Texte de l’homélie
Il y a des moments où on se demande ce que fait le Seigneur, où Il est, pourquoi laisse-t-Il les états, les pays, les hommes s’enfoncer si gravement dans le péché et finalement dans le malheur… Et dans ces moments, il nous est bon de réaffirmer la seigneurie du Christ.
Réaffirmer la seigneurie de Dieu
C’est ce que nous rappelle la première lecture :
« Il n’y a pas d’autre dieu que toi, qui prenne soin de toute chose : Tu montres ta force si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance, et ceux qui la bravent sciemment, tu les réprimes. »
Toute chose est dans la main de Dieu, toute chose obéit à Dieu, tout être lui obéit, même le démon, même le mal. Et tout cela, pour Lui rendre gloire ; cela est mystérieux, mais aucun événement, aucune personne quoi qu’il fasse, ne peut échapper cette glorification de Dieu.
Il faut nous redire cela dans les moments où l’évangile est combattu. Ces derniers temps nous en sommes témoins.
C’est le sens des apocalypses. Il n’y a rien à voir avec des films pour se faire peur : l’apocalypse, c’est voir simplement de l’autre côté du rideau un Dieu tout puissant, un Dieu bienveillant, comme celui que nous décrit la première lecture.
Au temps où la Grèce païenne imposait avec violence ses délires au peuple Hébreux avec Antiochus Epiphane, on écrivit un livre apocalyptique, le livre de Daniel, ce jeune qui refuse l’idolâtrie, d’adorer la statue et qui est prêt à le payer de sa vie : jeté dans la fournaise, puis dans la fosse au lion avec ses frères de religion Ananias, Azarias, et Misael.
Il présentera aussi ses empires qui s’entredévorent les uns les autres et ce mal qui se consume par lui-même, qui se détruit par lui-même.
C’est le sens de l’Apocalypse de Saint Jean : en un moment où l’Empire Romain est tout puissant, il écrit à ses églises, à ces chrétiens qui se découragent et se laissent impressionner par cet animal :
« Cet empire sera détruit, Babylone sera vaincue et la Jérusalem céleste descendra du Ciel et comblera toute chose ».
Si certains peuvent être tentés d’identifier notre Seigneur et notre Dieu à l’empereur tout puissant, Saint Jean rectifie le tir : il montre avec toutes ces images que les monstres, les empires terrestres, seront vaincus.
Oui frères et sœurs, il faut retrouver les sens d’un Dieu puissant. Parce que les défaites que nous venons de subir sapent quelque chose de notre confiance en nous, si ce n’est de notre confiance en Dieu. Et c’est une tactique de l’adversaire : nous convaincre de notre insignifiance, c’était la grande tactique des philosophes au XVIIIe mettre les rieurs de leur côté, convaincre de niaiserie et de stupidité le parti de l’Église…
Ne l’oublions pas que l’intelligence véritable est du côté de la foi, le respect véritable de l’homme, est du côté de la foi, tout comme le progrès authentique. Certes c’est une foi toujours à purifier, une Église toujours à réformer, mais porteuse de cette excellence de l’humanité. Selon les mots de Paul VI :
Une Seigneurie qui sait attendre
Mais ne nous y trompons pas : la seigneurie du Christ n’écrase pas tout à force de coup de poing et de coups de force. Ce n’est pas Terminator ! Dieu est tout puissant, car Il sait attendre…
« Ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose.
Toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement. »
C’est magnifique : plus Dieu est fort, plus Il Se montre patient et doux. Pourquoi ? Dieu ménage Son temps, car Il attend le moment favorable. C’est le sens de la longanimité. Si on coupe des destinées avant terme - si je puis dire - elles n’auront pas donné leur fruit.
Imaginons un saint Augustin, mort à 20 ans, jugé à 20 ans ! Bien peu de choses intéressantes en seraient ressorties, seulement beaucoup de médiocrité.
Nous avons-nous aussi à être longanime : attendre le moment favorable, notamment on éduque notamment.
Le sens de la longanimité divine est développé dans texte la Sagesse. Attendre la conversion. Le délai est mystérieux, mais il est sage, ce n’est pas à nous de faire le tri, parce que nous ne connaissons pas ce délai. Ce temps optimal, cette durée, qui permet que les desseins de Dieu se réalisent.
Comme le dit Saint Jean-Marie Vianney :
« Les Saints n’ont pas tous bien commencé, ils ont tous bien fini… »
Oui mais il a fallu attendre et espérer pour tous.
Pourquoi attendre ? un dynamisme propre est à l’œuvre
On peut se demander : pourquoi attendre ? Pourquoi donner du temps à l’homme ?Est-ce simplement espérer un hypothétique revirement ? comme un changement de direction du vent… alors l’attente multiplierait les probabilités d’un changement… Peut être qu’il changera… disent parfois les parents devant un adolescent difficile…
Ce n’est pas du tout le sens de l’Évangile. Si Dieu attend, s’Il nous invite nous aussi à être longanime, c’est parce que quelque chose a été semé. Une graine et cette graine a son dynamisme propre :
Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes.
Et dans un autre passage : il est dit :
« La terre produit spontanément du fruit… »
Le terme littéral est : « automatiquement ». Autrement dit, la fructification est comme nécessaire. L’extension du Royaume n’est pas un hasard heureux, elle est une nécessité. Il y a un principe d’extension dans la semence du Royaume, la parole, mais qui implique qu’on laisse se dérouler ce processus vital.
Quand on est enfant, on apprend à faire germer des lentilles des avocats et l’on est toujours impatient de voir si les racines ont poussé, si les feuilles apparaissent
Un autre dynamisme…
Mais l’évangile nous dit aussi autre chose. Vouloir séparer le bon grain de l’ivraie, c’est une tentation constante. Saint Matthieu s’adresse aux chrétiens d’origine juive dans son évangile. Et les Judéens étaient perpétuellement tenté d’établir cette séparation entre bon grain et ivraie et de se débarrasser de l’ivraie ; c’était vrai des pharisiens, ces séparés littéralement, qui formaient une case bien consciente de sa supériorité, ignorant le petit peuple. C’était le cas aussi des zélotes : pour eux l’homicide n’était pas un problème, et les impurs étaient envoyés de vie à trépas sans beaucoup d’état d’âme.
Quel est l’inconvénient de cette pratique ? c’est que j’oublie que la ligne qui partage le royaume de Dieu du royaume du péché passe par mon cœur. Et que l’oubliant, je finis par devenir pire que, les impies, les païens, les dépravés, ceux dont je me suis débarrassé…
Voyons l’évolution de la royauté rétablie après les Macchabés : ce fut un combat pour purifier Israël des influences grecques décadentes. La Royauté est rétablie, mais elle portera comme fruit pervers un de ses derniers rois avec Hérode le Grand, le plus odieux, qui massacre les enfants, qui ordonne que soient assassinés de nombreux sujets à sa mort, pour être sûr qu’il y ait des larmes au moment de son trépas.
Mais un dernier inconvénient, c’est de vouloir distinguer le bon grain de l’ivraie, c’est se priver d’un dynamisme encore plus profond. Car, que produit cette rencontre, cette coexistence entre le monde et le Royaume, entre les fidèles du Christ et leurs ennemis ? Elle produit la Croix, et toute sa richesse : les persécutions. Nous ne les cherchons pas, l’Église a toujours voulu les éviter quand c’était possible, mais elle les a accueillies quand elles étaient inévitables, sachant qu’elles étaient source de bien des grâces, d’un vrai renouvellement pour l’Église, pour le monde. On songe bien sûr aux persécutions dans l’empire romain qui ont permis à l’Église de jeter des racines profondes, ou bien aux persécutions liées à la révolution française, qui ont préparé l’extraordinaire vague missionnaire du 19e siècle.
Alors ne soyons pas troublés par ce qui nous affecte. Soyons fermes dans notre foi, dans notre espérance, dans notre charité, même pour nos ennemis.
Et le Royaume grandira. Que Notre Dame veille sur nous,
Amen !
Références des lectures du jour :
- Livre de la Sagesse 12,13.16-19.
- Psaume 86(85),5-6.9ab.10.15-16ab.
- Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 8,26-27.
- Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,24-43 :
En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule :
« Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ.
Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi.
Les serviteurs du maître vinrent lui dire :
— “Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?”
Il leur dit :
— “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?”
Il répond :
— “Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” »Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, accomplissant ainsi la parole du prophète : ‘J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.’
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent :
— « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. »
Il leur répondit :
— « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »