Homélie du premier dimanche de Carême

7 mars 2017

« En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable ».

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Texte de l’homélie :

Chers frères et sœurs,
Cher jeunes,

Avez-vous déjà vu en vidéo ou lu des articles sur le sujet des crash tests ?
Ainsi, on envoie des voitures vides de passagers à toute allure sur un mur en béton, et on voit ce qu’il en reste.
Ou, lorsque l’on veut mettre un produit sur le marché, on va lui faire subir une batterie de test impressionnantes : pour un jeu, on va contrôler sa résistance, calculer le risque d’étouffement par pièces détachées, le tirer, le mettre dans l’acide, tout ce que l’on peut imaginer…

Qu’est-ce que la tentation ?

Et si la tentation, c’était ça ? si c’était le crash-test qui va nous permettre de voir ce que nous avons au fond de nous-mêmes ?
Comme vous l’avez entendu dans l’Évangile, ce sont les tentations du Christ que L’Église évoque aujourd’hui : par trois fois, Jésus va rencontrer Satan qui va essayer de le tenter.

Ce qu’il faut retenir de la première lecture et de cet évangile, c’est qu’on ne peut pas aller vers Dieu sans être tenté, en tous les cas sans subir une épreuve.
Mais Dieu est pédagogue : à chaque étape de notre vie, il va donner la bonne épreuve, il ne va pas nous faire courir le 2000 mètres si l’on ne sait pas encore marcher… c’est évident !

Quand les petits enfants ne savent pas encore parler, qu’ils sont dans les bras, allaités par leurs mamans, ils sont complètement « sur les rails » : pas beaucoup de tentations pour eux ! il suffit de prendre le biberon à l’heure et de ne pas trop pleurer, mais ils n’y peuvent pas de choses non plus.
Ensuite, viendra le temps de la marche, de la parole – et aussi de l’opportunité de dire « non ». Et pour suivre le chemin du Seigneur, il leur faut obéir à papa et à maman même si ce n’est pas toujours facile. Mais, dans un climat de confiance, cela ne pose pas trop de problème : ils savent bien que les parents demandent les choses pour leur bien, et quand ils ont obéi, les relations sont agréables et ils sont heureux.

Quand on grandit, il y a plus de résistance en nous. Notamment à l’adolescence, obéir à ses parents devient parfois quelque chose de très compliqué. On commence alors par rentrer dans des révoltes (ne pas se rendre quelque part, ne pas faire quelque chose demandé). Quelque chose en nous résiste très fort… il faut se vaincre, entre une part qui veut, et une part qui ne veut pas. C’est là que l’on fait l’expérience de la tentation. C’est comme si l’on était divisé en deux, comme avec un couteau : une bonne part et un mauvaise part, qui se combattent l’une l’autre.
Je vais illustrer cela par une petite image. Il y a quelques années, j’avais organisé avec un autre frère un camp en Bourgogne, en Taizé et Paray-le-Monial. Nous avions pris notre carte et avions préparé un bel itinéraire. Cela passait par de beaux chemins, bien dégagés, avec un beau soleil. Nous avons donc commencé à nous engager par là. Mais, il a commencé à pleuvoir. Le chemin était tout boueux, il a fallu que l’on avance péniblement, en sortant ses godillots de la boue, c’était difficile. A la fin du trajet, j’avais repéré un magnifique petit sentier qui passait entre les bois. Et, quand nous sommes arrivés, il n’était que broussailles, les cartes n’avaient pas été mise à jour. Nous avons du prendre nos canifs, les hachettes et les gants que nous avions, et nous avons avancé tant bien que mal. Je peux vous dire qu’à la fin, nous avions des éraflures partout, ensanglantés…
N’est-ce pas à l’image de ce qu’est notre vie ? un beau chemin où l’on avance avec facilité, parfois la pluie, parfois la boue, et cette énorme résistance que nous oppose le bon chemin. On a envie de l’emprunter, mais les obstacles sur notre route nous forcent à lutter. Parfois même, on se blesse, on saigne.

Connaissez-vous ce verset de l’écriture qui nous dit cela :

Vous n’avez pas encore lutté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché.

Et parfois, cela exige de nous beaucoup de courage.
Voilà aussi pourquoi nous avons une montée très progressive dans les textes du jour : que se passe-t-il pour Adam et Eve dans le jardin ? comment est le paradis ? rempli de fleurs, d’animaux qui ne leurs font pas de mal, Eve est heureuse d’être aux côtés d’Adam, c’est un beau cadeau de Dieu, elle est une bonne épouse ! et pourtant, ils trouvent le moyen de désobéir à Dieu. Ils n’ont que des signes de bonté autour d’eux, et ils pensent qu’il y a peut-être mieux que Dieu qui leur a pourtant tout donné…

La première question qui est posée à Adam et Eve est : « Aimes-tu Dieu ? »

Si on poursuit les lectures, où se trouve Jésus dans l’Evangile ? Il est au désert. Est-ce un lieu sympathique ? Il y a la soif, peu d’ombre, on est écrasé par le soleil, c’est un lieu de mort, et donc pas le lieu de Dieu. Et c’est dans cet endroit que Jésus va devoir dire : « J’aime Dieu ! ».
C’est important ! et plus difficile que pour Adam.

A la fin de sa prédication, Jésus termine sur la Croix, avec la même question : « Aimes-tu Dieu ? », et même de manière encore plus forte : « Aimes-tu Dieu plus que ta propre vie ? ».

Voyez comme la question s’est approfondie ?

Voilà comme il en va dans notre propre vie : plus l’on est obligé de donner une réponse à Dieu, plus elle doit être radicale, et c’est heureux
Par exemple, avant de s’engager dans la vocation, quelle tentation n’y a-t-il pas ? tous les frères pourraient en témoigner ! Avant de s’engager, on est le super chrétien, tout va bien, pas de problème : on croit entendre l’appel du Seigneur et alors, la tempête se déchaîne ! On n’a plus du tout envie d’y aller.
Ou parfois, si l’on est appelé au mariage, une vieille amie se rappelle à nos bons souvenirs – un peu plus qu’une amie – et pourtant, il faut lutter. C’est difficile, c’est un vrai déchirement intérieur, mais il faut le vaincre, car tout cela a une utilité.

Quelle utilité pour la tentation ?

Dans l’Evangile, nous voyons comment Jésus réagit à la tentation : est-ce comme Adam ?
Adam, lui, désobéit. Jésus, lui, se fait obéissant jusqu’à la mort.
Là où Adam se trompe et tombe dans le piège, Jésus a tenu, s’est maintenu ferme.
Et Jésus prend cette nature humaine, non pas pour nous montrer qu’Il est plus fort que nous, mais pour nous prouver que nous pouvons être fidèles à Dieu, avec elle.

C’est ainsi qu’Il a remporté la victoire. Et Il nous la donne ! Il renforce alors notre propre nature : Jésus vainc le mal pour nous. Il ne la garde pas pour Lui, il la délivre toute entière !

Prenons un autre exemple de tentation. Un chevalier encore tout jeune est appelé au service du Seigneur. Il a toujours été dans les jupons de sa maman, il l’a aidée à faire la cuisine jusqu’à maintenant, et le Seigneur lui demande de venir se battre à la guerre avec Lui. Et il répond qu’il n’aime pas se battre, qu’il n’a jamais combattu. Mais, le Seigneur l’invite quand même.
Est-ce vraiment comme cela que fait le Seigneur ? Non, car Il doit d’abord l’entraîner, lui donner une épée, puis se battre avec lui, lui porter quelques coups inoffensifs pour lui apprendre à maintenir sa garde, sans quoi le chevalier n’aurait jamais la force !
Et c’est important : si on est tenté, c’est pour devenir plus fort.

