Esprit qui entraîne le Christ, voilà qu’il devient nôtre.
C’est ce qui se passe dans cette eucharistie, voilà pourquoi nous sommes là, pour recevoir cette Parole, ce corps de Dieu où flambe l’Esprit.
Voilà pourquoi nous n’avons pas à nous décourager ; il nous faut supplier cet Esprit qu’il fasse de nous des autres Christs.
Ce que l’Esprit n’aura pas réalisé en nous, c’est nul ! nous pouvons être très corrects moralement extérieurement, si ce n’est pas la grâce qui a réalisé cela, c’est du pharisianisme.
Alors parfois il vaut mieux garder des défauts, qui nous font supplier vers Dieu, « donne moi ton Esprit, change mon cœur », que sauver les apparences au prix de notre âme.

Ayons simplement ce désir de lutter avec vigueur contre le mal, à nous arracher l’œil comme dit l’évangile, ayons ce désir de nous exposer à chaque instant à cette lumière de l’Esprit, sans tricher, intégralement, en enlevant le toit de notre maison intérieure, pour que Dieu puisse la visiter tout entière.
Alors Dieu, avec l’intercession de Marie, fera de nous des saints, des autres Christs.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Ecclésiastique 15,15-20.
  • Psaume 119(118),1-2.4-5.17-18.33-34.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 2,6-10.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,17-37.

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.
Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »
Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne commettras pas de meurtre’, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »

Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère.’
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.
Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.
Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.
Il a été dit également : ‘Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation’.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. »

Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.’
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.
Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »