Homélie de la solennité du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ

9 juin 2026

« Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

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Texte de l’homélie

Les lectures - en particulier la première lecture et l’Évangile - nous présentent l’Eucharistie comme nourriture. Comme le dit dans l’Évangile, l’Eucharistie est le pain vie :

« Son corps et son sang sont une vraie nourriture et une vraie boisson. »

L’Eucharistie nourrit notre union avec le Christ. Elle fortifie notre charité, notre amour de Dieu et du prochain :

« Lève-toi et mange, car autrement le chemin serait trop long pour toi. » (1 R 19, 7)

Cela m’a amené à me poser la question suivante : comment cela fait-il que cette nourriture soit plus nourrissante pour certaines personnes que pour d’autres ? Quelles sont les dispositions qui font que cette nourriture porte plus de fruits chez certaines personnes que chez d’autres ? Que faire pour que l’Eucharistie nous nourrisse vraiment ?
Bien entendu il faut garder à l’esprit que les effets de la nourriture ne sont pas instantanés ; on les mesure mieux dans la durée.

J’ai ainsi retenu trois facteurs principaux qui font que l’Eucharistie nous nourrisse plus ou moins :

  • la foi en l’Eucharistie : si l’on y croit pas, elle ne pourra pas nous nourrir beaucoup…
  • la préparation et l’action de grâces : en quoi en ai-je besoin ? ne suis-je pas déjà rassasié des choses de ce monde ?
  • la cohérence de vie : cette nourriture n’agit pas avec magie, il faut s’y préparer dans toute notre manière de vivre…

Je ne vous propose pas de grandes envolées mystiques mais plutôt des pistes bien concrètes. Je pense que de temps à autre, cela nous aide à faire de petits pas nécessaires pour grandir dans notre vie chrétienne.

La Foi en l’Eucharistie

Alimenter notre foi

Nourrir la foi en l’Eucharistie est extrêmement important. En effet, comme tous les sacrements de la foi, ils ne peuvent produire pleinement leur effet qu’à proportion de notre foi. Cela ne signifie pas qu’il faut avoir une foi parfaite, mais une disposition d’accueil. Saint Paul a des paroles extrêmement fortes :

« Celui qui mange et qui boit mange et boit son propre jugement s’il ne discerne pas le corps du Seigneur. » (1 Co 11)

Pour cela, il faut commencer par la lecture de la Parole de Dieu]] (par exemple, prendre au sérieux les paroles de Jésus dans l’évangile du jour et tout le discours sur le Pain de Vie). Comme vous le savez, la foi est la réponse à Dieu qui se révèle.

Il faut aussi en demander la grâce. Comme le dit le père d’un enfant malade dans l’évangile : Seigneur, « je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! » (Marc 9:24). De la même manière, nous pourrions dire : « Seigneur Jésus, augmente ma foi en ta présence réelle ».

Il est également nécessaire de passer du temps devant le Saint-Sacrement, l’adoration eucharistique, nous aide à approfondir la foi en la présence du Christ. La foi s’approfondit moins par des raisonnements que par une fréquentation régulière du Seigneur.

Adopter le bon comportement

Cette foi s’exprime dans des attitudes : si je crois vraiment que c’est le Seigneur que je reçois, je ne peux pas m’autoriser certaines attitudes désinvoltes. Les gestes comme l’inclination, la génuflexion, … sont important pour exprimer extérieurement ce que je crois intérieurement. Si je me déplace dans l’église comme s’il n’y avait pas le Saint Sacrement, il y a un problème.

Ma manière de communier exprime-t-elle le respect, ma foi en la présence du Seigneur.

Donner du temps pour une visite au Saint Sacrement ou à l’adoration est une autre manière encore d’exprimer ma foi.

Aller au-delà du ressenti

La foi opère au-delà de ce que nous percevons.

Un élément très important dans notre vie de foi en général et dans notre foi en l’Eucharistie en particulier est de ne pas nous enfermer dans notre ressenti. La foi n’est pas une question d’émotions fortes ou une consolation immédiate.

La foi opère au-delà de ce que nous percevons. Nous pouvons recevoir la communion de manière fructueuse sans rien ressentir. L’action de Dieu est souvent discrète et se manifeste davantage dans la durée : patience accrue, charité plus grande, fidélité dans les épreuves, etc.

Désir, préparation et action de grâce

Selon que l’on s’est vraiment préparé à recevoir l’Eucharistie et que l’on a fait une vraie action de grâces, l’Eucharistie produit plus ou moins de fruit.

Faire grandir le désir de la communion

Avant même de venir à la messe, il est bon d’entretenir ce désir d’être en communion avec le Seigneur Jésus. La première lecture nous parle de la faim : ai-je faim de recevoir le corps de Jésus ?
La société matérialiste dans laquelle nous vivons ne nous aide pas. Le matérialisme éteint la faim spirituelle. Or il est salutaire d’éprouver la faim, une faim pas seulement de choses matérielles mais spirituelles.

Se préparer à la communion

De manière plus immédiate, il est important de se préparer à ce moment de rencontre avec Jésus. On peut voir toute la messe comme une préparation à ce sommet de cette rencontre intime avec Jésus. En un sens plus objectif, on peut dire que le sommet de la messe est le moment de la consécration au cœur de la prière eucharistique. Mais d’un point de vue subjectif, c’est sans doute davantage la communion.

Cela commence tout simplement par le fait d’arriver à l’heure ou même en avance à la messe ! Les rites d’introduction ne sont pas facultatifs. Mais aussi à canaliser notre attention pendant la messe.

Rendre grâces après la communion

Nous avons besoin de temps pour assimiler la grâce reçue dans la communion. L’action de grâces est essentielle. Si elle est trop courte pendant la messe, il ne faut pas hésiter à y revenir après. C’est un peu comme la bûche que le feu ne ferait qu’effleurer. L’adoration eucharistique est un moment précieux pour cela.

Cohérence de vie

Confesser les péchés mortels

Je ne vais pas détailler ici ce qu’est un péché mortel. Mais il est important de garder en mémoire l’avertissement sévère de saint Paul :

« Et celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur. On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe. » (1 Co 11)

On ne peut pas communier si on a sur la conscience une faute grave que l’on n’a pas confessée dans le sacrement de réconciliation.

Être dans une dynamique de conversion

L’Eucharistie est destinée à nourrir une relation vivante avec Dieu, à nous aider à progresser dans la vie chrétienne. Ce serait aussi une contradiction de s’approcher de la communion si nous n’avions aucun désir de progresser dans notre vie chrétienne.
Bien sûr, comme le centurion, nous disons :

« Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ! » (cf. Mt 8, 8)

Cela suppose le désir d’être guéri, d’avoir une vie chrétienne cohérente. Si nous n’avons pas le désir de progresser, la communion ne nous sera pas très profitable.
La fécondité du sacrement est souvent liée à notre disponibilité à accueillir cette transformation.

Être décidé à aimer

Le fruit principal de l’Eucharistie, c’est l’union avec le Christ. Cette union nous entraîne à faire nôtres Ses sentiments et à vivre de la charité, de l’amour de Dieu et du prochain.

La grâce de l’Eucharistie a du mal à se frayer un chemin en nous si nous gardons volontairement des rancœurs, si nous ne sommes pas décidés à sortir de nous pour aimer les autres.

Heureusement, la grâce n’attend pas que nous soyons parfaits pour commencer à agir en nous mais elle a besoin de notre bonne volonté, de notre désir de progresser, d’avancer sur le chemin.
Elle n’est pas faite pour les gens qui, délibérément, veulent rester sur le parking.

Conclusion :

En conclusion, je vous propose, dans le court silence qui va suivre, de garder en mémoire l’un des éléments qui est venu vous rejoindre pendant cette homélie. Sans doute le Seigneur veut-il que vous travailliez plus particulièrement ce point. Ainsi l’Eucharistie pourra-t-elle vous nourrir vraiment et vous donner la joie de grandir dans la vie chrétienne.

Demandons à Marie, la femme eucharistique comme l’appeler saint Jean-Paul II, de nous aider. Demandons l’aide des saints connus très particulièrement comme de grands amoureux de l’Eucharistie, Thomas d’Aquin, Pierre-Julien Eymard, Jean-Marie Vianney, et récemment Carlo Acutis, de nous aider sur ce chemin,

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre du Deutéronome 8,2-3.14b-16a.
  • Psaume 147,12-13.14-15.19-20.
  • Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 10,16-17.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,51-58 :

En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »
Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »