Homélie de la solennité de la Sainte Trinité

14 juin 2022

« Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. ».

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Texte de l’homélie :

Frères et sœurs,

Une histoire vraie m’a été racontée il y a quelques années, et vous l’avez peut-être vous aussi entendue. Il s’agit de celle d’un grand théologien, professeur d’université, qui était appelé un jour à prêcher sur la Trinité, comme moi ce matin… Il se retrouvait dans un paroisse très populaire, très simple, à la périphérie d’une ville. Alors, il s’est dit qu’il fallait faire de son mieux pour dire l’essentiel, de ne pas dériver, tout en restant proche des gens. Ce n’est pas si simple…

Ainsi, il commença par faire des rappels, à parler du fait que la Trinité n’avait rien à voir avec une énigme pour nous casser la tête. Il nota aussi que c’est Jésus Lui-même qui nous a révélée par Sa parole et par Son exemple qu’il y a un unique Dieu. C’est différent d’annoncer « un seul » Dieu, comme s’il y en avait plusieurs. Nous sommes monothéistes et il faut l’affirmer.
Il s’agit d’un Dieu unique qui n’est pas seul,. C’est le Dieu d’Amour, Jésus ne cesse de l’affirmer. Que l’invocation « un seul Seigneur » ne nous éloigne pas de cette notion.

Le Saint-Esprit, c’est l’Amour de Dieu en personne. Le Dieu unique n’est pas solitaire, « ils sont trois » ! c’est mystérieux, ça nous échappe, mais c’est ainsi !

Dieu n’est pas immobile, perché sur un nuage. Il n’est pas lointain, Il est proche !

Avec des mots simples, on peut dire que c’est un Dieu de communion, comme dans une famille : un seul amour avec trois personnes. C’est une image pauvre mais elle permet d’exprimer ces relations entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ce sont des relations parfaites en un unique Dieu d’amour…

En plus, ce Dieu unique d’amour que nous célébrons aujourd’hui parce qu’Il est Trinité s’est engagé dès l’origine du Monde à partager l’histoire des Humains, c’est indiqué dans l’Écriture simple. Il S’est fait proche d’eux comme Il se fait proche de nous maintenant, parce qu’Il est Trinité. Vous retrouverez la fin de la première lecture dans les proverbes, elle est magnifique :

« Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’Univers sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Il s’agit bien des Adam et Eve, jusqu’au dernier, c’est bon de le rappeler.

Pour revenir à ce professeur, il était content car les fidèles étaient apparemment attentifs. Plutôt thomiste, il avait expliqué qu’il y avait deux processions, quatre relations, schématisant ainsi les liens dans une petite enclave théologique. Puis, il s’est arrêté ayant peur que cela soit trop compliqué. Et, après la messe, une brave dame très pieuse vient à sa rencontre et lui dit : « Mon père, pour être vraiment franche avec vous, je n’ai presque rien compris à votre homélie. J’ai juste entendu que vous parliez de procession, et ça m’intéresse : à quelle heure est cette procession ? »
Le bon professeur se trouve tout de même un peu contrarié, saisi que cette dame ait si peu compris alors qu’il avait fait des efforts pour être proche. Qu’avait-elle pu retenir que de demander un horaire de procession ?
Il reprend alors son souffle et sourit en lui-même se disant : « au moins, cette dame me permet de grandir en humilité… »

Quelques mois plus tard, en faisant oraison, adoration, silence devant Dieu, saisi subitement par l’Esprit-Saint, il saisit qu’en fait, cette dame – bien malgré elle – avait elle aussi été inspirée par le Saint Esprit. Pour dire l’essentiel sur la Trinité, on parle bien de procession, et qui dit procession dit déplacement des personnes qui, ensemble, marchent d’un lieu sacré à un autre.
C’est une image, certes, mais c’est bien ce que l’on va faire dimanche prochain avec la procession du Saint-Sacrement : on va d’un lieu à un autre, on se promène et Dieu est avec nous. Chacun est à sa place, les chanteurs, les porteurs, et ceux qui suivent en lançant des pétales de rose, ceux qui prient, mais aussi ceux qui s’ennuient ! Il y en a qui chantent et peut-être même qu’il faudrait que l’on danse pendant ces processions.

Voyez, l’Écriture Sainte, la vie de l’Église et celle des Saints révèle toujours quelque chose comme si on était en procession. On voit que l’on est toujours en mouvement, en espérant être dans le bon sens. C’est la vraie question. Dieu est le bon sens, car c’est Lui qui indique la bonne direction, et avec Lui il n’y a aucun risque.

