Homélie du dimanche des Rameaux et de la Passion

16 avril 2019

« J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »

Écouter l’homélie

Nous voici au dimanche de la Passion, et nous sommes invités à rentrer et à développer toute la semaine ce mystère de la Croix de Jésus qui nous est chère : Elle est le centre de notre vie, de notre Foi, Elle opère des miracles dans notre vie chrétienne, Elle est source de vie féconde.
Mais, de quoi parlons-nous ?

Aumônier à l’hôpital spécialisé du département, j’ai pratiquement toutes les semaines la question : « Pourquoi est-Il sur la Croix ? Pourquoi ? »

En effet, on peut se demander quelle est la continuité entre Jésus le thaumaturge, le prédicateur qui parle, l’homme plein de miséricorde, de bonté qui parle pour les pauvres, eux qui peuvent s’y reconnaître et l’entendre : comment voir la continuité et comment comprendre cette Croix et imaginer qu’Elle soit source de vie ?
Il suffit de regarder la souffrance, les catastrophes, les malheurs qui arrivent et que nous affrontons : qui oserait dire qu’ils vont être une bénédiction ?

Quelle continuité ?…

Comment pouvons-nous prétendre que cela fait sens ?
Chaque semaine, j’essaye de balbutier quelques réponses…
De la même manière, quand on s’adresse au tout venant, ce n’est pas à la manière des théologiens que cette question est abordée. Du temps de Saint Anthelme, c’est la théorie judiciaire : l’homme étant pécheur, il fallait racheter, satisfaire à Dieu, dans une forme de substitution…

Le ministère de Jésus de Galilée est de comprendre cette nécessité : c’est ainsi que Jésus en parle. Il est difficile de ne pas se rebiffer à ces paroles, mais c’est pourtant ce qu’Il dit :

« Il fallait que le Christ souffrit ainsi… »

Si vous regardez Jésus en Galilée, c’est bien Lui l’homme qui nous révèle Dieu, et d’une manière tout à fait différente des autres religions - la sienne y compris - où l’on voit Dieu tout puissant, omniscient et qui sait tout, qui commande une loi à laquelle il faut se conformer pour être des gens « bien », et c’est ce que beaucoup de nos contemporains pensent.
Mais si c’était comme ça, la condamnation serait sûre, il n’y aurait pas d’autre échappatoire !

Rendre le Christ présent aux côtés de ceux qui souffrent…

Jésus va être le reflet du Père par Son amour, pas Sa miséricorde. Il faut bien comprendre ce qu’est la Miséricorde. Pour cela, il faut regarder dans son expérience : nous sommes miséricordieux lorsque notre cœur est capable de recevoir l’autre dans sa détresse, de se laisser blesser par la blessure de l’autre, d’être touché non pas comme celui qui sait et qui va montrer à l’autre le chemin, comment il devrait être et lui donner tous les remèdes possibles…
Même si c’est avec bon cœur, cela ne lui sert de rien.
Il faut se laisser toucher au point d’être blessé nous même par la misère de l’autre, et être non pas celui qui sait, mais être impuissant avec l’autre. D’être blessé de sa blessure, et de l’accompagner sur le chemin.

Jésus est l’effigie de la substance, l’expression parfaite de la substance, de cette miséricorde de Dieu qui est Père, qui nous aime sans condition, qui nous aime avant que nous ne nous convertissions, et qui ne met pas des conditions pour nous aimer.
Il est ce dieu qui ne juge pas, mais qui appelle à la Vie, qui reconnaît, qui partage.
Si nous dérapons, que se passe-t-il ? Et si nous sommes des pécheurs ? Alors, Il se laisse blesser par nos dérapages et nous y rejoint pour nous montrer le chemin et le faire avec nous.

