Homélie de la Pentecôte

27 mai 2026

Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. »

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Texte de l’homélie

« Je ne suis plus dans le monde, eux ils sont dans le monde… »

Chers frères et sœurs

On peut se demander ce que nous apporte vraiment la Pentecôte ? Est-ce seulement un jour de congé en plus ? Car, si à Pâques nous fêtons le Christ ressuscité, Il règne dans la gloire depuis l’Ascension, après avoir montré la plus belle preuve de Son amour au Vendredi saint, que faut-il alors de plus ?

Tous ces magnifiques événements pourraient s’enchaîner comme dans un spectacle. Nous sommes émus en regardant The Chosen, La Passion du Christ, ou encore Jésus de Nazareth de Zeffirelli… Tout cela est très beau. Mais, quel est alors le rôle de la Pentecôte ?

Il faut bien l’admettre, il n’y a « rien de nouveau sous le soleil », comme dit le prophète, mais ce souvenir est intérieur. Ce ne sont pas seulement des événements qui sont devant moi, ils se déroulent en moi. Le Christ, mon vis-à-vis est en moi : Il naît, Il meurt et Il ressuscite en moi.
Voici le don de la Pentecôte.

C’est ce que le symbole de l’air illustre magnifiquement : l’air m’entoure et m’englobe, mais il ne me sert à rien s’il ne rentre pas en moi. Alors il m’oxygène, il me renouvelle, il me fait vivre.
L’air le plus pur ne me sert à rien si je ne le respire pas !

Voilà : avec l’Esprit, la Passion, la mort, et la Résurrection du Christ, c’est désormais l’air que je respire, l’atmosphère qui me fait vivre. Ce sont autant d’événements extérieurs qui deviennent tout d’un coup intérieurs et vivifiants. Alors ça change tout !
Voyez comme les apôtres étaient peureux… Et pourtant, ils avaient eu l’exemple de leur maître, ils avaient été témoins de Sa résurrection. Mais, pour ainsi dire, ça ne changeait rien.
Avec l’Esprit, c’est dans leur cœur que se déchaîne l’ouragan de ces biens du salut, qui rentrent en masse !

L’Esprit me donne non seulement accès au cœur du mystère - comme un guide de montagne vous mène au cœur des grands sommets - mais il faut plus : il me fait entrevoir le monde nouveau, le Ciel.
Vous l’avez noté : quand Jésus apparaît au disciple dans l’Évangile, Il leur dit :

« La paix soit avec vous. »

Et cette paix, qu’est-ce ? c’est l’harmonie totale, la plénitude du bonheur, la réconciliation universelle, bref, ce qu’on ne trouve pas sur la Terre. Quand Jésus dit « la paix soit avec vous », Il leur donne les biens du monde à venir en leur donnant l’Esprit Saint.

Voilà ce que fait l’Esprit Saint, parce qu’Il est donné, comme les arrhes du monde nouveau. Si je prends cette image des arrhes, c’est car il s’agit d’une somme qui nous est donnée en attendant de recevoir la totalité. L’Esprit Saint c’est cela, c’est un petit bout du monde nouveau, en attendant de percevoir la totalité. Alors, ça ne peut que nous réjouir.
Nous devons vivre, si je puis dire, avec cette double nationalité, et nous l’oublions trop souvent. Car, comme nous le dit Saint Paul :

« Nous sommes citoyens des cieux. »

Et Paul VI disait ceci :

« Les chrétiens doivent habiter ce monde comme s’il revenait du futur. »

Chers frères et sœurs, ne nous y trompons pas, ce n’est pas si simple. Car vivre ainsi, c’est le combat par excellence du Chrétien, tout se ligue contre. Tout d’abord, la chair, comme l’appelle la Bible. N’entendons pas là quelque dérèglement des passions…
La chair, c’est simplement cette tendance à tout ramener à soi, cette incapacité à dépasser ce qu’elle voit, la chair ne peut goûter qu’elle-même ! Alors oui quand on parle d’un autre monde, quand on parle de résurrection des morts, cela dépasse la chair, cela est renvoyé d’un revers de main. Saint Paul parle ainsi de l’homme psychique, ou encore l’homme charnel :

« L’homme livré à ses seules forces n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu. » (1 Corinthiens 2, 14)

