Homélie du deuxième dimanche de Pâques

9 avril 2018

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Texte de l’homélie

Frères et sœurs bien-aimés,

En ce dimanche de la Miséricorde, c’est d’argent dont j’aimerais vous parler. Vous trouverez cela peut-être un peu curieux, mais c’est la première lecture qui m’interpelle et qui me fait dire qu’il y a peut-être à se rappeler d’un certain nombre de choses.

La première lecture nous dit :

« Personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun… Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres. »

La vision chrétienne concernant la possession des biens est assez intelligente et originale ; Alors que le communisme parle des biens en disant "c’est à tous et c’est pour tous", alors que le capitalisme dit "c’est à moi et c’est pour moi", la vision chrétienne dit "c’est à moi" - il y a la reconnaissance de la propriété privée - mais "c’est pour tous".
C’est ce qu’on appelle la destination universelle des biens qui est un des principes fondateurs de la doctrine sociale de l’Église, c’est-à-dire comment vivre, à partir de la Résurrection, mon rapport aux biens matériels et aussi immatériels, comme par exemple la connaissance.

Le catéchisme de l’Église catholique nous dit :

« La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence pour le faire fructifier, et en communier les bienfaits à ceux qui en ont besoin, d’abord à ses proches. »

Ainsi, la propriété d’un bien fait de nous des administrateurs de la Providence.
Et on voit bien dans le livre de la Genèse, où la terre a été remise à l’humanité, non comme propriétaire, mais comme gérant : nous avons à rendre compte des biens qui nous sont donnés.
À tel point que quelqu’un qui serait dans des besoins vitaux et irait voler la nourriture sans permission chez d’autres, serait punissable au regard de la loi, mais au regard de l’Église, il n’a pas à s’en confesser. Aucune personne, aucune famille, aucune communauté ne peut être privée, sans faute de sa part, du droit de posséder pour les besoins vitaux de la personne humaine.

Cela demande pour nous un rapport aux biens matériels mais aussi immatériels, comme la foi.
Saint Jean-Paul II nous dit dans la Lettre pour le nouveau millénaire :

« La première application du principe de destination universelle des biens consiste dans la mission et l’évangélisation, ainsi que dans la diffusion de la culture, parce que ce sont les biens les plus précieux qui permettent à ceux qui y accèdent de rendre leur vie féconde. »

Quel est notre rapport tant aux biens matériels qu’immatériels ?
Est-ce que la résurrection - comme c’est le cas au tout début des Actes des Apôtres - change quelque chose ? Par exemple - et c’est tout le but de l’Encyclique Laodato Si du Pape François - nous aurons à rendre compte de la manière dont nous utilisons la terre. Et aussi de la manière dont on s’en préoccupe, puisque destination universelle des biens va aussi avec ce principe fondateur de la Doctrine Sociale de l’Église qu’est la solidarité, avec le bien commun, la subsidiarité, la participation.
Ce sont des principes fondateurs, c’est à dire que toute personne de bonne volonté, qui est disciple de Jésus, doit appliquer pour sa propre vie à la fois cette recherche du bien commun, ce principe de subsidiarité, c’est à dire que l’échelon du dessus ne fait pas à la place de l’échelon d’en dessous. Par exemple, si les enfants peuvent rendre un certain nombre de services, ce n’est pas aux parents de les faire. Mais à un moment donné, les parents vieillissants, ce sont les enfants qui assureront les services pour les parents par ce qu’eux-mêmes en sont rendus incapables. Chaque échelon fait le maximum qu’il peut, ce qui fait que chaque personne, même fragile, pauvre, peut faire elle-même quelque chose.
Ce principe contribue à la dignité de la personne humaine ; par exemple, en communauté, on aurait tendance à refuser qu’un frère âgé essuie la vaisselle, lui conseillant d’aller se reposer : non ! s’il peut le faire, qu’il le fasse, car c’est aussi lui donner un peu moins l’impression qu’il est une charge pour la communauté.
Le principe de subsidiarité est inscrit dans la Constitution européenne : l’Europe n’a pas à prendre la place des nations et les nations des régions… On peut appliquer cela à des tas de domaines.

Concernant l’argent, dans la répartition des bénéfices, si d’aventure vous êtes actionnaire ou propriétaire d’une entreprise, je trouve qu’une règle qui serait intéressante, c’est celle des 3 tiers. Qu’une entreprise fasse des bénéfices, c’est normal. La question est au sujet de la répartition cette règle des 3 tiers est une belle illustration de la répartition universelle des biens. Elle propose de partager les bénéfices en trois parts :

  • 1 tiers pour le capital,
  • 1 tiers pour les salariés
  • 1 tiers pour le futur de l’entreprise, l’investissement, la recherche et le développement.

Cet argent est le fruit du capital, mais aussi le fruit du travail, et on vise aussi l’avenir.
On ne voit pas ce que l’on possède uniquement en fonction de soi-même, mais on le considère aussi en fonction d’autres. Je ne peux pas dire "je" sans dire "tu", je ne peux pas dire "tu" sans dire "nous". En allant plus loin, on peut imaginer agrandir la part donnée à l’autre, s’il y a besoin.

C’est rare que l’on parle d’argent dans les homélies, si ce n’est pour demander de donner plus à la quête ! Mais c’est intéressant de se demander en quoi la résurrection du Christ vient transformer mon rapport au bien, vient faire que j’ai une responsabilité envers l’autre, faire grandir l’esprit de communauté.


La propriété privée est reconnue par l’Église, mais ce n’est pas un absolu. À ma place dans l’Église et dans la société, est-ce que je mets cela en application ? Comment, en prudence, je peux mettre à disposition mes biens immatériels par exemple : savoir lire et écrire…
Transmettre un savoir le multiplie, cela ne me l’enlève pas. Transmettre un bien rend fécond ce que j’ai acquis de par mon travail.

La résurrection nous fait penser en terme de "nous", comme communauté humaine. Si nous disons le Notre Père, c’est bien que nous sommes liés par un "nous" commun et un destin commun. On ne peut pas regarder l’autre comme s’il n’était pas de notre humanité, comme s’il n’avait pas les mêmes besoins que nous.

Les apôtres reçoivent ces dons de la part des fidèles qui ont découvert Jésus et qui - de façon radicale - vendent tout. Pour exprimer cette communion d’esprit, ils ont voulu aussi une communion dans les biens matériels. C’est ce que nous vivons dans la vie religieuse, et la vie religieuse vient de la résurrection, comme toute la vie chrétienne. Ce que l’on a reçu est une responsabilité que nous devons partager. Les vrais biens ne sont pas ici-bas, mais dans le Royaume des cieux, là où nous sommes attendus. Mais nous sommes aussi attendus en fonction de ce que nous aurons fait des biens terrestres.
Nos actions retentissent dans l’éternité. Cette répartition des bénéfices d’une entreprise est très concrète, certes, mais elle est aussi très spirituelle. Me suis-je senti convoqué par mon frère en humanité ?

Il est bon que la liturgie nous offre la possibilité de méditer sur le rapport au bien. C’est aussi une manière de réfléchir sur la miséricorde, c’est à dire avoir du cœur pour la misère. J’ai du cœur pour la misère parce que je vois dans mon frère qui est dans le besoin un autre moi-même.

Demandons au Seigneur d’ouvrir notre cœur pour partager les biens intellectuels, spirituels, d’avoir le cœur un peu plus large pour être ses témoins ici et maintenant dans le monde.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 4,32-35.
  • Psaume 118(117),2-4.16ab-18.22-24.
  • Première lettre de saint Jean 5,1-6.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,19-31 :

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau :
« La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit :
« Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient :
« Nous avons vu le Seigneur ! »
Mais il leur déclara :
« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux.
Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas :
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Alors Thomas lui dit :
« Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit :
« Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.