Pour cela, Jésus nous dit qu’il faut être pauvre, oser arriver au lieu de notre vulnérabilité, savoir y rentrer et sans cesse crier notre douleur et notre incompréhension vers le Seigneur, , ne pas savoir, ne pas trouver le chemin. La Bible est pleine de ces cris, et l’on voit bien chez Job que c’est ce cri que le Seigneur entend, il dit « Ils ont mal parlé de moi… »

Jésus Lui-même meurt dans un grand cri. Pour que s’accomplisse l’écriture, il faut qu’Il soit compté parmi les impies, qu’Il soit assimilé à eux. Ce n’est pas seulement au moment de la Croix, c’est aussi au moment du baptême, donné pour la conversion des pécheurs : non pas que le Christ soit pécheur, il se laisse identifier à eux… Ainsi, Il vient épouser notre cri.
Quand vous acceptez d’être aux côtés de quelqu’un dans le malheur, vous savez comme c’est difficile quand nos vieux parents perdent la mémoire ou quand un malade ne peut plus communiquer, nous sommes perdus et avons la tentation de voir la fin s’approcher…
Si nous savons rejoindre le cœur de l’autre, il y a alors un changement de regard : le même regard que la mère et le père posent sur leur tout petit enfant, qui au lieu de tout savoir croient simplement en lui. Ce regard renouvelé va permettre d’avancer.

Jésus nous rejoint jusque dans notre isolement, jusque dans notre honte, notre culpabilité de ne pas savoir faire face aux choses. Mais Lui, nous rejoignant là, fait émerger en nous une liberté nouvelle, Il ouvre un horizon, Il nous apprend une nouvelle manière d’être vivant. Nous ne sommes plus écrasés, il y a quelque chose de la résurrection car Il croit en moi. Au delà de toute espérance, au delà de tout plan humain, il y a ce cœur qui aime, cette force de l’amour. Jésus passe sans déroger de cet amour du Père et qui va se déployer en puissance de résurrection.

Tous appelés à la liberté

Alors, nous pouvons le comprendre :

« Il fallait que le Christ souffrit ainsi… »

Il fallait qu’Il monte à Jérusalem, qu’Il affronte l’impossibilité, le cœur du mal, de la dureté repris dans l’Evangile par les tentations évoquées lors du premier dimanche de Carême. Après l’énumération des trois tentations de Jésus, le Satan s’en va jusqu’à revenir au moment propice. C’est ce moment que nous attendons sur la Croix : les chefs d’abord, puis les soldats ensuite, et même les personnes traversées par le malheur comme le mauvais larron. Tous reprennent ce même refrain :

« Si tu es le Messie, si tu es le fils de Dieu, alors sauve-nous, sauve-toi toi-même ! »

Nous sommes tous tentés de faire de même, nous disant qu’Il a fait des miracles, Il devrait pouvoir se sauver, s’échapper… Et quand nous reprenons la Passion, c’est comme si c’était quelque chose d’accidentel, à cause de la méchanceté des Juifs et des Romains, de Judas de ses compagnons…

Traverser la mort pour que nous portions la vie à nos frères

Il est venu pour sauver en traversant notre vie, nous libérer du mal, nous apprendre à marcher à traverser le mal sans qu’il ne nous détruise. Voici une nouvelle liberté.

Voici ces tentations qui reviennent au moment de la Croix. Tout comme au moment de la résurrection, ce n’est pas ce que nous imaginons qui se produit.
Bien entendu, vendredi Saint, vous allez jeûner et vivre plus intensément le Carême dans la tristesse, pleurant avec Jésus puis revenant à la joie la nuit de Pâques…

Prenons garde à ne pas vivre la Résurrection comme une vengeance : ce n’est pas comme si Jésus qui tombait dans un piège et en trouvait la sortie quelques heures après, confondant ainsi ceux qui ont refusé de croire en Lui. Ce serait oublier la logique de miséricorde de Jésus qui se donne, qui se révèle et nous relève. Il n’est pas tombé dans cette tentation de vengeance : Il est bien mort et Il se manifeste vivant à Ses disciples d’une manière nouvelle et d’une manière certaine. Cela appelle au témoignage qui se met en place de façon balbutiante car personne de l’avait jamais vu.
Il est vivant, et ils passent tous de la crainte, de la honte, d’un cœur écrasé par la tristesse, comme les compagnons d’Emmaüs, à une assurance, à une force nouvelles. Ils n’ont pas changé de monde, le monde n’a pas changé, mais ils vont pouvoir changer de cœur, toucher le cœur des autres non pas parce qu’Ils seront devenus tout-puissants : non, ils sont entrés dans l’intelligence de la compassion, cette intelligence dans laquelle nous sommes aussi appelés à rentrer, que nous sommes appelés à recevoir par l’Esprit-Saint, pour vivre cette Passion non pas simplement comme une pièce théâtrale, mais pour laisser nos cœurs être transformés.

Laissons nos cœurs être affermis, être assurés pour traverser notre monde non pas en étant « du monde », mais en portant l’amour de Jésus qui nous délivre de tout mal et qui délivre ceux que nous sommes appelés à côtoyer, qui nous sont proches, car c’est notre mission : nous ne sommes pas simplement comme des petits oiseaux qui reçoivent la becquée de la Parole, mais chacun d’entre-nous sommes aussi des oiseaux qui allons donner à manger, qui allons voler dans la liberté de l’air et allons à la rencontre de chaque personne pour délier des jougs injustes, pour ranimer l’espérance et donner du sens à la vie de chacun.

Voici notre mission, voici le chemin sur lequel nous voulons nous laisser rejoindre par Jésus pour l’accompagner humblement, mais vraiment,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Isaïe 50,4-7.
  • Psaume 22(21),8-9.17-18a.19-20.22c-24a.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 2,6-11.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 22,14-71.23,1-56 :

Quand l’heure du repas pascal fut venue, Jésus se mit à table, et les Apôtres avec lui. Il leur dit :
— « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »
Il prit alors une coupe, il rendit grâce et dit :
— « Prenez, partagez entre vous. Car je vous le déclare : jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le règne de Dieu. »
Puis il prit du pain ; après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant :
— « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Et pour la coupe, il fit de même à la fin du repas, en disant :
— « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.
Cependant la main de celui qui me livre est là, à côté de moi sur la table. En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux l’homme qui le livre ! »

Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres lequel d’entre eux allait faire cela. Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand. Mais il leur dit :
« Les rois des nations païennes leur commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! Au contraire, le plus grand d’entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ?
Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi. Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël.
Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. »
Pierre lui dit :
— « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. »
Jésus reprit :
— « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas. »
Puis il leur dit :
— « Quand je vous ai envoyés sans argent, ni sac, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? »
Ils lui répondirent :
— « Mais non. »
Jésus leur dit :
— « Eh bien maintenant, celui qui a de l’argent, qu’il en prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une. Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : ’’Il a été compté avec les pécheurs’’. De fait, ce qui me concerne va se réaliser. »
Ils lui dirent :
— « Seigneur, voici deux épées. »
Il leur répondit
— « Cela suffit. »

Jésus sortit pour se rendre, comme d’habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Arrivé là, il leur dit :
— « Priez, pour ne pas entrer en tentation. » Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. Se mettant à genoux, il priait : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »
Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait.
Dans l’angoisse, Jésus priait avec plus d’insistance ; et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre. Après cette prière, Jésus se leva et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis à force de tristesse.
Il leur dit :
— « Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. »
Il parlait encore quand parut une foule de gens. Le nommé Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour l’embrasser. Jésus lui dit :
— « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? ».
Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent :
— « Seigneur, faut-il frapper avec l’épée ? »
L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite.
Jésus répondit :
— « Laissez donc faire ! »
Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit.
Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, chefs des prêtres, officiers de la garde du Temple et anciens :
— « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est maintenant votre heure, c’est la domination des ténèbres. »
Ils se saisirent de Jésus pour l’emmener et ils le firent entrer dans la maison du grand prêtre. Pierre suivait de loin.