Nous sommes charnels et avons à sortir de la chair jour après jour. Cette tendance que nous avons à tout ramener à nous et à voir tout selon notre intérêt et notre perception sensible. Ce n’est pas si évident de vivre de cette visée spirituelle…
C’est le monde qui empêche l’Esprit-Saint de Se déployer, il le fait fuir. Comme s’Il était un oiseau farouche, si il ne rencontre pas un contexte favorable, Il s’en va. Saint Paul décrit ce phénomène ainsi :

« Il ne faut pas contrister l’Esprit-Saint. »

Le monde ne veut pas de cet esprit qui nous fait voir au-delà de notre réalité terrestre, qui veut comme établir une chape de plomb entre le Ciel et la Terre. Pour reprendre une image, pendant la guerre, il fallait cette absolue séparation entre le ciel et la terre, me racontaient mes parents. Dans la ville où ils étaient, aucune lumière ne devait filtrer pour ne pas donner d’indication qui auraient permis aux aviateurs des armées de libération de se repérer. Blackout total… toutes le fenêtres peintes en bleu sombre pour que rien ne filtre. Si c’était le cas, une patrouille allemande grimpait les escaliers quatre à quatre et faisait éteindre immédiatement la source lumineuse.

Aujourd’hui, on veut cette même imperméabilité. Il y a dans notre laïcité, mal comprise et militante, une volonté de bannir le mot Dieu de notre vocabulaire pour le bannir de notre cœur.
Évoquant ces nouveaux démiurges, le poète disait :

« Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes ; Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d’entrer. »

Oui il y a là comme une conspiration contre l’Esprit Saint : cette éternelle allusion à l’éternité qu’est l’Esprit, on veut le mettre hors-jeu !
Alors comment faire ?

Pour commencer, que Dieu ne soit plus tabou dans nos conversations. J’en parlais avec une sœur carmélite : qu’il est important que les jeunes et les adultes puissent parler de leur vie spirituelle, de leur rencontre avec Dieu ! Dans notre christianisme parfois un peu guindé, nous avons du mal à parler de notre vie de foi. Il ne s’agit pas de tout déballer, mais d’en parler comme on évoque un ami qui nous est cher, un parent qu’on affectionne…
Alors quelque chose du Ciel descend, car nous voyons bien que nous ne respirons pas simplement un mélange d’azote et d’oxygène, mais que nous inhalons ce même air, celui du Royaume.

Et puis, il y la louange ! si Maximilien Kolbe a pu chanter les louanges de Dieu sans son innommable bunker de la faim, c’est qu’il possédait les arrhes du monde nouveau ! Et cette louange le tournait aussi vers les biens éternels !
Nous avons la chance, nous les frères de chanter l’office. Mais, le savez-vous, le bréviaire n’est pas réservé qu’aux religieux ! les laïcs peuvent s’unir ainsi à cette grande prière de l’Église qui ne fait qu’un avec la liturgie céleste, éternellement entonnée par le Christ Lui-même…

Et puis dernière chose : cette unanimité, celle à laquelle Saint Paul fait référence dans la lecture que nous avons entendue. Quand tout le monde s’entend, c’est que l’Esprit est là, c’est Lui qui harmonise tout !

« Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. »

A l’inverse, quand nous nous tirons dans les pattes, comme il est difficile de penser à l’éternité et aux biens éternels… Nous sommes dramatiquement ramenés à un univers charnel sans horizon, où règnent les passions de vengeance, la mesquinerie…
Voilà, notre grande pédagogue pour tout cela, c’est Marie. Avec Elle, supplions le Père et le Fils de nous donner l’Esprit.

Je termine avec cette prière :

« Sans l’Esprit Saint, Dieu est loin, le Christ reste dans le passé, l’Évangile est une lettre morte, l’Église une simple organisation, l’autorité une domination, la mission une propagande, le culte une évocation, et l’agir chrétien une morale d’esclave.
Mais en Lui : le cosmos est soulevé et gémit dans l’enfantement du Royaume, le Christ ressuscité est là, l’Évangile est puissance de vie, l’Église signifie la communion trinitaire, l’autorité est un service libérateur, la mission est une Pentecôte, la liturgie est mémorial et anticipation du monde nouveau. (Saint Ignace IV d’Antioche)

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Actes des Apôtres 2,1-11.
  • Psaume 104(103),1ab.24ac.29bc-30.31.34.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12,3b-7.12-13.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 20,19-23 :

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »