Homélie de la solennité de la Sainte Trinité

1er juin 2026

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. »

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Texte de l’homélie

Chers frères et sœurs

Nous célébrons cette fête de la Sainte Trinité dans la dynamique de la Pentecôte que nous avons vécu dimanche dernier. Et nous faisons mémoire de la manière dont le Saint-Esprit est venu sur les Apôtres réunis avec Marie, puis ensuite sur l’Église… Cela implique la question du langage : chacun comprenait l’autre avec des origines différentes, avec des langues différentes. Chacun comprenait l’autre dans sa propre langue maternelle.

C’est intéressant de voir que la Saint Esprit permet à la fois de laisser l’autre dans sa propre réalité de vie, mais aussi de Le comprendre dans ma réalité de vie.

Le Saint-Esprit est l’altérité : c’est l’amour du Père et du Fils, il y a une circulation. Et, vous le savez bien, de ce côté là, l’Hébreu aide à comprendre un certain nombre de choses. Par exemple, le mot « langue » et le mot « rivage » sont les mêmes en Hébreu. Ainsi, dans cette culture, une langue est une rive, c’est un point de vue qui permet d’avoir une certaine vision du monde. Moi je parle le Français, j’ai une certaine vision du monde. S’il s’agit du Grec, de l’Allemand ou de l’Hébreu, c’est une autre vision du monde.

Ce qui est intéressant dans cette manière du Saint-Esprit d’agir c’est qu’au fond, à travers les langues de chacun, de la manière de voir de chacun, il y a de multiples rivages vers lesquels je suis amené à aller découvrir, à contempler et à accueillir avec son propre regard.
On le comprend bien avec cet exemple : si que vous vous êtes de ce côté-là de l’Oise, et si vous passez le pont, si vous allez sur l’autre rive, vous avez une autre vision de ce qu’est le paysage.

Et je trouve ça intéressant, car ça met en lumière ce qui est très puissant dans le mystère de la Trinité : chaque personne divine est en communion avec les autres personnes divines - beaucoup plus que les amoureux les plus transis, et Dieu sait si dans cette retraite de préparation au mariage, il y a dans cette assemblée des amoureux transis - mais beaucoup plus encore en communion et à la fois beaucoup plus distincte et différenciée. Chaque personne divine est distincte de l’autre et chaque personne divine est en communion avec l’autre. Et c’est vraiment le Saint-Esprit qui agit et qui nous permet de rentrer dans cette communion d’amour de la Trinité.
Et c’est pour cette raison qu’il a vraiment fallu une révélation pour ça.

Autant on s’appuie sur la révélation faite à Abraham d’un Dieu unique, ça bien sûr, mais il y a quelque chose de plus que le christianisme nous dit de Dieu, c’est qu’Il est, en Lui-même, circulation d’amour. Il est unique, mais il n’est pas solitaire. Il est unique, mais Il permet aussi à chaque personne divine d’accomplir sa propre mission, tout en étant distincte des autres, tout en étant en communion avec les autres.

Et je trouve ça très beau et c’est vraiment l’Esprit de Dieu qui a révélé ça aux hommes par l’Église : révélation. Le Christ, qui vient de Dieu, nous révèle qui est Dieu, et après cette révélation, on n’a rien su de neuf sur Dieu après le après le Christ, en tout cas dans notre Foi. Il n’y a pas quelque chose de neuf qui a été dit par d’autres religions, celles qui sont venues après le christianisme. Mais là, c’est vraiment une nouveauté. Dans le judaïsme, la nouveauté c’était vraiment le Dieu un, et avec le christianisme, c’est le Dieu circulation d’amour, le Dieu qui est à la fois en communion et à la fois en grande différence dans les missions.
Donc, c’est intéressant parce que ça nous fait prendre conscience que la différence est une richesse et qu’il ne faut pas la voir comme une menace. L’autre est différent de moi, mais c’est pas parce qu’il est différent de moi qu’il me menace.

Quand on est mû par le Saint-Esprit de Dieu, on peut justement lire et entendre l’autre dans sa langue maternelle, selon son point de vue, et accueillir sa différence. L’autre est autre que moi, il y a plusieurs bonnes manières de faire les choses. Il y a plusieurs manières d’être croyant, il y a plusieurs manières d’être croyant catholique, par exemple, voilà, il n’y en a pas qu’une seule.

Et, vous le savez, souvent on fait la comparaison entre la Pentecôte et l’anti-Babel. Vous vous rappelez la tour de Babel, la tour de Babel qui a été érigée, dans il n’y avait qu’une seule manière, qu’une seule langue sur toute la terre, un seul chemin vers Dieu. Voilà, et ce qui est intéressant, c’est que, dans la sagesse juive, il est dit :

« Dans la chute de la tour de Babel, un tiers a été détruit, un tiers s’est évaporé avec l’usure - avec les vents, avec les pluies, etc… - et un tiers est enfoui en chacun de nous. »

C’est-à-dire qu’en nous, il y a une forme de toute-puissance qui veut que je l’autre voie les choses à ma manière, avec ma manière d’appréhender les événements et les personnes.
Et donc, cela signifie que vivre de l’Esprit Saint, vivre de la Trinité, c’est rentrer dans un combat spirituel, c’est accepter à la fois la communion et à la fois la singularité, accepter la différence et accepter de faire route ensemble.