Ainsi, le professeur a pris conscience que la recherche intellectuelle, si important qu’elle soit, ne permet pas de vraiment comprendre Dieu. On a fait tellement d’erreurs sur Lui, on dit tellement de bêtises sur Lui… Bien sûr, on peut essayer de l’approcher par notre intelligence et de ne pas se laisser emprisonner par une définition de Dieu.
Mais l’essentiel est d’accepter de se laisser questionner par le Saint-Esprit qui nous demande : « Et toi ? comment participes-tu à la procession ? » « Comment contemples-tu ces trois personnes divines en mouvement dans le Saint-Esprit ? » « Comment cet amour déborde en toi et comment en vis-tu ? »

Si l’on reprend des paroles du Père Cantalamessa, le prédicateur bien connu de la maison pontificale, on trouve cette magnifique phrase :

« La Trinité, nous ne pouvons jamais la comprendre. En revanche, nous pouvons en faire une expérience infiniment plus grande et plus belle. Tout en l’adorant, tout en la méditant, savoir entrer en elle, ou plutôt savoir la laisser vivre à travers nous.
Parce que baptisés, nous sommes chacun, par grâce, plongés, rendus capables d’aimer de cet amour exceptionnel qui vient de Dieu et qui circule entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui nous dépassera toujours mais qui nous poussera toujours en avant, qui restera toujours la source et l’accomplissement de notre vie, aussi pauvre qu’elle soit. »

Rappelez-vous la question de Jésus à Pierre, après qu’il ait trahi trois fois :

« M’aimes-tu plus que ceux-ci ? »

Il n’a pas demandé si Pierre Le connaissait. C’est une question posée par notre Foi, notre Espérance et notre Charité, tout cela est trinitaire. Parce que nous sommes prêtre, prophète et roi, comment témoignons-nous d’un Dieu trinitaire ? Comment et par qui aimons-nous de façon trinitaire ? Ce sont des questions très bonnes à nous poser en ce jour pour être davantage intimes avec Dieu trinité et mieux le connaître.

La fête de la Pentecôte est là pour nous inciter à prier le Saint-Esprit, et l’Évangile de Saint Jean nous le rappelle :

« L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

Priez-le pour que cette situation d’amour puisse devenir une expérience que nous pouvons faire à chaque instant. A chaque moment de notre vie, nous pouvons choisir d’accueillir cet amour, ce cadeau immense qu’est cette relation éternelle d’amour.

Et si j’aime vraiment Dieu à la suite du Christ, l’amour des trois se manifestera à vous, à travers la vie conjugale, la vie fraternelle, une épreuve ou même à travers la mort.
C’est vraiment un mouvement trinitaire et nous n’existons que pour cela, et c’est la bonne nouvelle de ce jour : nous sommes plongés dedans, et cela change notre vie.

Chers frères et sœurs, je veux terminer en vous exhortant à faire nôtre cette bouleversante prière des premiers Chrétiens qui avaient déjà compris cela, juste après la mort de Jésus, avant même les grands dogmes sur la Trinité :

« Que la grâce de notre Seigneur Jésus le Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit-Saint soit toujours avec vous ! »

Il faisaient cette sincère et belle prière plusieurs fois par jour, avant une journée de travail, une rencontre importante ou une épreuve, que nous reprenons à chaque messe.
Et nous en connaissons la réponse : « Et avec votre esprit ! »

Alors, n’hésitons pas à ouvrir nos cœurs et notre intelligence à la Foi ! C’est pour cela qu’il faut scruter l’Écriture, aller y chercher les signes pour y retrouver les trois visages du Père, du Fils et du Saint-Esprit pour mieux vivre avec eux.

Les pères de l’Église ont beaucoup parlé de la Sainte Trinité. Et l’on se souvient des paroles de Sainte Élisabeth de la Trinité, si proche de nous. Ses écrits sont tellement beaux et tellement simples qu’elle peut nous aider à la découvrir et à l’aimer :

« Ô mes trois, mon tout, ma béatitude infinie, je vous aime ! »

Voyez comme c’est simple ! ça le paraît, en tous les cas…
Alors, chers frères et sœurs, à quelle heure la procession aura-t-elle lieu ? Et bien, c’est ici et maintenant, spécialement avec cette messe que nous célébrons, je l’espère, avec beaucoup d’amour, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre des Proverbes 8,22-31.
  • Psaume 8,4-5.6-7.8-9.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5,1-5.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 16,12-15 :

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »