« Tu deviendras le père d’une multitude de nations » (Gn 17, 3-9)

Méditation du 2 avril - Saint François de Paule, ermite et fondateur

Abraham devient le père d’une multitude. Pourquoi donc ? parce que bientôt il va être papa, donner naissance à une lignée ? Pas seulement. Abraham est père, parce qu’il croit à cette parole que Dieu lui adresse. Et cette foi entraîne dans son sillage d’innombrables d’actes de foi.


Pourquoi Abraham peut-il croire ? parce qu’il est seul, en exode. Son acte de foi le met seul face à Dieu. De là, il peut lui donner la réponse la plus paradoxale : selon le monde, rien n’invite à croire. Selon cette intime conviction, puisée dans la solitude, tout.

Seul par son acte de foi, il a ouvert une brèche dans le ciel, une multitude peut alors le suivre. Car pour croire, il faut que quelqu’un m’ait précédé. La foi ne naît pas spontanément, ce n’est pas son dynamisme. Elle implique, plus que la charité, une transmission. Saint Paul le rappelle, on n’entend pas Dieu en « voix off », mais par des témoins, des intermédiaires humains : « Et comment croiront-ils en celui dont ils n’ont pas entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler, s’il n’y a personne qui prêche ?… La foi vient de ce qu’on entend » (Rom 10, 14, 17) Cette longue chaîne de croyants, va-t-elle se poursuivre ? c’est l’inquiétude du Christ : « le Fils de l’homme quand il viendra trouvera-t-il la foi sur la terre ? »

C’est là notre double responsabilité ; savoir se laisser édifier par les témoignages de foi qu’autour de moi le Seigneur peut me présenter – Jésus lui-même s’est laissé édifier par la foi des hommes. Et puis savoir vivre de cette foi vivante, parfois comme si j’étais seul au monde à croire. De ma fidélité d’aujourd’hui dépend la foi de beaucoup.

Homélie du jeudi 2 avril 2020 - 5e semaine de Carême - Année A - Père Maximilien-Marie
Parabole : une lumière qui transforme l’enfer

Tous connaissent l’acte héroïque du Père Kolbe, se proposant de mourir à la place d’un père de familles dans le bunker de la faim à Auschwitz. Mais on connaît moins les conséquences que cela produisit sur le camp.
Passons la parole à un compagnon de captivité, George Bielecki :
« Ce fut pour le camp tout entier un choc profond. Nous prenions conscience que quelqu’un parmi nous du fond des ténèbres, du fond de cet absolu désert spirituel, avait brandi très haut l’étendard de l’amour. Ainsi ce n’était pas vrai. Cette humanité n’était ni triste, ni laide, ni méprisable, ni digne d’être trainée dans la boue, écrasée par l’oppresseur, ni submergée par le désespoir.
Des milliers de prisonniers se rappelaient qu’il existait un autre monde plus authentique, contre lequel nos bourreaux ne pouvaient rien. Plus d’un commença alors à chercher à l’intérieur de lui-même, les traces de cet univers qui était le seul réel….
Devant ce geste, nous restâmes d’abord comme hébétés, mais il fut pour nous une immense explosion de lumière dans la nuit noire du camp. »

Père Maximilien Kolbe à vélo


Références des lectures du jour :

  • Livre de la Genèse 17,3-9.
  • Psaume 105(104),4-5.6-7.8-9.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 8,51-59 :

En ce temps-là, Jésus disait aux Juifs : « Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un garde ma parole, jamais il ne verra la mort. »
Les Juifs lui dirent :
— « Maintenant nous savons bien que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et toi, tu dis : “Si quelqu’un garde ma parole, il ne connaîtra jamais la mort.”
Es-tu donc plus grand que notre père Abraham ? Il est mort, et les prophètes aussi sont morts. Pour qui te prends-tu ? »
Jésus répondit :
— « Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : “Il est notre Dieu”, alors que vous ne le connaissez pas. Moi, je le connais et, si je dis que je ne le connais pas, je serai comme vous, un menteur. Mais je le connais, et sa parole, je la garde.
Abraham votre père a exulté, sachant qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu, et il s’est réjoui. »
Les Juifs lui dirent alors :
— « Toi qui n’as pas encore cinquante ans, tu as vu Abraham ! »
Jésus leur répondit :
— « Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS. »
Alors ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter. Mais Jésus, en se cachant, sortit du Temple.