Texte de l’homélie
Frères et sœurs bien-aimés,
Vous le savez, en la fête de la Toussaint, nous fêtons tous ceux qui sont auprès du Seigneur dans la gloire, ceux qui sont connus - les saints qui sont canonisés et Samuel, notre cher frère sacristain, a fait toute une évocation de plusieurs saints, je vous invite à y aller, c’est une frise comme ça formidable avec beaucoup d’images de saints connus canonisés par l’Église - mais des saints aussi qui sont dans la gloire de Dieu inconnus. On fait mémoire de cela.
Mais laissez-moi vous faire peut-être un petit rappel de catéchisme aussi : il s’agit de prendre conscience que face à la vie éternelle, il y a plusieurs manières d’être avec le Seigneur.
Aujourd’hui, nous fêtons ceux qui sont dans la gloire de Dieu, qui sont rassasiés de la gloire de Dieu, de l’amour de Dieu, mais il y a ceux qui sont encore en chemin, ce qu’on appelle les personnes qui sont dans le purgatoire. C’est-à-dire que c’est l’amour de Dieu qui les purifie et cet amour de Dieu progressivement purifie les scories de leur cœur et pour les inviter un jour à rentrer dans cette plénitude de communion.
Mais il y a aussi ce qu’on appelle l’enfer qui est aussi l’amour de Dieu. L’amour de Dieu, l’enfer est dans l’amour de Dieu, forcément, on va vers l’amour de Dieu. Donc ça ne peut pas être autre chose, mais l’enfer, c’est l’amour de Dieu vécu comme une souffrance. C’est tout à fait différent. Des personnes qui connaissent l’amour de Dieu, c’est pas des personnes qui doutent, mais qui le vivent comme une souffrance.
Alors, l’Église ne nomme pas des personnes humaines qui seraient allées en enfer, parce que la miséricorde de Dieu est bien plus grande que ce que nous avons imaginer, nous pouvons imaginer.
Vous connaissez ces mots de la petite Thérèse :
« Moi si j’avais commis tous les crimes possibles, et bien voilà, je serai ce serait l’amour de Dieu comme un feu dévorant. »
Mais c’est intéressant de dire que, en tout cas, il y a Satan et il y a ses anges, parce que pourquoi il y a pas de miséricorde pour les anges ? Parce que les anges voient jusqu’aux dernières conséquences de leurs actes.
Donc c’est important, un petit rappel de catéchisme, de choses que vous connaissez déjà par cœur, mais les différents statuts de l’âme dans la vie éternelle. Et donc, c’est important de nous rappeler que, dans notre vie ici-bas, nos actes retentissent dans l’éternité.
Il y a des conséquences, il y a un lien entre le ciel et la terre.
Et j’aimerais méditer plutôt avec vous sur les implications plus concrètes de cette affirmation de la vie éternelle.
Premièrement, le rapport à la mort. Le rapport à la mort et le rapport aux défunts.
Le rapport à la mort et aux défunts
Les défunts et je vous le disais en entrée de cette célébration, nous avons la grâce d’avoir notre frère Gérard qui est décédé la semaine dernière et qui est là dans son cercueil, nous accompagne dans la prière. Et bien, les défunts font partie de l’Église.
Vous savez que dans nombre de villages, autour des églises, il y a le cimetière et donc pour rentrer dans l’église, on franchit hein euh le cimetière, voire parfois des personnes qui sont enterrées à l’intérieur de l’église. Tout ça pour signifier que les fidèles défunts sont avec nous et prient avec nous.
Mais c’est évidemment une manière différente de concevoir la mort. La mort est un passage, la mort est un lieu où l’âme se détache du corps et va vers Dieu et jusque dans la résurrection de la chair, parce que nous le croirons, nous l’affirmerons dans le credo que l’âme séparée du corps est, comme on dit, dans un état de violence. Et donc, si l’on imagine une plénitude et le paradis, on l’imagine comme une plénitude, forcément, c’est avec notre corps.
Mais vous voyez, rien que la le rapport à la mort est très différent par rapport à notre société, surtout dans les sociétés développées occidentales où on cache la mort. Vous voyez, par exemple, dans les maisons de retraite, la consigne est donnée de ne pas prononcer le mot mort ou décès. Et quand vous venez voir quelqu’un et qu’il est décédé, on vous dit « il est parti ». Et vous dites « mais la dernière fois, il était en soins palliatifs, il est pas parti très loin, j’imagine. » et « il est parti où ? »
Et là, vous avez un grand silence parce qu’on ne peut pas prononcer le mot mort. Vous voyez comme cette différence est grande. Parce que prononcer le mot mort, forcément, ça pose la question de la vie éternelle. Et après, il y a quoi ?
Donc une des implications, on peut dire concrète de la vie éternelle, c’est qu’on n’a pas peur de la mort, d’autant plus que nous, comme disciples de Jésus, nous savons qu’Il a franchi les portes de la mort et nous à Sa suite, nous sommes invités à les franchir pour aller dans la vie.
Nous chrétiens, nous voyons la mort comme un passage vers la vie.
Donc, je trouve que c’est intéressant de dire le rapport à la mort, justement, à notre finitude. Nous n’avons pas peur de notre finitude. Nous n’avons pas peur, nous ne voyons pas nos limites comme des menaces. Nous les voyons au contraire comme un lieu de communion avec le Seigneur.