Ils avaient allumé un feu au milieu de la cour et ils s’étaient tous assis là. Pierre était parmi eux. Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit :
— « Celui-là aussi était avec lui. »
Mais il nia :
— « Femme, je ne le connais pas. »
Peu après, un autre dit en le voyant :
— « Toi aussi, tu en fais partie. »
Pierre répondit :
— « Non, je n’en suis pas. »
Environ une heure plus tard, un autre insistait :
— « C’est sûr : celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. »
Pierre répondit :
— « Je ne vois pas ce que tu veux dire. »
Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta.
Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. »
Il sortit et pleura amèrement.

Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le maltraitaient. Ils lui avaient voilé le visage, et ils l’interrogeaient : « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? »
Et ils lançaient contre lui beaucoup d’autres insultes.
Lorsqu’il fit jour, les anciens du peuple, chefs des prêtres et scribes, se réunirent, et ils l’emmenèrent devant leur grand conseil. Ils lui dirent :
— « Si tu es le Messie, dis-le nous. »
Il leur répondit :
— « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j’interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite du Dieu Puissant. »
Tous lui dirent alors :
— « Tu es donc le Fils de Dieu ? »
Il leur répondit :
— « C’est vous qui dites que je le suis. »
Ils dirent alors :
— « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes nous l’avons entendu de sa bouche. »
Ils se levèrent tous ensemble et l’emmenèrent chez Pilate. Ils se mirent alors à l’accuser :
— « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et se dit le Roi Messie. »
Pilate l’interrogea :
— « Es-tu le roi des Juifs ? »
Jésus répondit :
— « C’est toi qui le dis. »
Pilate s’adressa aux chefs des prêtres et à la foule :
— « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. »
Mais ils insistaient :
— « Il soulève le peuple en enseignant dans tout le pays des Juifs, à partir de la Galilée jusqu’ici. »
À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya à ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là.

À la vue de Jésus, Hérode éprouva une grande joie : depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle. Il lui posa beaucoup de questions, mais Jésus ne lui répondit rien.
Les chefs des prêtres et les scribes étaient là, et l’accusaient avec violence. Hérode, ainsi que ses gardes, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate.
Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant ils étaient ennemis.

Alors Pilate convoqua les chefs des prêtres, les dirigeants et le peuple. Il leur dit :
— « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant de mettre le désordre dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous, et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé.
En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le faire châtier et le relâcher. »
Ils se mirent à crier tous ensemble :
— « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. »
Ce dernier avait été emprisonné pour un meurtre et pour une émeute survenue dans la ville.
Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole. Mais ils criaient :
— « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »
Pour la troisième fois, il leur dit :
— « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le faire châtier, puis le relâcher. »
Mais eux insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient.
Alors Pilate décida de satisfaire leur demande. Il relâcha le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, celui qu’ils réclamaient, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

Pendant qu’ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus.
Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus.
Il se retourna et leur dit :
— « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : ’’Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité ! ’’ Alors on dira aux montagnes : "Tombez sur nous", et aux collines : ’’Cachez-nous’’. Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »

On emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter.
Lorsqu’on fut arrivé au lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche.
Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.
On venait de crucifier Jésus et le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait :
— « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches :
— « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait :
— « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit :
— « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Il était déjà presque midi ; l’obscurité se fit dans tout le pays jusqu’à trois heures, car le soleil s’était caché.
Le rideau du Temple se déchira par le milieu.
Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. »
Et après avoir dit cela, il expira.

À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c’était un juste. »
Et tous les gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine.

Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, et qui regardaient.
Alors arriva un membre du conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste. Il n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le royaume de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus.
Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé.

C’était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Les femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums.
Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.