Hier, les jeunes ont vu le film de Narnia. Avez-vous qu’Eustache commence à être plus fort à partir du moment où il se met à lutter ? sinon, il ne sait que s’enfuir ; mais à un moment donné, il n’a pas pu s’en aller et a du affronter le mal. Et il devient alors comme un autre homme, sous la forme d’un dragon. Voyez, de mauvais garçon, il devient une âme noble.

Pour vous tous, c’est aussi cela : si l’on est jamais tenté, on risque de devenir sans consistance. Pardonnez ce terme, mais on va devenir une lavette. On ne veut plus être tenté, on ne veut plus de difficulté, on ne veut plus souffrir, en particulier de la tentation. Et pourtant, comme le disait le curé d’Ars :

Nous connaissons le prix de notre âme aux efforts que le démon fait pour la perdre.

Oui, le démon va s’employer à perdre notre âme. Alors, défends-toi !

Une dernière chose : lorsqu’on lutte contre la tentation, on rend un grand service à notre monde. Il y a quelques années, le monde a connu un terrible tsunami qui a tué 200 000 personnes, des vagues immenses qui ont ravagé le continent.
Lorsqu’on lutte contre la tentation, on élève une digue très haute et très ferme qui va faire que le tsunami du mal ne passera pas. C’est important. Lutter contre la tentation est comme de réparer les brèches, comme le dit l’écriture.

Lorsqu’on a lutté contre la tentation, quand on remporté des petites victoires – je ne me suis pas énervé avec mon petit frère, avec ma petite sœur – ce n’est pas que nous qui devenons meilleurs, c’est le monde entier. Le mal n’est pas passé par moi.
Un égoïsme, un repli sur soi, une sensualité, je dis non ! Et le monde devient un peu meilleur.
La tentation de désespérer, qui est si forte aujourd’hui ? je dis non ! Je me maintiens fermement dans l’Espérance, et le monde se maintient un peu plus dans la lumière.
C’est ce qu’a fait Jésus, et Il a purifié le monde. Vous avez vu qu’à la fin, le démon est impuissant, et il s’en va. Puis, des gens servent Jésus, des animaux sauvages l’entourent, et le désert redevient le paradis. Le désert a cessé d’être un lieu de mort, car Jésus a lutté contre le mal en Lui-même.

Lutter oui, mais avec quelle arme ? qu’utilise Jésus face au démon ? Il cite l’écriture !
De même, nous ne pouvons pas lutter contre la tentation sans puiser dans l’écriture. Elle va nous aider à demeurer en Dieu.
Eve contemplait Dieu, mais elle a détourné le regard pour regarder les pomme. L’écriture nous aide à garder l’image de Dieu, la pensée de Dieu en nous-mêmes, et c’est ce qui va nous maintenir dans la fermeté.

Connaissez-vous une personne qui est demeurée toujours ferment attachée au Seigneur ? C’est Marie, car Elle avait toujours la Parole de Dieu en elle-même.
Elle est demeurée en Dieu, Elle a aussi lutté car elle est une femme forte. Marie n’est pas comme un petit enfant : Elle est comme une femme qui a choisi le bien, c’est une femme qui a lutté !
Qu’Elle nous entraîne, et qu’avec Elle, nous ayons la victoire !

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de la Genèse 2,7-9.3,1-7a.
  • Psaume 51(50),3-4.5-6ab.12-13.14.17.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5,12-19.
  • Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4,1-11.

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable.

Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.
Le tentateur s’approcha et lui dit :
— « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
Mais Jésus répondit :
— « Il est écrit : ‘L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.’ »

Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit :
— « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : ‘Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.’ »
Jésus lui déclara :
— « Il est encore écrit : ‘Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.’ »

Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit :
— « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
Alors, Jésus lui dit :
— « Arrière, Satan ! car il est écrit : ‘C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte.’ »

Alors le diable le quitte.
Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.