Texte de l’homélie
Chers frères et sœurs,
En guise d’introduction, j’aimerais reprendre une citation de notre fondateur. Je vous préviens : elle n’est pas tellement dans l’air du temps. Pourtant, on peut y avoir un écho des lectures de la Parole de Dieu que nous venons d’entendre.
Bien entendu, il ne s’agit pas de faire l’apologie de la souffrance. Mais Jésus ne nous promet pas une vie chrétienne sans souffrance. L’évangile et la première lecture nous parlent du mal qui vient de l’extérieur, de la persécution. Ce sera la première partie.
La deuxième lecture nous parle du mal qui vient de l’intérieur, de cette inclination au péché que nous avons tous.
Mais, et ce sera ma troisième partie, face au mal qui nous atteint, Dieu ne nous laisse pas seuls. Il nous donne sa grâce pour affronter le mal ; Il nous donne aussi un soutien fraternel.
Le mal qui nous assaille de l’extérieur, la persécution
Les persécutions
Dans notre vie, le mal se présente de manière multiforme. Les lectures de ce jour nous présentent les souffrances liées à une persécution.
Le Psaume 68 est très clair :
« C’est pour toi que j’endure l’insulte, que la honte me couvre le visage… L’amour de ta maison m’a perdu ; on t’insulte, et l’insulte retombe sur moi. »
Le fait d’être fidèle à sa conscience, le fait de suivre Jésus ne nous promet pas une vie facile.
Dans notre pays, ce qui est le plus présent, c’est une pression sociale, une persécution « polie », comme le disait le pape François. Dans une homélie du 12 avril 2016, le Pape dénonçait déjà des « persécutions en gants blancs, des persécutions culturelles, celles qui te confinent dans un recoin de la société, qui en viennent à te faire perdre ton travail si tu n’adhères pas aux lois qui vont contre Dieu Créateur ».
Sur les questions relatives à l’identité de genre, à la famille ou encore à la bioéthique, il devient de plus en plus difficile d’affirmer ses croyances religieuses.
Ne pas généraliser
Voir le mal et être conscient de la « persécution en gants blancs » ne doit pas nous faire tomber dans le complotisme, dans une sorte de paranoïa : il y a beaucoup de personnes de bonne volonté qui ont le cœur sur la main. Il ne faut pas voir tous les gens comme des ennemis. Il ne faut pas généraliser. Un discernement est donc à faire, à mi-chemin entre un pessimisme sans nuances et un optimisme naïf. Nous sommes invités à ne pas nous laisser conduire par la peur.
De plus certaines fois, il y a des chrétiens qui se font haïr du monde, mais ils l’ont « bien mérité". Les médias s’attendent à ce que les chrétiens et les prêtres en particulier vivent selon l’Évangile et soient intègres. Et hélas ce n’est pas toujours le cas.
Quelquefois nous avons bien mérité que les gens se moquent de nous !
En outre, il n’est pas défendu d’être prudent. Vous connaissez sans doute l’épisode des franciscains qui ont trouvé la mort au Maroc du vivant de saint François d’Assise. Cela se passe en 1220. Cinq frères mineurs vont à Séville, entrent dans la mosquée principale, et insultent Mahomet et le Coran. On les emmène ensuite à Marrakech et là encore ils multiplient les insultes contre l’Islam. Résultat : on leur coupe la tête. Il faut bien avouer qu’ils l’ont un peu cherché !
Le syndrome de la grenouille
Dans ce contexte, un des dangers les plus grands est le syndrome de la grenouille. Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite, l’eau chauffe doucement. Cela devient de plus en plus désagréable cependant la grenouille finit par s’affaiblir et n’a plus la force de réagir. Elle finit par cuire et mourir.
Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50 degrés, elle aurait immédiatement donné le coup de pattes adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite.
Dans notre société, la dérive s’accentue progressivement. Les consciences s’assoupissent peu à peu et nous ne voyons plus le mal auquel il faudrait résister. Ce n’est pas toujours simple de savoir par quels moyens réagir. En ce dimanche précisément, nos évêques nous invitent – et c’est un minimum – à commencer une neuvaine de prière avant le vote à l’assemblée nationale du 30 juin. C’est quelque chose de très simple : intégrer dans notre prière quotidienne les intentions qu’ils ont proposées « avec un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père ».
Vous êtes aussi invités à vous joindre à tel ou tel rassemblement, à interpeller nos élus…
Le mal qui nous assaille de l’intérieur : l’inclination au péché
Au mal qui vient de l’extérieur vient s’ajouter le mal qui vient de l’intérieur. Car il y a des complices dans la place ! Sinon, ce serait trop simple, un peu manichéen : la méchanceté à l’extérieur, la bonté en moi…
Le péché originel
Dans la deuxième lecture, saint Paul nous parle du péché originel. Qu’on le veuille ou non nous portons une inclination au péché qui nous vient du péché originel :
« Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort ; et ainsi, la mort est passée en tous les hommes, étant donné que tous ont péché. »
Il ne faut pas minimiser nos tendances mauvaises, nos inclinations au mal.