Et, ce mystère de la Trinité reste un mystère qui ne peut pas être expliqué avec des images comme le font certains : « C’est comme un gâteau coupé en trois », ce n’est pas si simple à expliquer. On a beau essayer de trouver des comparaisons avec notre monde visible, il n’y a rien qui soit comparable au mystère de la Trinité. C’est donc dans la foi que nous le recevons, et c’est justement cette foi qui élève l’intelligence à des réalités qui ne sont pas accessibles aux cinq sens.

Et donc, cette foi qui nous permet de d’accueillir l’autre avec ce qu’il porte, et de me dire aussi moi-même. Et pour vous, chers fiancés, qui êtes dans cette retraite de préparation au mariage, évidemment ça vous parle. Parce qu’en couple, on apprend à dire "je" et à dire "tu" pour dire "nous". Mais si je dis pas "je", je peux pas non plus affirmer le "nous". Vous voyez donc que, pour faire route commune, il est nécessaire de ne pas nier son individualité.

Et ça, ça nous rappelle quelque chose du mystère de la Trinité où chaque personne est absolument singulière et distincte des autres - encore une fois, bien plus que n’importe quelle personne humaine est distincte de l’autre - mais personne divine est en communion avec l’autre, beaucoup plus que n’importe quelle personne humaine pourrait être en communion avec une autre personne humaine.

Vous voyez, donc, c’est ce mystère la fois de distinction et de communion qui est difficile à tenir. Et c’est pareil dans une vie religieuse, dans notre communauté, car c’est aussi de cet ordre-là. À la fois on fait route commune, on a promis des vœux sur une règle, parce qu’il faut un fondement commun, et à la fois il y a l’accueil de la singularité de chaque frère. Et vous qui fréquentez notre communauté régulièrement, vous n’avez pas vos yeux dans vos poches pour voir bien que chaque frère est complètement différent de l’autre, et c’est une grâce : il n’y a pas de moule dans notre communauté ! Oui, c’est vraiment une grâce, et en même temps, c’est complexe, parce qu’il faut jongler entre la singularité et la route commune.

Et c’est le Saint-Esprit de Dieu qui donne cette unité, c’est le Saint-Esprit de Dieu qui fait ressentir l’équilibre, comme un bateau qui tangue. J’ai peut-être des demandes de singularité trop importantes à la communauté suite à des appels et des demandes que je reçois… Mais en même temps, si je me dissous hein dans le corps de ma communauté, ce n’est pas non plus lui rendre service que de nier ses propres talents. Vous voyez, c’est donc là qu’il faut faire appel à l’Esprit de Dieu pour le discernement et voir où je dois mettre le curseur ? Et cet équilibre est toujours à rechercher car il n’est pas forcément au rendez-vous, et qu’à travers ombre et lumière, on tente de se frayer un chemin…

Et j’aime bien cette rappeler cette phrase du pape Benoît XVI, lorsqu’un un journaliste un peu zélé voulait le mettre en difficulté, demandant : « Combien y a-t-il de chemins pour aller vers Dieu ? » Et ce cher pape - à qui on avait fait une assez mauvaise réputation, celle de quelqu’un d’un peu traditionnel et fermé - a eu cette réponse extraordinaire :

« Il est autant de chemins pour aller vers Dieu que de personnes. »

Autant de chemins pour aller vers Dieu que de personnes.. Mais c’était sans compter qu’il s’adressait à un théologien, à un érudit. Et je trouve ça beau de dire : le chemin pour aller vers Dieu de chacun de vous, dans votre couple, ou vous, chers jeunes - qui êtes venus ici pour un temps fort et camper ici à l’abbaye, avec ce charisme du scoutisme qui est extraordinaire - voilà, chacun de vous, vous avez un chemin.

Derrière cela, il y a aussi le fait que la question spirituelle reste une question ouverte pour chacun, où que vous en soyez de votre relation avec le Seigneur. Mais vous êtes ici dans cette chapelle, et si vous êtes ici, c’est que vous y avez été appelés, d’une manière mystérieuse peut-être. Mais il est nécessaire que cette question de la vie spirituelle reste une question ouverte pour découvrir votre propre chemin.

La fête de la Trinité est tellement belle, c’est une telle grâce, c’est une tel trésor de notre foi… C’est un Dieu unique, mais ce n’est pas un Dieu solitaire, c’est un Dieu qui est qui est circulation d’amour, c’est un Dieu qui à la fois accepte la singularité et promeut la communion.

C’est donc cette grâce que l’on va demander, parce que c’est pas si simple à gérer. Déjà, comme c’est un mystère, voilà, d’abord, premièrement, et puis deuxièmement, de vivre selon ce mystère de la Trinité qui habite en nous, qu’on a reçu au baptême. Vous le savez que, pour le baptisé, on parle de l’inhabitation de la Trinité en lui. C’est un mot un peu compliqué qui signifie qu’en nous, nous avons cette capacité à la fois de dire "je", de dire "tu", de dire "nous", et de ne pas le vivre dans une opposition. On a cette capacité-là de par le baptême, de par la grâce de Dieu.

Ainsi, nous allons demander ce que cette grâce se renouvelle aujourd’hui, en cette Eucharistie, particulièrement où on fête la Sainte Trinité, et que nous soyons chacun témoin d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à Son admirable lumière.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Exode 34,4b-6.8-9.
  • Livre de Daniel 3,52.53.54.55.56.
  • Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 13,11-13.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 3,16-18 :

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème :
« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. »