Homélie du 26e dimanche du Temps Ordinaire

5 octobre 2017

« S’étant repenti, il y alla »

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Frères et soeurs biens-aimés,

Vous vous souvenez dimanche dernier il était question de vigne aussi et d’ouvriers qui allaient travailler à la vigne. Ceux qui avaient commencé dès le matin tôt, puis à midi et les ouvriers de la dernière heure.

Là, il s’agit de vigne et d’ouvriers, mais pas de n’importe quels ouvriers. Il s’agit des fils du propriétaire. C’est à dire ceux qui, tôt ou tard, vont toucher cet héritage qu’est la vigne pour eux, aller travailler c’est travailler à leur propre héritage.

Le tout début de cette parabole ressemble à celui du fils prodigue :

Un homme avait deux fils.

Il y a deux attitudes par rapport à cette volonté du Père, par rapport à cet héritage que le père veut leur laisser. Il y a celui à qui le père demande d’aller travailler à la vigne, qui dit oui et n’y va pas et celui à qui le père demande de travailler, qui répond non mais qui y va.

Qu’est ce qui fait que nous puissions dire non, poser un acte de désobéissance face à la volonté du Père, que nous ne voulions plus dépendre de Dieu, accomplir la volonté du Seigneur, même plus écouter sa Parole, que nous ne voulions plus son héritage, travailler aux dons qu’il veut nous faire, mais qu’ensuite on y revient ?

Je me souviens de cette jeune fille qui, alors que nous étions dans un camp de ski-prière, me dit : je suis d’éducation catholique, mais j’ai parfois envie de tout bazarder, c’est trop de questions à se poser, à réfléchir, les personnes qui n’ont pas de religion ne sont pas plus malheureux que moi." Mais elle m’a dit après : "je n’ai pas pu tout laisser." Cela me fais penser au prophète Jérémie qui a eu sa "crise de foi" et qui a dit au Seigneur :

Je ne parlerai plus en ton nom.

Il faut dire que son sort n’était pas très enviable, il était poursuivi de partout, opprimé…Mais il rajoute ensuite :

Mais c’était pour moi comme un feu dévorant.

Il y a des moments dans la vie où on n’a plus envie d’accomplir la Parole de Dieu.
Ces deux fils peuvent représenter les différentes étapes d’une même vie spirituelle. On n’a plus envie d’accomplir la Parole de Dieu parce que c’est trop exigeant, on se sent seul à croire.

Chers jeunes qui êtes là dans les collèges et les lycées comme chrétiens, engagés dans le chemin de la confirmation ou dans les aumôneries, vous prenez conscience de cette solitude. Parfois on se demande à quoi bon tout cela sert. Vous êtes peut-être même montrés du doigt ou vous n’osez pas dire votre foi.

Je me souviens, dans une classe de BTS d’un établissement catholique, je pose la question : "Qui d’entrevous est baptisé ?" Moins de la moitié lèvent la main et une jeune fille prend la main de sa voisine et la lève, elle n’osait pas dire qu’elle était baptisée, alors qu’elle était engagée.

Il y a des moments où parfois il y aune sorte d’auto-inhibition : on se freine soi-même. On a peur de souffrir, d’être montré du doigt. Dans ce passage de l’Évangile se profile déjà la croix du Seigneur, Jésus est dans le Temple, se profile déjà le sacrifice pascal.
On a peur de se révéler, on préfère dire non. On a peur aussi de ce qui va se passer dans cette vigne : de la fatigue, des tas de peurs en nous font qu’on ne veut pas répondre à l’appel de Dieu.

Mais comme dans la parabole du fils prodigue, le fils se repend et prend conscience que cela fait tellement partie de lui d’être fils.

Peut-être cela est arrivé dans nos vies spirituelles, ce moment où on ne voulait plus répondre à l’appel de Dieu.

Le deuxième fils dit oui, mais finalement n’y va pas.
Qu’est ce qui fait qu’on dit oui à Dieu et que finalement au moment du passage à l’acte on n’y va pas ?

Ce oui que l’on a dit est sans tenir compte des non que cela implique. Un oui implique beaucoup de non. Face à ces non que nous avons à dire, non à une vie sans Dieu, aux tentations et oui au combat spirituel, tout ce que cela implique, on préfère changer de route alors qu’on est en chemin.

Derrière cela il y quelque chose de plus profond dans le deuxième fils. On ne sait pas qui est l’aîné et qui est le cadet, contrairement à la parabole du fils prodigue.
Le deuxième fils ne se sent pas vraiment fils. Ce n’est pas son héritage, sa propriété. Il ne se sent pas chez lui. Intérieurement il n’a pas fait ce chemein de se découvrir fils. Il dit donc oui mais finalement le bien du père n’est pas son propre bien.

C’est assez fréquent : on dit oui du bout des lèvres, mais notre coeur est loin du Seigneur.

Le Seigneur, face au docteurs de la loi, de ceux qui représentent l’autorité religieuse de son temps, s’adresse aussi à eux.

Je vous le déclare, les publicains et les prostituées, ceux qui avaient peut-être dit non au départ, mais qui, se repentant de la parole de Jésus qui leur est adressée, l’écoute et se convertissent, alors que d’autres qui enseignent dans la loi de Moïse ont dit oui mais renoncent au renoncement que cela implique dans leur vie personnelle. Face à Jésus qui leur propose un acte de foi, ils préfereront qu’il soit condamné.

Il y a cette croix du Seigneur qui se profile dans nos vies, c’est par rapport à elle que souvent on a à se déterminer. Elle est lumière pour certains, ténèbre pour d’autres. Elle est clarté pour certains, pour d’autres au contraire elle est confusion et même scandale.

Frères et soeurs bien-aimés, et vous chers jeunes qui êtes présents dans les collèges et les lycées dans différents endroits, réfléchissez où vous en êtes dans cet appel du Seigneur. Vous avez, vous confirmands, répondu oui à l’appel à être des chrétiens adultes, y-a-t-il des aspects dans votre vie où vous n’y allez pas ?Votre coeur est-il complètement en adéquation avec vos actes ?

Pour nous qui sommes déjà dans l’âge plus adulte, des aînés dans la foi, nous pouvons aussi faire un examen de conscience, nous remettre face à l’appel du Seigneur, face à cette filiation, le bien de Dieu est-il notre bien ? La volonté de Dieu est-elle notre volonté ou au contraire une menace pour notre vie ? Les deux fils sont en nous, comme le fils prodigue et le fils aîné, et tour à tour dans nos vies spirituelles, nous agissons comme si Dieu n’existait pas et d’autres fois nous nous repentons et découvrons à quel point le Seigneur est le coeur de notre vie.

Demandons ce retour à Dieu, si nous nous en sommes éloignés, demandons cette proximité plus grande si nous sommes déjà ses disciples pour être le stémoins d’un dieu qui nous appelle des ténèbres à son admirable lumière.

Amen !


Références des lectures du jour :

  • Livre d’Ézéchiel 18,25-28.
  • Psaume 25(24),4-5ab.6-7.8-9.
  • Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 2,1-11.
  • Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21,28-32.

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
« Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.”
Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur !” et il n’y alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole. »