Comme le dit le catéchisme de l’Église catholique :
On le voit avec des personnes comme Jean-Jacques Rousseau, qui imaginait que l’enfant est un être totalement bon par nature que la société corrompt. C’est bien le contraire qui se passe : l’éducation est essentielle pour avoir un comportement selon l’évangile.
Tout ne se réduit pas à des erreurs, à des faiblesses psychologiques, on ne peut tout excuser. Dans certaines personnes, on peut même percevoir une vraie méchanceté qui reflète aussi celle du diable.
Cela peut nous sembler injuste mais c’est comme ça !
Là aussi, il ne faut pas noircir le tableau
Tout n’est pas mauvais en nous : la nature humaine est blessée par le péché mais elle n’est pas corrompue.
Dans son encyclique sur l’Église, Paul VI nous invite à nous situer en les deux extrêmes d’un optimisme naïf et un pessimisme sans nuances :
Et surtout, nous savons que Jésus vient nous sauver et qu’en Lui, la victoire est déjà acquise. La grâce du baptême nous est donnée précisément pour effacer la faute originelle (mais pas ses conséquences).
Se faire baptiser, c’est renoncer à Satan et choisir Jésus.
Appelés à l’humilité et à la confiance
Il y a une forme d’orgueil qui nous fait présumer de nos forces. On joue quelquefois avec le feu.
J’aime beaucoup le réalisme de notre Règle de vie qui, à propos de la chasteté, nous invite aux « efforts nécessaires d’humilité, de prudence et de prière ». On ne peut pas se permettre n’importe quoi ; on ne peut pas s’habiller n’importe comment ; on ne doit pas jouer avec le feu. Car nous sommes faibles et pécheurs !
Saint Paul qui parle si bien du péché originel n’est pas pessimiste, bien au contraire :
« Il n’en va pas du don gratuit comme de la faute. En effet, si la mort a frappé la multitude par la faute d’un seul, combien plus la grâce de Dieu s’est-elle répandue en abondance sur la multitude, cette grâce qui est donnée en un seul homme, Jésus Christ. »
Il y a une forme d’optimisme dans la Parole de Dieu. En fait, il s’agit plutôt d’espérance. Certes la vie chrétienne est un combat mais Dieu ne nous laisse pas seuls.
Si, par le péché originel il y a une solidarité dans le mal, il y a aussi, grâce à Dieu, une solidarité dans le bien.
Dieu nous donne les instruments de la victoire
Le soutien fraternel
Nous sommes appelés à nous appuyer sur nos frères et sœurs. Tout le monde n’a pas la grâce d’être un héros solitaire. Nous savons qu’un chrétien seul est un chrétien en danger. Le plus souvent, il y a une belle émulation qui nous entraîne à mieux aimer Jésus et à accepter des choses difficiles par amour pour Lui.
L’exemple de nombreux martyrs d’hier et d’aujourd’hui est toujours précieux.
Nous avons besoin de nous appuyer sur l’exemple et l’intercession des martyrs. S’ils ont tenu malgré les souffrances et les difficultés alors qu’ils étaient de la même pâte que nous, c’est bien parce que Jésus les a aidés.
La présence et la grâce de Dieu
C’est un élément très présent dans les lectures de ce jour : pour affronter les difficultés et la souffrance, nous ne sommes pas seuls. Comme Jérémie l’affirme :
« Le Seigneur est avec moi »
Si notre solidarité avec Jésus entraîne certaines souffrances, Sa solidarité avec nous est encore plus vraie :
« Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. »
Jésus ne nous délivre pas toujours de la souffrance mais Il nous donne la force de la porter.
C’est dans la prière que cette confiance en Dieu se nourrit :
« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? (…) Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? En tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Rm 8)
Comme le disait très bien le pape Benoît XVI :
La perspective de la vie éternelle
Comme le répète l’Evangile à plusieurs reprises : risquer sa vie corporelle n’est pas le plus grave ; le vrai drame est de perdre son âme, de perdre la vie éternelle. Il y a pire que la souffrance : le fait que notre vie n’ait pas de sens. Le danger le plus grand, c’est d’être séparé de l’amour de Dieu. La foi vivante en la vie éternelle nous guérit de la crainte.
Comme vous l’avez peut-être remarqué, ces deux derniers points sont des composantes de l’Espérance. Dans l’acte d’Espérance, nous demandons en effet au bon Dieu : Sa grâce en ce monde et le bonheur éternel dans l’autre.
Conclusion :
Comme le montrent les évangiles et l’Apocalypse, la Vierge Marie n’a pas été épargnée par la souffrance, bien au contraire.
Demandons-lui de nous prendre par la main afin que, comme elle, nous vivions avec Jésus, mort et ressuscité.
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre de Jérémie 20,10-13.
- Psaume 69(68),8-10.14.17.33-35.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 5,12-15.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 10,26-33 :
En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps.
Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.
Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. »