Homélie de la solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

5 juin 2018

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. »

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Texte de l’homélie :

Chers frères et sœurs, chers jeunes,

Vous souvenez-vous que Jeudi Saint, nous avons célébré l’institution de l’Eucharistie. Et la couleur propre de cette célébration était l’intimité de l’Amour. Les Apôtres réunis avec le Christ au Cénacle, les discours qu’Il leur livre comme on livre un testament à ses plus proches. C’était aussi l’imminence de Sa mort.
Aujourd’hui, nous célébrons cette même eucharistie, mais avec une autre couleur, celle de la gloire de l’Amour ; cette Eucharistie qui produit du fruit, qui gagne les cœurs, et qui permet que Dieu soit glorifié dans le monde tout entier.

Par la procession de cet après-midi, nous faisons mémoire de Jésus qui traverse notre monde comme un roi bien-aimé et qui est acclamé, un peu comme c’était le cas lorsque le roi passait au milieu de la foule, autrefois.
Et c’est comme Roi de l’Univers que nous célébrons Jésus aujourd’hui. Il peut prétendre à tous les titres notre amour et de notre admiration, et Il va passer au milieu de nous ! C’est notre Dieu qui vient vraiment visiter ton peuple.

Un air de fête pour rendre la présence de Dieu concrète et visible

Mais, revenons à la manière ancienne de célébrer la Fête Dieu – car, entre temps, il faut bien admettre que nous avons un peu édulcoré les choses : pour ce grand jour, le Saint-Sacrement sillonnait les rues du village ou de la ville, la fanfare jouait à toutes forces le bonheur que le Seigneur soit au milieu de nous, les jeunes qui allumaient des pétards pour exprimer leur joie… parfois, on aimerait bien que ces Fêtes Dieu nous rejoignent à nouveau dans ce qu’elles ont de plus populaire, de plus immédiat et spontané, car il faut que notre joie puisse éclater.

Quand on cite le latin, dans le tantum ergeo, on dit : « Quam tum potes tantum aude », ce qui signifie : « Tant que tu le peux, ose-le ! ».

Il n’y a pas de limites au don qu’Il a fait de lui-même à travers l’Eucharistie. Et c’est précisément la raison pour laquelle c’est une fête, la Fête Dieu.

Tout comme il y a la fête du village, il y a la fête de Dieu. Et c’est ce que nous voudrions retrouver à travers ces belles liturgies populaires comme la procession, l’installation de reposoirs, la confection de bouquets et le lancer de pétales de fleurs.
Tous les villages étaient convoqués pour décorer le parterre des portes, embellir les rues.

Un Dieu qui s’est fait chair par amour pour nous

Dieu habite réellement son peuple par Son corps et par Son sang : c’est la transsubstantiation. Les apparences restent, mais le cœur de l’hostie change : Jésus et présent. Pas seulement une partie seulement, comme un morceau de Sa chair (nous ne sommes pas des anthropophages) : c’est le corps glorieux du Seigneur, Son corps ressuscité.
Et ce corps communique l’esprit. Jésus dit :

« La chair ne sert de rien. »

C’est la chair du Seigneur spiritualisée qui nous donne toute la plénitude de Son esprit et de Son âme. C’est magnifique, et il faut que cela se sente à travers toute notre vie.
Et que va trouver le Seigneur au milieu de la procession ? des fleurs, un reposoir, des chants… cela veut dire que Dieu est accueilli et que nous recevons cette parole avec beaucoup d’attention.

À Noël, lorsque nous avons lu le prologue de Saint Jean :

« Il est venu parmi les siens et les siens ne l’ont pas reconnus. »

Alors aujourd’hui, faisons mentir cette parole en montrant au Seigneur que l’on veut l’accueillir, particulièrement dans ce don suprême qu’Il est.
Un père de l’Église disait, sans doutes avec nostalgie :

« En naissant parmi les hommes, Dieu naît à l’étranger, comme un migrant, comme un exilé. »

Il nous reste à nous mettre de Son côté, d’être de Son peuple de sorte que nous soyons du peuple de Celui qui est exilé. C’est pour cela que nous sommes nombreux à cette Eucharistie, et que nous nous préparons à cette procession.
Et par toutes ces fleurs, ces feuillages, ces pétales, nous permettons aussi à la Création de L’accueillir ; nous passerons par le verger, sans doutes accompagnés de nos animaux, pour montrer que la Création elle-même accueille le Seigneur.

« Arbres du Seigneur, dansez devant Lui, acclamez-le devant Sa face ! »

Oui, c’est vraiment cela : le Seigneur est trop grand pour que toute la Création ne l’accueille pas. Comme le dit l’Écriture :

« S’ils se taisent, les pierres crieront ! »

S’ils se taisent, la Création toute entière acclamera.
Un petit point de la liturgie dont la beauté mérite d’être soulignée : autrefois, on faisait quatre reposoirs, et à chacun de ces reposoirs, on proclamait le début d’un des quatre évangiles en se tournant vers un des quatre points cardinaux, pour signifier que le Seigneur remplit vraiment tout l’Univers, du plus profond de notre cœur jusqu’aux confins du cosmos.

Avec tous ces signes, nous voulons annoncer qu’à la fin des temps, toute la Création, le monde tout entier sera un immense reposoir, et c’est pour cela que nous n’aurons plus besoin de temple comme le dit l’Apocalypse.

Comment recevoir dignement le Seigneur ?

Comme vous le savez, le reposoir par excellence, c’est notre cœur.
Pour cela, soulignons deux points :

Purifions notre cœur :

Par opposition à ces temps passés marqués par trop de rigueur, on prend maintenant l’Eucharistie un peu trop à la légère. On parlait de « faire ses Pâques », c’est à dire qu’il fallait s’être confessé durant la semaine sainte pour recevoir le Seigneur. Rappelons-nous que Dieu veut des cœur purifiés
Le sacrement de la réconciliation du cœur, ce n’est pas l’Eucharistie, c’est la confession. Si nous avons commis des péchés graves, il faut les confesser pour recevoir le Seigneur. En effet, on ne peut pas aller n’importe comment devant une personne si grande que le Christ ; il faut être propre et net. Il faut pouvoir Lui offrir cette pureté de notre cœur. C’est tellement beau de se dire que si l’on aime le Seigneur, il faut que l’on puisse le recevoir le moins indignement possible.

Alors, une fois par an, l’Église demande que nous fassions nos Pâques, cette confession mensuelle – ou annuelle, au minimum – et de communier au moins une fois par an.

« Donne nous de vénérer d’un si grand amour les mystères de Ton corps et de Ton sang »

Ayons un cœur fervent :

N’ayons pas des cœurs froids, mais des cœurs fervents. Ne soyons pas superficiels, cela nous concerne tous… Quand j’étais jeune, la messe m’ennuyait, mais cela a changé du jour où j’ai eu une vie de prière : seule une vie de prière profonde peut vous permettre de vénérer d’un grand amour les mystères du corps et du sang du Seigneur.
Il faut retrouver le chemin de Son cœur, car c’est là que Dieu se révèle et non pas à la superficialité de nos sens, de notre sensibilité.

Soyons comme ces martyrs d’Abitène qui disaient « non possumus » :

« Nous ne pouvons pas ! »

On voulait les priver d’Eucharistie, les empêcher d’aller à la messe, et ils disaient qu’ils ne pouvaient pas vivre sans l’Eucharistie.

Chers frères et sœurs, que cette Eucharistie soit vraiment ce qui est vital pour nous, ce qui est essentiel, ce qui fait notre joie.
Demandons pour cela à la Vierge Marie de nous l’enseigner pour être vraiment cette demeure de Dieu, ce parfait reposoir,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre de l’Exode 24,3-8.
  • Psaume 116(115),12-13.15-16ac.17-18.
  • Lettre aux Hébreux 9,11-15.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 14,12-16.22-26 :

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent :
« Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »
Il envoie deux de ses disciples en leur disant :
« Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,
et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”
Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.

Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.