Envisager l’éducation différemment
Mais aussi, je trouve qu’il y a une autre implication qui peut être intéressante, c’est de méditer sur l’éducation. C’est une implication qui est peut-être moins attendue sur la vie éternelle, mais pourtant, on le sait bien, quand on met un enfant au monde et que l’on est croyant, on le met au monde pour la vie éternelle. On ne le met pas au monde pour la fosse. Et ça, ça change radicalement les choses.
Ça change radicalement les choses parce que précisément, cet enfant-là va être éduqué avec ce souci particulier de développer en lui cette capacité de contempler Dieu. Et parfois, très jeunes, les enfants ont beaucoup de capacités à découvrir les mystères de Dieu, de d’être de s’émerveiller face à la création, de rendre grâce. Il y a une capacité extraordinaire chez l’enfant, mais parce que précisément dans notre foi nous sommes à l’image et à la ressemblance de Dieu et nous sommes invités à Le contempler dans la gloire.
Et donc, quand on met un enfant au monde, on le met au monde pour la vie éternelle, c’est-à-dire qu’on l’éduque aussi dans la vie spirituelle. On prend conscience qu’au fond, il y a un enjeu dans cette vie.
Si les parents font tout ce qu’ils peuvent évidemment, ceux parmi vous qui êtes grands-parents, vous savez combien votre rôle pour développer le sens spirituel chez l’enfant est important aussi. Justement, et quand il y a des décès dans la famille, il faut pas dire "il est parti faire un grand voyage". Parfois, on entend des gens qui disent cela pour éviter la confrontation avec ce sujet.
Non, il faut dire les choses à l’enfant avec des mots simples : « Papy était sur terre, maintenant il est mort, il est dans les cieux, il est auprès du auprès de Jésus », etc… et on explique ça à l’enfant. Voilà, on lui fait progressivement prendre conscience qu’il y a une vie après la mort.
Vous voyez, je pense que euh c’est ce rapport à la vie et à l’éducation qui est différent. Mais aussi ce rapport au temps.
Le rapport au temps
Je trouve qu’il y a un rapport au temps qui est différent parce que le fait d’affirmer la vie éternelle, comme je vous l’ai dit, c’est affirmer une finitude qu’il y a un début, et qu’il y a une fin pour notre vie, toute comme il y a un début, il y a une fin pour le monde.
Nous savons que ce monde a eu un début, c’est le livre de la Genèse, la création, mais nous savons que ce monde aura une fin. Ça veut dire que nous sommes dans un temps fléché. Ça veut dire quoi un temps fléché ? C’est un temps qui a une densité, qui a un temps qui a une puissance parce que précisément se joue dans ce temps-là quelque chose de l’éternité.
Par exemple, c’est tout à fait différent des traditions asiatiques. Pour les traditions asiatiques, par exemple, c’est un temps circulaire, avec la réincarnation, mais évidemment, la réincarnation n’a strictement rien à voir avec la résurrection. Il y a force de la résurrection de la chair qui nous affirme qu’à un moment donné, nous serons avec le Seigneur même avec notre corps à la fin des temps.
Donc le fait d’affirmer la vie éternelle, vous voyez, je trouve que ça donne un rapport au temps différent, ça donne comme une densité, un enjeu à ce temps-là qui passe. Ça peut être aujourd’hui notre dernière journée et cela ne nous fait pas peur de l’affirmer et la mort vient nous cueillir quand le Seigneur le décide et c’est à nous d’être prêt.
Mais justement, le fait d’être prêt, et bien, ça nous nous invite à une conversion, le fait que ce temps aura une fin et que nous-mêmes nous aurons une fin dans notre vie, et bien je trouve c’est au contraire ça nous donne beaucoup d’espérance.
La Toussaint, c’est aussi la fête de l’espérance, car ne pas croire à la vie éternelle, c’est un désespoir complet. Voyez, tout en respectant bien sûr les convictions de chacun, je suis toujours très perplexe face à des personnes qui n’ont pas de cérémonie religieuse, quelle que soit leur appartenance religieuse, pour les pour les funérailles.
Même si les pompes funèbres peuvent proposer des cérémonies laïques, derrière ça, il y a une certaine désespoir parce que justement, cela nous laisser à penser que notre vie est faite pour la fosse
Vous voyez, et je crois que et c’est très important d’habiter ces moments de funérailles parce que déjà, les gens écoutent au moment des funérailles plus qu’au moment des mariages, par exemple, Les personnes se disent que l’être cher est dans le cercueil qu’un jour, elles y seront à leur tour.
Donc je crois que cette vie éternelle a plus de conséquences concrètes qu’on ne le pense, et ainsi, loin de nous désengager de notre vie quotidienne qui semblent si loin de ces considérations, elles nous amène à nous interroger. La vie éternelle nous mobilise pour la vie quotidienne, parce que c’est là que se joue la contemplation dans la gloire.
Alors voilà, je vous encourage à reprendre ces quelques mots tout simples que vous connaissez déjà par cœur, en conscience, à travers cette fête de la Toussaint, que la liturgie nous donne l’occasion de nous rappeler que nous sommes invités à être les témoins d’un Dieu qui nous appelle des ténèbres à sa admirable lumière,
Amen.
Références des lectures du jour :
- Livre de l’Apocalypse 7,2-4.9-14.
- Psaume 24(23),1-2.3-4ab.5-6.
- Première lettre de saint Jean 3,1-3.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,1-12a :
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »